Archive pour sociologie

CONFERENCE Occultisme et Contre-Cultures 2

Posted in .....HISTOIRE...., FRANC MACONNERIE BILDERBERG TRILATERALE ..., ingéniérie sociale, LIENS ETHNOLOGIE ANTHROPOLOGIE, LIVRES BOOKS, nwo, sociologie, THEOSOPHIE NEW AGE with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on août 17, 2014 by rodolphepilaert63

Pour quelles raisons, l’occultisme,
l’ésotérisme et la Tradition ont-ils actuellement un vernis politique
« de droite », alors que leurs pères fondateurs étaient tous des
marxistes, ou des anarchistes ?

Papus, Stanislas de Guaita, Albert Jounet, Paul Chacornac, Joris-Karl
Huysmans, Claude Debussy, Emma Calvé, Jules Doinel, Camille Flammarion,
Aleister Crowley, François Jollivet Castellot, Joséphin Péladan, Albert
de Pouvourville, Ely Star, Edouard Schuré, Villiers de l’Isle-Adam,
Oswald Wirth, Lidell Mac Gregor Mathers, Emile Dantinne, Dom Néroman,
Eliphas Lévi, Irène-Hillel Erlanger, Augustin Chaboseau, Maurice
Leblanc, lady Caïthness, l’Abbé Julio, Marc Haven, Henri Bergson, Helena
P Blavatsky, René Guénon, etc., pour ne citer que les plus connus…

JULES BOIS

En guise de préface pour servir à la vérité d’un destin.

« La route est bonne et la mort est au bout. » Paul Verlaine

« Il est de ces œuvres qui font autorité parce qu’elles sont terres
d’aventures, arcanes invisibles et chaleurs rayonnantes, où la mémoire
en avant sert à la cause du juste. Et qui, de défrichements en
déchiffrages, anticipent une époque en devenir.

C’est le cas de l’œuvre de Jules Bois. Une œuvre oubliée il est vrai,
mais dont le charme suranné, Visions de l’Inde, le Nouveau Faublas, mais
aussi la profondeur, le Satanisme et le Magie, les Petites Religions de
Paris, le Miracle moderne, le Monde Invisible, et la sensibilité, le
Vaisseau des Caresses, la Douleur d’Aimer, l’Eternelle Poupée, ne
demandent qu’à être réveillés puis redécouverts. Sans oublier l’œuvre
poétique et théâtrale, les Noces de Sathan, la Porte Héroïque du Ciel,
Hippolyte couronné, Il ne faut pas mourir etc. Ecrivain polymorphe, on
le constate, son entregent dans le tout Paris est reconnu, journaliste
aguerri, peu de sujets de son temps lui échappent. Il rencontre
Verlaine, alité dans sa chambre ou Camille Flammarion avec qui il dîne
et converse de sujets scientifiques et spiritualistes. Ses livres
attestent d’une connaissance encyclopédique dans des domaines aussi
différents que la Philosophie, le Féminisme dont il est un précurseur,
les Arts, la Littérature et la Poésie, les Sciences Occultes bien sûr.
Il avait un désir profond qui l’animera toute sa vie, celui de
«désocculter» l’occultisme.

Pour Jules Bois, ce qui manquait à l’Occultisme, «c’était un critérium
solide, cette sécurité que donne la Science ou la Religion, deux sœurs
ennemies en apparence». Jules Bois était un grand mystique, à sa manière
; toute sa vie il chercha, jusque dans les contrées les plus reculées, à
dépouiller sa Foi, mais selon les indices de son époque, c’est-à-dire
par la réflexion attentive aux concepts avant-gardistes de ce que l’on
appelait alors «la Métapsychique». Le néologisme créé est de l’écrivain
journaliste et concerne l’étude de l’âme profonde dans sa dimension
sacrée en évacuant toute acception religieuse ou philosophique. Pour
Jules Bois, dans sa quête du Soi, rien n’est trop absolu, ni la quête de
Vérité, ni la quête de Connaissance, jusqu’au bout, jusqu’au duel s’il
le faut. La rencontre avec Isis, gardienne des Mystères insoupçonnables,
dont on se plait à croire qu’il lui confia son âme, est une image
récurrente dans ses livres. Jules Bois, dans son parcours de vie,
incarna par-dessus tout sa propre recherche spirituelle afin de la
rendre vivante dans son œuvre. Ses contemporains, pour ceux qui
voulaient bien faire l’effort de passer sur ses outrances provocatrices,
le savaient bien, car l’adéquation entre son œuvre et sa vie est
sincère et touchante. Jules Bois croit à l’expérimentation du vivant. Il
se veut être le héraut messianique et le gardien tutélaire des
considérations de son temps, avec courage et abnégation. Jules Bois
augure d’un devenir supra-humain de l’Humanité et cette affirmation
absolue de l’Absolu, à la différence de celle de Nietzsche, repose sur
l’idée qu’il faut pour cela s’appuyer sur Dieu et sur la Science, pour
concevoir, en toute Lumière, cette vision universelle du Manifesté. Il
fait à cet égard œuvre prophétique. Et c’est par l’inspiration de «l’Eve
Nouvelle» que se profile à l’horizon d’un éternel retour, cette
surhumanité étherique. Eternel retour dont il n’aura de cesse de
clamer, de façon quasi obsessionnelle dans ses livres, la véracité
intangible.

Jules Bois, homme de grande Foi, savait inéluctable la décadence de sa
société, cette «belle époque» en décomposition dont il essayait
subrepticement par des voies détournées, en service commandé,
d’entretenir une hypothétique cohésion.

Il croyait au sabbat, aux démons stercoraires phosphorescents et aux
harpies affreusement suffocantes. Il croyait à la Madeleine, comme
matière rédemptée, mais aussi au Lys et à la Rose, aux Fées, aux Saints,
aux Anges et aux Étoiles. »

This audio is part of the collection: Community Audio
It also belongs to collection:

Keywords: André Breton; Antonin Artaud; Georges Bataille; Messmer; Baudelaire; Balzac; Poe; Yeats; Barbey d’Aurevilly; Goethe; Jung; Tolkien; Henriette Couédon; John Boorman; David Bowie; Mick Jagger; Moebius; Led Zeppelin; David lynch; théosophie; Les Quatre Fantastiques; Buffy; Charmed; Star Wars; Indiana Jones; Harry Potter; romantisme

 

Individual Files

Whole Item Format Size
[generated M3U] M3U Stream
Audio Files VBR MP3 Ogg Vorbis
Occultisme et contre cultures 2.mp3 50.6 MB 31.8 MB
Information Format Size
OccultismeEtContreCultures2_files.xml Metadata [file]
OccultismeEtContreCultures2_meta.sqlite Metadata 35.0 KB
OccultismeEtContreCultures2_meta.xml Metadata 6.2 KB
OccultismeEtContreCultures2_reviews.xml Metadata 34.7 KB
Other Files Archive BitTorrent
OccultismeEtContreCultures2_archive.torrent 5.2 KB

Write a review
Downloaded 3 times
Reviews
Average Rating: 5.00 out of 5 stars5.00 out of 5 stars5.00 out of 5 stars5.00 out of 5 stars5.00 out of 5 stars

Reviewer: documentaireroots5.00 out of 5 stars5.00 out of 5 stars5.00 out of 5 stars5.00 out of 5 stars5.00 out of 5 stars – August 15, 2014
Subject: bibliographie
JULES BOIS

En guise de préface pour servir à la vérité d’un destin.

« La route est bonne et la mort est au bout. » Paul Verlaine

« Il est de ces œuvres qui font autorité parce qu’elles sont terres d’aventures, arcanes invisibles et chaleurs rayonnantes, où la mémoire en avant sert à la cause du juste. Et qui, de défrichements en déchiffrages, anticipent une époque en devenir.

C’est le cas de l’œuvre de Jules Bois. Une œuvre oubliée il est vrai, mais dont le charme suranné, Visions de l’Inde, le Nouveau Faublas, mais aussi la profondeur, le Satanisme et le Magie, les Petites Religions de Paris, le Miracle moderne, le Monde Invisible, et la sensibilité, le Vaisseau des Caresses, la Douleur d’Aimer, l’Eternelle Poupée, ne demandent qu’à être réveillés puis redécouverts. Sans oublier l’œuvre poétique et théâtrale, les Noces de Sathan, la Porte Héroïque du Ciel, Hippolyte couronné, Il ne faut pas mourir etc. Ecrivain polymorphe, on le constate, son entregent dans le tout Paris est reconnu, journaliste aguerri, peu de sujets de son temps lui échappent. Il rencontre Verlaine, alité dans sa chambre ou Camille Flammarion avec qui il dîne et converse de sujets scientifiques et spiritualistes. Ses livres attestent d’une connaissance encyclopédique dans des domaines aussi différents que la Philosophie, le Féminisme dont il est un précurseur, les Arts, la Littérature et la Poésie, les Sciences Occultes bien sûr. Il avait un désir profond qui l’animera toute sa vie, celui de «désocculter» l’occultisme.

Pour Jules Bois, ce qui manquait à l’Occultisme, «c’était un critérium solide, cette sécurité que donne la Science ou la Religion, deux sœurs ennemies en apparence». Jules Bois était un grand mystique, à sa manière ; toute sa vie il chercha, jusque dans les contrées les plus reculées, à dépouiller sa Foi, mais selon les indices de son époque, c’est-à-dire par la réflexion attentive aux concepts avant-gardistes de ce que l’on appelait alors «la Métapsychique». Le néologisme créé est de l’écrivain journaliste et concerne l’étude de l’âme profonde dans sa dimension sacrée en évacuant toute acception religieuse ou philosophique. Pour Jules Bois, dans sa quête du Soi, rien n’est trop absolu, ni la quête de Vérité, ni la quête de Connaissance, jusqu’au bout, jusqu’au duel s’il le faut. La rencontre avec Isis, gardienne des Mystères insoupçonnables, dont on se plait à croire qu’il lui confia son âme, est une image récurrente dans ses livres. Jules Bois, dans son parcours de vie, incarna par-dessus tout sa propre recherche spirituelle afin de la rendre vivante dans son œuvre. Ses contemporains, pour ceux qui voulaient bien faire l’effort de passer sur ses outrances provocatrices, le savaient bien, car l’adéquation entre son œuvre et sa vie est sincère et touchante. Jules Bois croit à l’expérimentation du vivant. Il se veut être le héraut messianique et le gardien tutélaire des considérations de son temps, avec courage et abnégation. Jules Bois augure d’un devenir supra-humain de l’Humanité et cette affirmation absolue de l’Absolu, à la différence de celle de Nietzsche, repose sur l’idée qu’il faut pour cela s’appuyer sur Dieu et sur la Science, pour concevoir, en toute Lumière, cette vision universelle du Manifesté. Il fait à cet égard œuvre prophétique. Et c’est par l’inspiration de «l’Eve Nouvelle» que se profile à l’horizon d’un éternel retour, cette surhumanité étherique. Eternel retour dont il n’aura de cesse de clamer, de façon quasi obsessionnelle dans ses livres, la véracité intangible.

Jules Bois, homme de grande Foi, savait inéluctable la décadence de sa société, cette «belle époque» en décomposition dont il essayait subrepticement par des voies détournées, en service commandé, d’entretenir une hypothétique cohésion.

Il croyait au sabbat, aux démons stercoraires phosphorescents et aux harpies affreusement suffocantes. Il croyait à la Madeleine, comme matière rédemptée, mais aussi au Lys et à la Rose, aux Fées, aux Saints, aux Anges et aux Étoiles. »

Thierry E Garnier Préface à l’ouvrage de Dominique Dubois – (extrait) Arqa Ed. ©

Compte rendu de la conférence de Thierry Emmanuel Garnier sur « Jules Bois et les sociétés secrètes à la Belle Epoque »

C’est à la Société Théosophique de Marseille, société initiatique fondée par H. P. Blavatsky au début du siècle, qu’a eu lieu hier soir 19 mai 2004, une conférence intitulée «Jules Bois et les sociétés secrètes à la Belle Epoque » A cette occasion Thierry E Garnier, conférencier et directeur des éditions Arqa, a présenté l’ouvrage consacré à ce personnage, ouvrage de Dominique Dubois, « Jules Bois (1868-1943) le reporter de l’occultisme, le poète et le féministe de la Belle Epoque ». Thierry E Garnier en tant que préfacier de ce livre, nous a fait revivre de façon extrêmement vivante et chaleureuse cette époque 1900, qui vit resurgir d’un passé enfoui, maintes sociétés initiatiques : les initiations égyptiennes avec la Golden Dawn de Samuel Lidell Mathers, les templiers du Moyen-Age avec le Prieuré de Sion, l’Alchimie secrète des grands adeptes de cette même période avec l’affaire Fulcanelli, les Rosicruciens du XVIIe siècle avec la Rose+Croix Kabalistique et Catholique de Stanislas de Guaita et de Joséphin Péladan, le Martinisme et le Martinésisme de Louis-Claude de Saint-Martin et de Martines de Pasqually revivifiés par Papus et ses affidés, la Franc-Maçonnerie du XVIIIe siècle évidemment, etc. Un tour d’horizon complet et fascinant à suivre de toute cette époque tumultueuse, (on aurait aimé cependant que Thierry E Garnier s’attardât un peu plus sur la société Angélique, Le Grand Lunaire, le Prieuré de Sion…) Les duels de Jules Bois contre Papus à l’épée et contre Stanislas de Guaita au pistolet, bien connus maintenant de la part des historiens de cette période, ne furent pas oubliés. En conclusion Thierry E Garnier nous gratifia d’un beau panorama de l’affaire de Rennes-le-Château où Emma Calvé et Jules Bois resurgirent en silhouettes, immanquablement.

Pour terminer, au moment des questions de fin de conférence, Jean Iozia, président de la Société Théosophique de Marseille, remercia le conférencier en soulignant combien il avait été agréable de revisiter cette période, manifestement charnière car voyant ressusciter toutes ces sociétés, et aussi salua la manière dont Jules Bois, personnage peu connu finalement de l’assemblée de cette soirée avait été décrit à travers ce qu’il faut bien appeler un hommage.

Le grand retour de l’ésotérisme

Paru dans le Nouvel Observateur —

Nouvel Observateur : Le succès fulgurant du livre de Dan Brown le Da Vinci Code, qui atteint en France le million d’exemplaires et auquel vous venez de consacrer un ouvrage (« Code Da Vinci : l’enquête » chez Robert Laffont (1)), comme l’intérêt croissant pour la kabbale, l’astrologie, la numérologie, ou encore la fascination du public pour la Franc-maçonnerie et les sociétés secrètes, révèlent un fantastique engouement pour l’ésotérisme. Mais que place-t-on exactement sous ce terme générique et quelle est l’origine de ce mot un peu énigmatique?

Frédéric Lenoir : Le mot ésotérisme est effectivement un mot fourre-tout qui recouvre des choses très disparates. Il faut commencer par distinguer l’adjectif « ésotérique » du substantif « ésotérisme ». L’adjectif lui est antérieur et vient du grec « esôtirokos », qui veut dire « aller vers l’intérieur ». Il s’oppose à « exoterikos », « vers l’extérieur ». On retrouve déjà cette double notion dans les écoles de sagesse grecques, chez Aristote notamment, où l’on distingue l’enseignement « intérieur » donné aux disciples avancés de l’enseignement « extérieur » transmis à la foule. L’enseignement ésotérique s’adresse donc aux « initiés ». Toutes les religions développeront ainsi des enseignements pour la masse et des enseignements pour des élites. Bergson parle à ce propos d’une « religion statique » et d’une « religion dynamique ». La religion statique est liée au dogme, à la morale, au rituel. Elle s’adresse à la masse des fidèles. La religion dynamique, c’est la mystique, cet élan qui porte certains individus vers le divin. En ce sens, on peut dire que la mystique est la voie intérieure, la dimension ésotérique des grandes traditions religieuses. C’est la kabbale dans le judaïsme, le soufisme dans l’islam, la grande mystique chrétienne d’une Thèrèse d’Avila ou d’un Maître Eckart etc. (cf.encadrés p.).

Et qu’en est-il du mot « ésotérisme » lui-même ?

Le substantif « ésotérisme » n’a été inventé qu’au XIXe siècle. Il est apparu en 1828 sous la plume d’un érudit luthérien alsacien, Jacques Matter, dans son Histoire critique du gnosticisme, et désigne un courant de pensée situé en-dehors d’une religion précise. L’ésotérisme devient un monde en soi, une nébuleuse. Il y a d’ailleurs eu mille définitions de l’ésotérisme. Des spécialistes comme Antoine Faivre ou Jean-Pierre Laurant parlent à juste titre de l’ésotérisme comme d’un « regard » plus que comme une doctrine et tentent d’en repérer les grandes caractéristiques. On peut en retenir quatre ou cinq. L’ésotérisme vise tout d’abord à réunifier des connaissances présentes dans toutes les traditions philosophiques et religieuses, avec l’idée que, derrière elles, se cache une religion primordiale de l’humanité. L’ésotérisme fait ainsi presque toujours référence à un âge d’or où l’être humain possédait une connaissance qui s’est ensuite difractée à travers les différents courants religieux. Autre trait fondamental : la doctrine des correspondances. Cette doctrine affirme l’existence d’un continuum entre toutes les parties de l’univers, dans la pluralité de ses niveaux de réalité, visibles et invisibles, de l’infiniment petit à l’infiniment grand. C’est cette idée qui fonde la pratique de l’Alchimie (voir encart). Elle part du postulat que la Nature est un grand organisme vivant que parcourt un flux, une énergie spirituelle qui lui donne sa beauté et son unité. Or seule une pensée magique et ésotérique peut élucider les mystères de cette Nature enchantée. Enfin, dernier élément, la place centrale de l’imagination comme médiation entre l’homme et le monde. Plus que par son intelligence rationnelle, c’est par son imaginaire et la pensée symbolique que l’être humain va se relier à la profondeur du réel. C’est pourquoi les symboles se trouvent au fondement même de l’ésotérisme.

Mais les religions regorgent de symboles, pourquoi dès lors les chercher ailleurs ?

Parce qu’en Occident les religions ont progressivement perdu leur dimension symbolique ! Elles ont privilégiés la pensée logique, le dogme et la norme contre les symboles et l’expérience mystique. Dans l’histoire du christianisme, le XVIème siècle marque une rupture fondamentale avec d’un coté la naissance de la Réforme protestante qui constitue une critique de la pensée mythique, et de l’autre la réponse du catholicisme avec la contre Réforme, mise en œuvre au Concile de Trente, qui élabore un catéchisme, c’est-à-dire un ensemble de définitions de ce qu’il faut croire. C’est un extraordinaire verrouillage théologique qui ne laisse plus de place au mystère, à l’expérience, à l’imaginaire, mais entend tout expliquer et tout définir en s’appuyant sur la scholastique thomiste. A l’heure actuelle, nous ne sommes toujours pas sortis de la religion/catéchisme. Pour la plupart gens, le christianisme c’est d’abord ce qu’il faut croire et ne pas croire, ce qu’il faut faire et ne pas faire. On est très loin de l’Evangile et du sacré. C’est pourquoi certains vont chercher le sacré à l’intérieur des religions dans des mouvements de type mystique-ésotérique, ou bien en-dehors, dans l’ésotérisme, c’est-à-dire dans des courants parallèles qui mettent en avant la pensée symbolique. On assiste aujourd’hui, à des niveaux très divers, à un intérêt du public pour ces deux types de voies spirituelles.

Peut-on dire que l’une est plus « noble » que l’autre ?

Puisqu’il existe hors traditions, l’ésotérisme a pu générer, à coté de pensées très profondes, des délires sectaires et des fantasmagories en tout genre. C’est pour cette raison que l’ésotérisme a mauvaise presse auprès de la communauté intellectuelle. Le caractère ésotérique des religions est en revanche beaucoup moins disqualifié, parce qu’il concerne une « élite » censée s’intéresser au plus profond, au plus intérieur et donc au plus authentique de la religion. Ce qui n’empêche pas que certains mouvements traditionnels, comme la kabbale ou le soufisme, aient aujourd’hui des représentants qui ressemblent à des gourous et proposent une spiritualité au rabais – mais parfois très onéreuse – qui flatte les penchants les plus narcissiques des individus sous des allures de spiritualité haut de gamme.

Si le mot date du XIXème siècle, on dit souvent que Pythagore fut le fondateur de l’ésotérisme. A quand peut-on faire remonter l’histoire de l’ésotérisme?

Pythagore est celui qui conceptualise le premier l’idée qu’il existe une harmonie universelle et une mathématique sacrée à l’œuvre dans l’univers. Il donne ainsi ses fondements à la pensée ésotérique. Mais c’est vers les IIè et IIIè siècle après JC, à la fin de l’Antiquité, que naît véritablement l’ésotérisme, avec la gnose et l’hermétisme. Selon les gnostiques (cf.encadré), l’existence terrestre est une punition terrible, fruit d’une chute originelle, et seule la connaissance (gnôsis), transmise par initiation, permettra à l’homme de prendre conscience de sa nature divine. L’hermétisme, lui, affirme « ce qui est en bas est comme ce qui est en haut », qu’il existe des lois d’analogie entre la partie et le tout, entre le microcosme et le macrocosme. L’astrologie en est une bonne illustration. Cet art aussi vieux que les premières civilisations postule qu’il existe une corrélation entre les événements humains et les événements cosmiques (comètes, éclipses) ou le mouvement des planètes et en propose une interprétation de type symbolique.

Ce sont des thèses qui, jusqu’à aujourd’hui, connaîtront bien des résurgences.

Parce que l’histoire de l’ésotérisme fonctionne par vagues successives. A la Renaissance, on redécouvre la gnose et l’hermétisme. La redécouverte des textes grecs de l’Antiquité, et notamment le texte du Poïmandrès dans le Corpus hermeticum, traduit par Marsile Ficin en 1471 à la demande de Côme de Médicis provoque un choc incroyable. Ce texte constitue en effet une véritable synthèse de la pensée antique, du pythagorisme au néo-platonisme. Les penseurs de la Renaissance le croyaient antérieur à toutes ces écoles de sagesse, antérieur à Moïse lui-même. Ils l’interprétèrent donc comme la preuve qu’il existait une tradition primordiale qui unifiait tous les savoirs ensuite dispersés. On faisait remonter cette tradition à Hermès Trismégiste, un personnage légendaire qui serait relié au dieu égyptien Thôt. On découvrira un siècle plus tard qu’en fait le Corpus hermeticum datait de la fin de l’Antiquité.

Quel déception !

Enorme ! Mais ce premier moment de la Renaissance a montré une volonté des premiers humanistes de faire concorder les grandes sagesses de l’humanité, partant de cette idée que toutes relèvent d’une tradition primordiale qu’on situe généralement en Egypte. Pour ne citer qu’un seul nom, Pic de la Mirandole (1463-1494) est ce personnage extraordinaire qui pensait atteindre au savoir universel en réalisant une synthèse des textes de l’antiquité, de la foi chrétienne et de la kabbale juive.

Mais c’est finalement la pensée scientifique et la philosophie des Lumières qui vont l’emporter.

Absolument. L’ésotérisme ne deviendra dès lors qu’un contre courant face à la pensée dominante. Les premiers penseurs modernes allient encore la science et le sacré, la raison et l’imaginaire, y compris Descartes qui affirme avoir reçu en rêve sa fameuse méthode qui constituera le paradigme de la science expérimentale ! Mais l’Occident s’engage, y compris au sein des religions, dans une voie rationaliste et on finit par cloisonner les domaines du sacré et de la raison. L’imaginaire et la pensée symbolique n’ont plus leur place : on rompt alors définitivement avec le monde des symboles hérité du monde antique et du Moyen Age. Plus profondément, l’homme occidental s’arrache définitivement à la Nature qu’il ne considère plus comme magique ou enchantée, mais comme un monde d’objets observables et manipulables. Il n’est plus un « habitant du monde » comme l’entendait les Anciens, mais devient progressivement « maître et possesseur de la nature », comme le proclame Descartes dans le chapitre 6 de son célèbre Discours de la Méthode. Nous assistons à une forte accélération du processus de « désenchantement du monde », selon la célèbre expression de Max Weber, qui signifie que le monde a perdu « son aura magique » pour devenir un monde froid d’objets. Par le processus de rationalisation, l’homme se coupe progressivement de la nature et ne la considère plus comme un organisme vivant dont il peut manipuler les flux par la magie ou l’alchimie.

Quand débute ce processus de rationalisation et de désenchantement du monde ?

Weber ne le dit pas, mais dans mon ouvrage Les métamorphoses de Dieu(2), j’émet l’hypothèse qu’il commence au passage du paléolithique au néolithique, quand l’homme chasseur-cueilleur se sédentarise dans des villages. Toute une série d’étapes montre ensuite cet arrachement progressif de l’homme à la nature, qui conduit à son désenchantement. Notons que la religion élaborée du judéo-christianisme est déjà en soi une perte de la magie. Le prêtre remplace le magicien, on ne recherche plus les fluides dans la nature ni à se réconcilier avec les esprits des arbres et des animaux, mais on invente du rituel et on observe une vie éthique pour sauver son âme. Ca peut paraître insensé à un athée d’aujourd’hui, mais la religion est bien déjà un processus de rationalisation et c’est pourquoi Marcel Gauchet soutiendra la thèse très pertinente selon laquelle la modernité occidentale est née de la matrice du christianisme avant de se retourner contre elle.

Quelles sont les conséquences de cette prise du pouvoir de la raison et de cet arrachement de l’homme à la Nature…de nouvelles poussées de l’ésotérisme et de la pensée magique ?

Oui, parce que l’idée d’un monde totalement démagéifié, démythologisé, est quelque chose de difficile à assumer pour l’être humain qui possède en lui une formidable capacité imaginale. L’homme se distingue de l’animal par sa capacité à symboliser les choses, c’est-à-dire à associer des éléments séparés. Cela a donné naissance à l’art, à l’écriture, à la religion. Le simple fait de voir des signes, l’impression qu’il n’y a pas de hasard, de se troubler des synchronicités, correspond à ce besoin fondamental de mettre du mystère dans le monde, de la magie au sens large du terme. Au XXè siècle, le psychologue Carl Gustav Jung et l’anthropologue Gilbert Durand montreront que ce qu’on appelle avec condescendance « le retour de l’irrationnel » est en fait un retour du refoulé de l’homme contemporain qui a besoin de mythes et de symboles. …

Comment se manifeste cette première vague de réenchantement au siècle des Lumières ?

Il y a d’abord l’illuminisme, mouvement fondé par le savant suédois Emmanuel Swedenborg à partir de ses visions et qui a profondément marqué quantité de penseurs, y compris des philosophes des Lumières. C’était une sorte de religiosité affective qui ne partait pas d’une analyse du texte mais d’une émotion intérieure. Et puis le magnétisme de Franz Mesmer. Au cours d’expériences scientifiques sur les aimants, Mesmer constate qu’on peut magnétiser quelqu’un d’autre en le touchant. Il en tire la conclusion qu’un fluide invisible habite la nature et qu’on peut le manipuler pour guérir ou déplacer des objets. Vingt ans avant la Révolution française, la thèse remporte un succès colossal. Et aujourd’hui encore toucheurs, rebouteux, magnétiseurs et autres guérisseurs sont légion.

De quand datent les sociétés secrètes qui excitent tant l’imagination du public ?

Du début du XVIIe siècle, un siècle plus tôt. Elles remettent en valeur la notion fondamentale d’initiation. La Rose-Croix est l’une des premières sociétés secrètes de l’âge moderne, précurseur de la Franc-maçonnerie. C’est un texte anonyme mystérieusement apparu en 1614 dans le royaume de Habsbourg qui révèle l’existence d’une fraternité d’adeptes, chargés de transmettre la mémoire d’un non moins mystérieux chevalier du XIVè siècle, Christian Rosenkreutz, qui avait pour mission d’unifier toutes les sagesses de l’humanité en vue du jugement dernier. Le mythe rose-croix s’inspire de celui des Templiers, cet ordre militaire et religieux fondé pour les croisades et dont la règle de vie a été écrite par saint Bernard en 1129. Il fut persécuté par le roi de France Philippe le Bel avec le soutien du pape. Le vendredi 13 octobre 1307, eut lieu l’un des plus incroyable opération de police de tous les temps : tous les templiers de France furent arrêté à l’aube dans leur commanderie, torturés et massacrés. Depuis la mort sur le bûcher du dernier grand maître de l’Ordre, Jacques de Mollay, en 1314, l’imaginaire occidental est hanté par cette croyance en la connaissance et aux pouvoirs occultes des Templiers.

La franc maçonnerie n’est-elle pas en effet d’inspiration templière ?

La Franc-maçonnerie est sans doute d’abord plus directement d’inspiration Rose-Croix. Mais son histoire est mal connue. Au Moyen Age, les maçons qui construisaient les cathédrales étaient ceux qui détenaient la connaissance des symboles, et donc celle de la dimension ésotérique du christianisme. A partir du début du XVIIIe siècle, on ne construit plus de cathédrales, le christianisme se rationalise et les connaissances ésotériques commencent à se perdre. On se met alors à organiser la transmission du savoir dans des cercles d’initiés et, en 1717, se crée la première grande loge de Londres. Quelques décennies plus tard, la franc-maçonnerie se donnera une légitimité très ancienne et fera remonter ses racines au Temple de Salomon via les Templiers… qui seraient devenus les héritiers de cette sagesse ancienne lors de leur séjour à Jérusalem.

Les sociétés secrètes et la franc-maçonnerie sont donc les grands mouvements de réaction face aux progrès du rationalisme et d’une vision matérialiste du monde ?

Les prémices seulement. La véritable révolte arrivera plus tard, avec la formidable ébullition intellectuelle, littéraire et artistique du romantisme allemand, à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècles. Le romantisme, né de la postérité du Sturm und Drang, est le premier grand mouvement collectif de réenchantement du monde, une contestation en règle de la conception matérialiste, mécaniste et désenchantée qui prévaut dans la civilisation moderne occidentale. « La poésie est le réel absolu. », dit Novalis. C’est-à-dire que plus une chose est poétique, plus elle est vraie. C’est extraordinaire comme vision du monde ! Selon les Romantiques en effet, l’homme, le cosmos et le divin sont en étroite relation et constituent une harmonie, une totalité infinie. La quête de l’homme est de parvenir à cette unité, en expérimentant intérieurement et socialement l’intensité de ces relations. En ce sens, l’activité, la sensibilité poétique contribue au réenchantement d’un monde privé de ses charmes par une modernité marchande. Les romantiques vont réhabiliter les mythes et les contes populaires (les frères Grimm) et l’idée de l’Ame du Monde, l’anima mundi des Anciens, inventer une science de la Nature, la Naturphilosphie, qui se veut une alternative à la science expérimentale qui, elle, repose sur une conception univoque du réel : il n’existe qu’un seul niveau de réalité, celui qu’on peu observer et manipuler. On trouve cette philosophie de la nature en écho chez de nombreux poètes jusqu’à Baudelaire : « la nature est un temple où de vivants piliers… »(Correspondances). Les premiers romantiques faisaient partie de sociétés secrètes. Puis ils se sont tournés vers l’Orient dont on commence à découvrir en Europe la profondeur religieuse et philosophique. En 1800, Friedrich Schlegel affirme : « C’est en Orient que nous devons chercher le romantisme suprême. » Se reproduit alors le même scénario qu’à la Renaissance : ils idéalisent un Orient mythique dont ils pensent que les textes sacrés remontent à plusieurs milliers d’années et sont bien antérieurs à la Bible. La découverte de l’Orient répond au rêve romantique d’un âge d’or de l’humanité perpétué jusqu’à nos jours dans une civilisation radicalement différente de la nôtre, sauvage, primitive et pure de tout matérialisme. On va vite déchanter au fur et à mesure que la connaissance de l’Orient réel prendra le pas sur le rêve orientaliste et les romantiques vont perdre leur bataille contre le rationalisme, le matérialisme et le machinisme.

Et puis arrive la deuxième grande vague d’ésotérisme, au XIXè siècle, quand apparaît le mot lui-même.

L’ésotérisme du milieu du XIXème siècle hérite de tous les ésotérismes antérieurs – ésotérisme de l’Antiquité, de la Renaissance, du XVIIIe siècle, des romantiques -, mais il se démarque fortement de ses prédécesseurs en épousant l’idée de progrès et en voulant réconcilier la religion et la science dans un savoir unique. Ce nouvel ésotérisme va prendre plusieurs expressions. Celui par exemple de l’occultisme, dont le mage Eliphas Levi (1810-1875) fut le grand théoricien, et qui entend regrouper toutes les pratiques magiques et divinatoires en en donnant une explication pseudo-scientifique. C’est aussi la naissance du spiritisme, en 1848, dans un petit village des Etats-Unis, avec les sœurs Fox qui font des expériences de contacts avec les morts qui se veulent quasi-scientifiques. En Europe, le médium français Allan Kardec joue un rôle déterminant en codifiant les pratiques du spiritisme dans « Le livre des esprits ». C’est lui aussi qui introduit en Occident l’idée de la réincarnation selon l’idée moderne de progrès : les Esprits se réincarnent de corps en corps selon une loi universelle d’évolution de l’ensemble de la création. Ainsi curieusement, dans la seconde moitié du XIXème siècle qui marque le triomphe du scientisme, la plupart des grands créateurs, de Victor Hugo à Claude Debussy en passant par Verlaine et Oscar Wilde, font tourner les tables pour rentrer en contact avec les morts ou s’adonnent à des pratiques occultes.

Une autre expression de cet ésotérisme « moderne » sera la Société théosophique. Le 8 septembre 1875, à New York, une femme issue de la noblesse russe Helena Petrovna Blavatsky (1831-1891) fonde avec le colonel Henry Steel Olcott (1832-1907) la Société théosophique. Médium, elle prétend tirer ses enseignements de maîtres spirituels qu’elle aurait rencontrés au Tibet, ce qui est absolument faux puisqu’il a été prouvé qu’elle n’avait jamais été au Pays des neiges. Mais en évoquant les maîtres du Tibet comme les derniers dépositaires de la religion primordiale de l’humanité, elle fera naître le mythe du « Tibet magique », peuplé de lamas aux pouvoirs surnaturels. Le théosophe Rudolf Steiner, en 1912, quitte la Société et fonde son propre mouvement, l’Anthroposophie, qui va contribuer à dynamiser l’univers de cette contre-culture ésotérique. Pour l’anthroposophie, le monde et l’homme se répondent à travers un jeu de correspondances subtiles. Le génie de Steiner sera de donner des applications pratiques à sa pensée, dans la médecine, l’économie, l’éducation… Il va par exemple développer l’agriculture biodynamique.

A partir de la 1ère guerre mondiale, les sociétés ésotériques semblent se déliter ?

La première moitié du XXe siècle a été tellement meurtrière que tous ces mouvements de spiritualité parallèle ont été cassés. Il faudra attendre les années 60 pour voir naître une nouvelle tentative de réenchantement du monde. C’est ce qu’on a appelé la vague New Age, qui prend son essor en Californie et qui entend unir la psychologie occidentale avec la spiritualité orientale en cherchant à relier l’homme au cosmos. Mais comme les ésotérismes qui le précèdent, cette nouvelle religiosité alternative est davantage tournée vers l’avenir que vers le passé et le mythe de l’Eden perdu : elle annonce l’entrée dans le Nouvel Age du Verseau, seul signe astrologique représentant un homme et non un animal et qui symbolise l’avènement d’un religion universelle humaniste. Ce qui est remarquable avec le New Age, c’est qu’à l’époque des médias de masse, il diffuse, bien au-delà des cercles d’initiés, les idées de l’ésotérisme dans la société globale : le divin n’est plus personnel mais identifié à une sorte d’« âme du monde », une énergie, la fameuse « force » de la guerre des étoiles ; il existe une unité transcendante des religions qui se valent plus ou moins ; l’essentiel est d’expérimenter le divin en soi ; il existe des correspondances universelles et des êtres intermédiaires, tels que les anges ou les esprits fondamentaux de la nature etc.

Des idées prégnantes qui séduisent encore à l’heure actuelle et dont se sont récemment emparés cinéma et littérature.

Et avec quel succès ! Pourquoi « L’alchimiste » de Paulo Coelho s’est-il vendu dans plus de 140 pays selon vous? Parce qu’il reformule le vieux concept d’âme du monde en le reliant à l’individualisme moderne. Le leitmotiv du livre est que : « l’univers conspire pour réaliser notre légende personnelle », c’est-à-dire nos vœux les plus chers. La plupart des grands best-sellers contemporains se situent dans la veine ésotérique : le Seigneur des Anneaux, Harry Potter ou le Da Vinci Code, qui synthétise toutes les thèses que nous venons d’évoquer ! Le livre de Dan Brown est captivant. Mais il est aussi typique des ouvrages qui présentent le meilleur et le pire de l’ésotérisme. Le meilleur, parce qu’il fait rêver et redonne une dimension symbolique à la religion, le pire parce qu’il détourne parfois les symboles de leur sens véritable et qu’il donne des informations totalement erronées, comme nous le montrons dans notre ouvrage.

Dan Brown nous oriente vers un ésotérisme un peu frelaté et, en plus, il instille le doute chez son lecteur pour réveiller ses vieux réflexes paranoïaques, du type « on nous cache la vérité » …

Il joue effectivement sur un vieux ressort de l’ésotérisme qui est la théorie du complot. L’ésotérisme, je l’ai dit, s’est constitué en marge des Eglises, qui l’ont toujours combattu en raison de son pouvoir subversif. Pour contrecarrer les attaques des Eglises officielles, les ésotéristes se sont construits une position défensive qui consiste à dire : les religions cherchent à nous étouffer parce que nous détenons une vérité secrète qu’elles ne veulent pas vous révéler. L’argument est séduisant, très démagogique, et ça a certainement été l’une des clefs du succès du Da Vinci Code. Mais ne soyons pas trop durs, il y a aussi des choses très justes dans le livre, comme par exemple le refoulement par le christianisme du féminin sacré. Et je trouve qu’il faut aussi rendre grâce à l’ésotérisme en général d’avoir apporté un élément de féminisation du divin. Car les idées ésotériques de l’âme du monde, de l’immanence du divin ou des ses émanations sont des archétypes typiquement féminins.

C’est en effet un travail salutaire, mais ces thèses conspirationistes et irrationnelles ne comportent-elles pas en germe de véritables dangers ?

Bien sûr, certaines d’entre elles mènent d’ailleurs tout droit vers une idéologie typiquement sectaire : nous sommes les élus, le petit cercle des initiés qui possédons la vérité unique pendant que tout le reste de l’humanité erre dans l’ignorance. D’autres, qui insistent sur l’idée d’une tradition primordiale et critiquent tout progrès moderne ont souvent des saveurs d’extrême droite. Toutes sont guettées par des dérives irrationnelles graves. Dans la secte de l’Ordre du Temple solaire par exemple, la dérive meurtrière a été légitimée au nom des « maîtres invisibles » templiers ! Pour des esprits faibles, il existe un vrai risque de décrochage du réel. Umberto Eco, en bon sémiologue, a fait dans ses deux premiers romans la meilleure critique que je connaisse du délire interprétatif. Dans Le nom de la rose il dénonce le délire interprétatif de nature religieuse : les moines interprètent les crimes commis dans leur monastère comme une réalisation des prophéties de l’Apocalypse. Dans Le pendule de Foucauld, il met en scène la folie ésotérique.

On peut donc voir le retour (ou plutôt la permanence) de l’ésotérisme dans nos sociétés modernes comme un signe inquiétant du besoin de magie et d’irrationnel. On peut y voir aussi une tentative de rééquilibrage chez l’homme occidental moderne de ses fonctions imaginatives et rationnelles, des polarités logiques et intuitives de son cerveau. Ne faudrait-il pas admettre une fois pour toute, comme ne cesse de le rappeler Edgar Morin depuis quarante ans, que l’être humain est à la fois sapiens et demens ? Qu’il a autant besoin, pour vivre une vie pleinement humaine, de raison que d’amour et d’émotion, de connaissance scientifique que de mythes ? Bref de mener une existence poétique.

CONFERENCE Sorcellerie et franc-maçonnerie Afrique 2014

Posted in AFRIQUE, ANTHROPOLOGIE, ARCHIVES AFRICA, ETHNOGRAPHIE ANTHROPOLOGIE, ETHNOLOGIE, LIENS ETHNOLOGIE ANTHROPOLOGIE with tags , , , , on août 13, 2014 by rodolphepilaert63

Le but de la sorcellerie , c’est de tuer l’autre soit physiquement(par une maladie , accident…)soit psychiquement(folie). C’est la raison pour laquelle l’homme de la rue à vite compris que la folie ,plus que les autres maladies, n’est jamais simple.Et il à O combien raison car devenir fou , c’est ne plus vivre, ne plus être ; il y à dès lors un autre qui vous agit et agit à votre place et vous dicte des choses à faire …Qu’est-ce qui pousse les sorciers actifs et conscients d’être des manipulateurs ?

Comme le soulignait Evans-Pritchard (1972), chez les Azandé, et plus globalement en Afrique, la sorcellerie fait partie de l’ordinaire et n’a rien de mystérieux. Quels que soient les milieux, le discours sur la sorcellerie s’impose comme une réalité quotidienne de la vie sociale et des rapports humains, y compris dans le milieu urbain des sociétés africaines contemporaines, souvent en étroite relation avec « le village », considéré comme le foyer de la sorcellerie. Si le champ de l’imaginaire sorcellaire s’amplifie en milieu urbain, la famille et les proches demeurent traditionnellement considérés comme la source principale du pouvoir sorcier. La perception de la sorcellerie comme composante de la modernité urbaine africaine (Adam 2006 ; Ashforth 2005 ; Geschiere 2006 ; ter Haar 2007a), s’accompagne d’un autre constat : l’imaginaire sorcellaire semble traverser, voire transcender, les univers religieux. En témoigne le concept d’« insécurité spirituelle » (« spiritual insecurity ») associé à celui de « forces invisibles » (« invisible forces ») à partir desquels Adam Ashforth (2005) tente d’appréhender, dans le contexte sud-africain, la réalité sociale quotidienne d’un monde « peuplé de sorciers ». Ce concept hybride, qui rappelle l’expression de « forces occultes » utilisée par Peter Geshiere (1995), renvoie à la notion de « guerre spirituelle » (« spiritual warfare ») dans le contexte chrétien. « L’insécurité spirituelle » ne se réduit pas à la sorcellerie traditionnelle, elle englobe, un peu à la manière des catégories missionnaires, les fétiches, les esprits païens, les sorciers, les démons et même le sida. La protection, voire la lutte, contre ces « forces invisibles » entretient un vaste marché de la guérison, manne des guérisseurs traditionnels ainsi que des Églises indépendantes, prophétiques et pentecôtistes. C’est aussi parce qu’elle participe pleinement de la « modernité africaine » que la sorcellerie accompagne l’explosion des pentecôtismes indigènes et que les catégories, autant que les frontières, de ces univers a priori distincts se déplacent. Pour Joseph Tonda (2000 : 48) : « Cette “modernité” de la sorcellerie remet un peu en cause la différence culturaliste instituée entre le dieu chrétien et le génie sorcier du paganisme. » La contribution active du pentecôtisme au phénomène de la sorcellerie est une composante majeure du succès de ce mouvement religieux en Afrique.

2Le succès des pratiques de délivrance accompagne l’émergence des Ministères de délivrance et des camps de prière1 en Afrique depuis le début des années 1990. Au Ghana, l’attraction des Ministères de délivrance surpasse celle des shrines anti-sorcellerie et des Spiritual Churches. Cette pratique repose sur une vision dichotomique du monde perçu comme le terrain d’affrontement de la puissance divine contre les forces du Mal. La délivrance est étroitement associée à la guérison divine par le biais de la lutte contre les génies, esprits et démons considérés comme responsables des maux physiques et « spirituels » ainsi que de la « maladie », même si cette notion est centrée sur une série limitée de maux. Cette perception du rapport à la maladie, aux autres et au monde, se nourrit d’une série de représentations « persécutives » (Ortigues 1966 : 225) à partir desquelles le fidèle se pense en proie aux puissances maléfiques dans tous les instants de sa vie. La délivrance se présente alors comme une libération de la souffrance et du Mal qui passe par l’exorcisme, l’éradication. La diabolisation des esprits païens, ancêtres et génies protecteurs, est le principal ressort de l’expansion des pentecôtismes africains. Comme l’observe Adam Ashforth (2005 : 312) à partir de l’Afrique du Sud : « Ancestors are also under increasing assault from the varieties of Pentecostalism that are spreading rapidly throughout Africa. »

3Cet article s’appuie d’abord sur une série d’enquêtes menées au sein de la Church of Pentecost quasi simultanément dans trois pays : le Burkina Faso, la Côte-d’Ivoire et le Ghana depuis 20012. Au Ghana, comme en Côte-d’Ivoire, la délivrance est une pratique courante que l’on peut observer soit en tant que séquence intégrée au culte hebdomadaire, ou lors de veillées, soit dans l’espace des « camps de prière », qui sont des structures indépendantes associées à l’Église. En Côte-d’Ivoire, l’apparition des camps de prière peut être perçue dans la continuité historique des « villages thérapeutiques » conçus par les « prophètes guérisseurs » comme Albert Atcho et la communauté de Gregbo (Piault 1975 ; Augé 1990). L’influence des évangélistes américains et leurs témoignages de guérison personnelle sont également à l’origine de l’émergence des quelques grandes figures nigérianes et ghanéennes qui n’ont cessé de générer des vocations de « prophètes-guérisseurs » (« healing prophets ») dans leur pays et les pays voisins. Ce dynamisme créatif a produit plusieurs générations de leaders pentecôtistes ghanéens, mais aussi ivoiriens et burkinabè, de sorte que même les Églises les plus « classiques » sont amenées à prendre en compte ce constant renouvellement. Qu’ils aient une surface sociale internationale ou qu’ils soient des leaders « en leur pays », les « croyants-guérisseurs », « prophètes » ou « prophétesses », ces nouvelles figures hors normes et indociles, illustrent les rapports ambigus que les Églises pentecôtistes entretiennent avec la sorcellerie.

4Le pentecôtisme ghanéen est aussi connu pour ses camps de guérison et de délivrance (Larbi 2001), des institutions thérapeutiques qui font appel à des techniques d’exorcisme et à une relecture des catégories de la sorcellerie. Les postures des Ministères de délivrance sont très différentes de celles des Églises pentecôtistes dites « classiques » qui n’acceptent pas la possibilité qu’un converti puisse être possédé par des démons. La Church of Pentecost, comme d’autres Églises de sa génération (Assemblies of God, Christ Apostolic Church, Apostolic Church, qui étaient encore les Églises pentecôtistes majeures jusque dans les années 1970) n’encourage pas les Ministères de délivrance, considérant que le baptême de l’Esprit apporte par lui-même salut, guérison et délivrance (Onyinah 2002 : 115)3. Nous verrons cependant comment, face à la frilosité des Églises pentecôtistes « classiques », les camps de prière et les Ministères de délivrance, sous la direction de leaders atypiques, intègrent dans la pratique de la délivrance des techniques du corps et de nouvelles représentations de la sorcellerie inspirées de la littérature évangélique américaine, dont les presses africaines se font le relais. Ces guérisseurs aux pouvoirs multiples s’inscrivent dans des réseaux transnationaux en marge de l’orthodoxie de l’Église à laquelle ils sont pourtant associés et disposent d’une popularité qui rivalise avec l’autorité pastorale. Dans ces structures marginales, le double jeu du pentecôtisme vis-à-vis de la sorcellerie africaine est encore plus perceptible. Il est même l’un des plus puissants attraits des centres de prières.
Pasteurs contre féticheurs : une histoire ancienne

5L’histoire des pentecôtismes africains est marquée très tôt par la lutte contre la sorcellerie qui est l’un des ressorts de l’évangélisation. Parmi les précurseurs du pentecôtisme en Afrique de l’Ouest, le prophète W. W. Harris, parcourant la Côte-d’Ivoire et le Ghana dès le début du XXe siècle, convertit, baptise, incite les villageois à renoncer à la sorcellerie et à brûler leurs fétiches. Plus tard, les pasteurs s’engagent à leur tour dans la lutte contre la sorcellerie comme préalable à la conversion. Dans le duel pasteurs/féticheurs qui s’engageait alors, la puissance du mal n’est pas simplement supprimée, elle est « inversée » (« turned around ») c’est-à-dire « retournée » contre son agent qui est « chassé » et finalement soumis à une puissance supérieure (Leonard 1989). Le face-à-face pasteurs/féticheurs se traduit donc par un rapport de forces et illustre l’ambivalence originelle de la puissance divine perçue comme une force magique supérieure à celle des sorciers mais relevant de la même nature. Comme le fait remarquer Adam Ashforth (2005 : 181) concernant l’Afrique du Sud : « Conversions to Christianity, that is to say, which the missionaries proclaimed as the result of their earthly labors empowered by their Christian God, were often seen by the locals as a product of sorcery or other mystical forces. » Ce premier malentendu de la rencontre missionnaire marque l’histoire des christianismes africains.

6Dans leur guerre spirituelle et par le discours de la « recrudescence » de la sorcellerie, les Églises pentecôtistes alimentent cet imaginaire sorcellaire, voire le réactivent et l’intègrent, tout en prétendant lutter contre. La Church of Pentecost du Ghana, dont la naissance même est liée au débat sur la guérison divine4, est traversée par les courants néo-pentecôtistes d’aujourd’hui et son histoire récente est jalonnée par une série de débats portant sur la délivrance, sa pratique, ses techniques et son encadrement institutionnel. Le statut de ces fidèles pas ordinaires, « croyants-guérisseurs » ou simples « visionnaires », est perçu de manière ambivalente par les Églises, comme l’Église de Pentecôte ou les Assemblées de Dieu, qui ont opté pour des structures pyramidales. Les dirigeants considèrent avec méfiance la réputation charismatique d’un « croyant-guérisseur » puisque son charisme lui permet en quelque sorte de court-circuiter les modes de promotion hiérarchique. Les fidèles leur accordent volontiers le titre de « prophète » ou plus simplement de « guérisseur » et s’accordent à leur reconnaître un pouvoir supérieur à celui des « fonctionnaires » de l’Église, précisément du fait qu’ils sont en contact direct avec Dieu ou le Saint-Esprit tandis que les pasteurs obéissent à un ordre hiérarchique et sont soumis aux pesanteurs de l’orthodoxie.

7La « profession de foi anti-sorcière » (Tonda 2000 : 50) des pasteurs et des convertis intègre, non sans ambivalence, les représentations traditionnelles africaines qu’elle reformule en faisant de la figure du diable l’interface entre les deux systèmes de croyance : « Embrayeur de communication entre le système sorcellaire traditionnel et une démonologie moderne dominée par les rapports de force, le Réveil du Diable participe surtout à la réactivation d’un schéma persécutif du Mal qui encourage, sur un mode euphémisé, l’accusation de l’autre proche aussi bien que la diabolisation de l’étranger, à commencer par l’inconverti. C’est à ce prix que le Diable devient l’agent double de la conversion » (Mary 1998). Pour Birgit Meyer (1998b), qui parle depuis le Ghana, la délivrance, synonyme de « rupture totale avec le passé », comprend deux dimensions : la première correspond à la délivrance du passé personnel (immediate past), la seconde à une libération de la « malédiction ancestrale » (ancestral past), une conception « persécutive » du Mal qui se transmet à travers les générations. Ainsi, les tensions familiales étant attribuées à la sorcellerie ou aux esprits ancestraux (Akan spirits, siis buudu5, Mami Wata), la rupture avec le passé implique parfois concrètement la rupture des liens familiaux. Comme le résume la formule de Birgit Meyer (1998a : 75) : « Le Démon œuvre à travers les liens du sang ; le Dieu chrétien les rompt. » C’est la plasticité de ces catégories qui permet de les maintenir aussi efficaces dans le registre pentecôtiste que dans leur usage initial. Les biographies et les récits de vocation des croyants-guérisseurs sont à l’image de cette plasticité, mêlant à la fois les ressources des « guérisseurs » traditionnels, de leur initiation à l’islam ou de l’héritage catholique, et celle de la puissance de l’Esprit. L’ambivalence des discours tient aux multiples sources qui sont mobilisées, mêlées et bientôt confondues au point, parfois, de brouiller les pistes qui ont amené à ces discours complexes et parfois contradictoires.
Sorcellerie et démonologie : les « plans de l’ennemi »

8L’influence du mouvement néo-pentecôtiste pétri de littérature américaine a fortement modifié le paysage religieux ouest-africain depuis les années 1990. Les pays anglophones comme le Ghana et le Nigeria jouent un rôle majeur dans la diffusion des nouveaux concepts religieux tels que celui de la « malédiction ancestrale », selon lequel la conversion ne garantit pas la protection contre le pouvoir maléfique des ancêtres. Certaines Églises se sont approprié ces théories, regroupées sous le terme de witchdemonology, qui comprend la lutte contre la sorcellerie, les démons et la malédiction ancestrale. Le terme witchdemonology est une combinaison d’un terme emprunté à la culture traditionnelle africaine, revisitée par l’anthropologie anglo-saxonne (Evans-Pritchard), désignant la sorcellerie proprement dite, witchcraft – et non sorcery qui désigne la magie –, et du terme occidental demonology. La witchdemonology est le produit d’une hybridation, au sens de Bakhtin6, des notions occidentales et africaines relatives à la sorcellerie (Onyinah 2002 : 118). Les termes « sorcier » (witch) et sorcellerie (witchcraft) sont utilisés comme des synonymes de démon et de mauvais esprit (evil spirit). Ainsi, les prêtres traditionnels (priests)7 sont assimilés à des sorciers. Cette théorie, inspirée entre autres par les américains Kenneth Hagin et Peter Wagner (et sa notion de spiritual warfare), implique un lien direct entre les mauvais esprits (anges déchus), les démons et les catégories de génies africains (abosom pour les Ashanti) qui peuplent la brousse (forêts, rivières, arbres) et l’imaginaire akan traditionnel. Cette vision du monde est également véhiculée en Afrique par les ouvrages de Derek Prince (1998 : 148) pour qui la sorcellerie est « la cinquième colonne dans la société et dans l’Église ». La possibilité qu’un chrétien, converti, ayant reçu le baptême d’eau mais aussi le baptême de l’esprit, reste victime de la malédiction ancestrale qui pèse sur sa famille, est au cœur du sujet : « Demons might be in a person before one became a Christian. Moreover, demons might enter a person after he/she has become a Christian » (cité par Onyinah 2002 : 116). L’évangéliste américaine Rebecca Brown (1986 : 233) va plus loin, en suggérant que des démons « satanistes » infiltrent régulièrement et détruisent des églises chrétiennes. Le sorcier c’est toujours l’autre, le proche.

9Le concept pentecôtiste de la « malédiction ancestrale » implique que la conséquence des péchés (ou considérés comme tels) commis par les « anciens » retombe sur la lignée descendante. La thèse est relayée par certains pasteurs pentecôtistes ghanéens comme Owusu Tabiri8. Elle a pour complément pratique la nécessité de la délivrance associée à la rupture des liens du sang (breaking ou obubu en twi) qui passe par l’identitfication des démons ancestraux : « rooting the Devil » (Tabiri 2004 : 63). Les effets de la malédiction ancestrale sur une personne se traduisent par des maladies chroniques, des accidents psychopathologiques (mental breakdown), des excès émotifs, des allergies, des pertes financières répétées, une succession de morts non naturelles (telles que les accidents ou les suicides) dans l’entourage de la personne, des divorces répétés ou des troubles du comportement tels de la mauvaise humeur, des excès de colère ou, à l’inverse, une réserve excessive. Les traits de caractère et les aléas de la vie quotidienne sont ainsi interprétés comme les effets de la malédiction ancestrale : ce sont les « plans de l’ennemi », les « plans de sabotage » de Satan pour éprouver les chrétiens et les détourner de leur « destinée prophétique », c’est-à-dire du « plan de Dieu » pour chaque individu.

10Dans ses aspects pratiques, la délivrance consiste à identifier les esprits démoniaques ou à les reconnaître en fonction de symptômes décrits par la plupart des manuels de délivrance d’inspiration pentecôtiste ou charismatique tels qu’en produisent les centres d’éditions africains, souvent ivoiriens ou nigérians (Adekoya 1997). L’exorcisme proprement dit (la fuite des démons) passe par l’imposition des mains et parfois une lutte au corps à corps avec le « possédé », associées à un usage pragmatique d’extraits bibliques, choisis en fonction de la « maladie », comme l’illustre, dans le contexte catholique charismatique, le célèbre traité de Meinrad P. Hebga9 (1986 : 54-65, 2006).
La sorcellerie en questions

11Ces techniques de lutte contre la sorcellerie se retrouvent au Burkina Faso, voisin du Ghana, associées à des innovations qui empruntent aux méthodes du marketing et visent cette fois un public urbain et scolarisé. À Ouagadougou, le Centre d’intercession, de délivrance et d’évangélisation (CIDE) a mis au point un questionnaire destiné à identifier les « mauvais esprits » en mettant davantage l’accent sur la consultation individuelle comme préalable à la délivrance collective qui aura lieu plus tard, lors du culte hebdomadaire. La consultation, qui se déroule souvent dans la cour du Centre, passe par un entretien avec le leader qui propose au « malade » de répondre à une série de questions afin de cerner la cause de son mal. Les questions portent sur l’environnement familial de la personne (« y a-t-il un membre de votre famille, arrière-grand-père ou arrière-grand-mère, tante ou oncle, qui fut prêtre ou prêtresse des fétiches, ou un roi, reine, y a-t-il un imam, un guerrier ? ») ; les antécédents de santé (« avez-vous une maladie héréditaire ? ») ; les appartenances religieuses antérieures (« avez-vous déjà participé à des rites ? », « avez-vous déjà participé à des danses culturelles, danses des masques, […] ou autre forme d’idoles, bonne aventure, magie blanche, horoscope, astrologie ? […] à des groupes transcendantaux tels que la Rose-Croix, Eckankar ? »)10.

12Le patronyme d’une personne peut être considéré comme une source de « blocage » pour le converti : « Parce que ici, presque chaque famille est liée à une idole, explique le pasteur : les Sawadogo, les Zabré, les Ouedraogo, etc. On adore quelque chose, comme le cheval, et ça joue sur la vie chrétienne. Il y a aussi un animal que la famille évite à cause d’un dieu. » Les patronymes mossi se rapportent en effet à des personnages historiques de la dynastie des Ouedraogo, symbolisent des pouvoirs magiques (sawadogo)11 ou un héritage ancestral : ainsi zabré désigne les guerriers mais peut aussi être associé à un trait de caractère12. Les porteurs de ces patronymes peuvent être victimes de cet héritage ancestral perçu comme malfaisant, vecteur de la malédiction ancestrale. La nomination de l’enfant fait partie de cet héritage : « T’a t-on fait qu’un membre de ta famille s’est réincarné ? » Le prénom donné à l’enfant peut être considéré comme une source de « blocage » lorsqu’il est donné en hommage à un ancêtre13 : « Ici c’est comme ça, ils disent que c’est le grand-père qui est revenu et quand la personne veut se convertir, il y a des problèmes, parce que ce sont des démons de nécromancie, ce n’est pas la personne qui est revenue, mais chaque année ils donnent un poulet, donc nous prions pour briser tout ça et pour que la personne ne croie plus à ces choses-là », explique le pasteur. Ces types de « blocages » sont attribués à une « maladie spirituelle », qui affecte directement ou indirectement la relation à Dieu et peuvent expliquer qu’un chrétien, même une fois converti, soit poursuivi et tourmenté par de mauvais esprits. La nécromancie (évocation des morts pour apprendre d’eux l’avenir) est un travestissement du pouvoir que les Mossi accordent aux rêves dans lesquels un ancêtre bienveillant peut apparaître afin de les prévenir d’un danger imminent (« Voyez-vous des choses dans vos rêves qui se réalisent ? »), parfois assimilé à « l’esprit de mort », qui fait voir des défunts en rêve. Les pentecôtistes assimilant le « monde invisible », où se donnent à voir les ancêtres – tantôt bienveillants, tantôt persécuteurs –, doubles14 et sorciers, à une vaste supercherie démoniaque, interprètent comme la manifestation de démons toute apparition en rêve, voire les rêves eux mêmes : « Voyez-vous des choses que les autres ne voient pas ? Entendez-vous des voix ? » Ces facultés attestent de la proximité de démons dans l’environnement de la personne qui entend des voix (ce sont des démons qui lui parlent) mais qui peut aussi les voir, sans se douter qu’elle est seule à voir ce que les autres ne voient pas.

13Le rapport à l’argent joue également un rôle important dans l’interprétation symptomatologique que constitue l’entretien par questionnaire : « Avez-vous souvent des surprises d’argent ? » ; être dépensier ou à l’inverse gagner de l’argent de manière inattendue : « si tu as 1 000 CFA et tu vois que ça devient 6 000 CFA, il y a quelque chose qui ne va pas », explique le pasteur. La perte d’objets ou à l’inverse la découverte d’objets inconnus : « perdez-vous des objets ? », « avez-vous des biens qui ne vous appartiennent pas ? ». « C’est quand tu vois dans tes habits ou tes bijoux quelque chose que tu n’as jamais acheté, ça arrive ici », commente le pasteur. La perte d’objets est une étourderie attribuée aux démons qui parasitent l’esprit de la personne mais il peut s’agir d’un vol destiné à diriger une attaque en sorcellerie, de même que la découverte d’un objet inconnu, placé à dessein au domicile de la personne. L’objet suspect est considéré comme le vecteur de la puissance maléfique. Enfin, certains traits de caractère ou de la personnalité sont également attribués à l’entremise de mauvais esprits : « Êtes-vous méchant, têtu, coléreux, paresseux ? » Le fait par exemple « d’agiter les doigts de manière mécanique, indépendante de la volonté », ajoute le pasteur, est considéré comme un signe nerveux de dépendance envers un démon. Caractérologie et démonologie vont de pair.

14Les appartenances religieuses antérieures du converti font aussi l’objet de l’interrogatoire. L’islam est considéré comme une « fausse doctrine » qui égare l’individu, notamment par son rapport de compromis avec les pratiques traditionnelles et la sorcellerie. La seule présence d’un imam dans la famille du converti peut être considérée comme la source de ses « blocages ». Le caractère confrérique de la Rose-Croix et de la Franc-maçonnerie alimente l’imaginaire sorcelleraire au point que, en Afrique de l’Ouest comme en Afrique centrale, leurs membres peuvent être « accusés de détenir les magies internationales les plus redoutables […] on leur attribue pratiques incestueuses, homosexualité, meurtres rituels et d’autres pratiques symbolisant la sorcellerie la plus disruptive » (Tonda 2002 : 51). De même, les groupes « transcendantaux » sont au minimum perçus comme des groupes sectaires dangereux. Au côté de ces mouvements notons l’allusion du pasteur aux expériences de la « bonne aventure », de la « magie blanche », voire de l’astrologie ou de l’horoscope, qui sont classées dans la catégorie des « idoles de superstitions ». Le résultat de ce questionnaire est censé permettre de diagnostiquer l’origine du mal. Que le « malade » soit un fidèle régulier ou un non converti, le pasteur lui propose de se présenter au temple lors du prochain culte afin de recevoir une prière de guérison. La médiation du questionnaire introduit une mutation importante par rapport aux procédures divinatoires traditionnelles. Le pasteur qui engage le dialogue oral dans un entretien par questionnaire se réfère à l’autorité de l’écriture et d’un savoir accumulé dans les traités et les manuels pratiques de lutte contre la sorcellerie.
Delivremoi.com

15Le recours au questionnaire est une pratique répandue dans d’autres Ministères de délivrance tels que Gem Kakou Ministries, ministère chrétien fondé par le prophète ivoirien Gem Kakou, qui propose sur son site Internet un test en ligne afin de savoir si l’on est ensorcelé15. Les questions-test portent souvent sur les mêmes thèmes. Des thèmes qui n’ont rien de « spirituel », mais qui pointent les problèmes de la vie ordinaire : la maladie ; l’environnement familial : « vous avez des génies protecteurs dans votre vie ou votre famille » ; les traits de caractère, qui renvoient, on l’a dit, à la « malédiction ancestrale » : « vous êtes coléreux ; vous oubliez beaucoup trop vite » ; le rapport à l’argent : « vous dépensez plus que vous ne gagnez » ; la réussite professionnelle : « vous échouez dans tout ce que vous entreprenez » ; les problèmes conjugaux : « vous vous sentez mieux en dehors de chez vous » ; ou encore l’image de soi : « vous avez une image négative de vous », associée à l’état psychologique : « désintérêt dans vos entreprises », qui renvoie aux rapports sociaux : « on vous tient des promesses qu’on ne respecte pas ; l’on vous emprunte mais l’on ne vous rembourse pas ; vous êtes sujet à la tromperie ». Les aléas de la vie quotidienne sont aussi considérés comme des indices : « vous êtes régulièrement victimes d’accidents ; pertes répétées et mystérieuses de vos objets ; vous arrivez régulièrement en retard à vos rendez-vous importants » ; ainsi que le décès de proches : « pertes répétées et mystérieuses de membres de votre famille ». Une réponse par l’affirmative à une ou plusieurs de ces questions permet d’identifier l’esprit importun, voire plusieurs, responsable(s) des « maladies », « blocages » ou « malédictions » qui pèsent sur la personne. À l’issue du questionnaire en ligne sur le site Gem Kakou Ministries, quelles que soient les réponses cochées par l’internaute, le résultat qui s’affiche va dans le même sens : « Si vous êtes concerné par trois éléments de la liste du formulaire, vous subissez une influence démoniaque, si vous êtes concerné par sept éléments de la liste du formulaire vous devez réagir urgemment. » Ainsi, par le biais de cette innovation technique, un chrétien ivoirien, à Abidjan – ou à Paris – peut à tout moment se connecter et recevoir un « diagnostic » en ligne16, même s’il s’agit davantage d’une méthode de prosélytisme que d’un diagnostic individuel.

16La délivrance telle qu’elle se présente aujourd’hui, individuelle ou collective, se met en scène par une lutte au corps à corps entre le leader, vecteur de la puissance divine, et le fidèle (qui est souvent une femme17) dont l’agitation est interprétée comme la manifestation des démons qui le « tiennent ». Qu’elles soient intégrées au culte hebdomadaire ou à un rassemblement public (type croisade), les séances de délivrance sont de puissants attraits aussi bien pour les fidèles réguliers que pour les non convertis en quête de guérison ou de miracles. Le discours de diabolisation contribue à évacuer la notion de responsabilité personnelle au profit des démons et mauvais esprits que les pasteurs dénoncent publiquement et incitent à se manifester dans le temple (« montre-toi maintenant ! ») afin de les combattre et de les chasser (« plie bagages, au nom de Jésus ! »), faisant ainsi l’économie de la confession. Ces appels répétés provoquent les premières crises de possession au sein même de l’assemblée dont les fidèles les plus agités sont tirés de la foule et déposés auprès du pasteur et de ses assistants qui entament une prière de délivrance, laquelle tourne rapidement à la lutte physique. Pratiquée aussi bien par des pasteurs que par des prophètes-guérisseurs, plus ou moins intégrés à l’orthodoxie, la délivrance repose sur une connaissance du mal qui peut être anticipée (prophètes) ou révélée (visionnaires) et porte aussi bien sur des maux « physiques » (parmi lesquels la stérilité des femmes, l’épilepsie ou la « folie » sont les plus fréquemment nommés) que « spirituels », qui se traduisent par des échecs économiques et sociaux (vie familiale, échecs professionnels). Cette perception du mal tend à dépasser la séparation entre guérison physique, corporelle et guérison psychique, « spirituelle » dans le traitement des « corps souffrants ».

17Techniquement, la pratique de l’imposition des mains, inspirée de la Bible, s’est enrichie d’une large palette de techniques du corps plus ou moins brutales qui peuvent parfois mobiliser plusieurs personnes autour d’un « possédé ». Ainsi, « la délivrance relève moins d’un tribunal de la conscience que d’un combat total où le pasteur s’engage fortement et physiquement » (Mary 2001). Bien que très fréquente, la chute à terre est une manifestation physique de la délivrance plutôt controversée, de même que les cris, pleurs et vomissements (Fancello 2006). Tout d’abord parce que l’agitation extrême laisse penser que la délivrance passe nécessairement par une lutte acharnée entre le Saint-Esprit et les mauvais esprits, tandis que les pasteurs affirment que, par la prière et l’imposition des mains, le guérisseur délivre du mal « au nom de Jésus », lequel suffit à mettre en fuite les démons. La fonction performative du langage qui caractérise ce « discours de puissance », amplifie le pouvoir magique de guérison. Mais surtout, l’expulsion des mauvais esprits n’est assimilée à aucune expulsion réelle, d’aucune substance interne. Outre la violence des techniques du corps mobilisées, la délivrance s’accompagne d’un discours aux métaphores guerrières. Cette « guerre spirituelle » est un combat contre le Mal, et les pasteurs sont des « soldats de Dieu » (« Warriors of God », « Prayer Warriors ») qui pratiquent la « chasse aux sorcières ». Cependant, là encore, « l’autre » agresseur ne se réduit pas aux sorciers mais englobe « l’autre » (les musulmans, les païens, l’étranger, le migrant, l’opposant politique, les amis, la famille). Toutes les sphères de la vie familiale, sociale et politique peuvent être sources de suspicion.

18Au Burkina Faso, le « prophète » Emmanuel Sawadogo, dont l’itinéraire est passé par la Côte-d’Ivoire, fait partie des « croyants-guérisseurs »18 les plus populaires du pays. Sa technique de délivrance plutôt « musclée » lui vaut le surnom de « boxeur de la foi » (Laurent 2003). Dans le registre de l’oralité, le prophète Emmanuel invite les fidèles à une confession préalable à la délivrance. Ici, il faut « dire son problème » pour ouvrir la voie à la guérison. Mais c’est le prophète qui donne son diagnostic quasi invariable : « C’est des démons » (« ya zina »). Comme beaucoup de « croyants-guérisseurs », Emmanuel s’inspire des théories de la « malédiction ancestrale » (« Si tes parents étaient coléreux, ça se répète directement sur toi ») mais en conclusion d’une séance de délivrance, il ne manque pas d’évoquer aussi le recours au pardon comme voie d’apaisement des conflits. Le pardon est une condition nécessaire au salut et à la délivrance : « Si vous avez de la colère contre quelqu’un, il faut pardonner d’ici à mercredi (kwê soba sugri), de manière à ce que l’on puisse prier pour vous. Si votre cœur a la paix, Dieu exauce vos prières. » L’impératif de pardon consiste à l’accorder, sans demande préalable et sans condition, à la personne envers laquelle on nourrit un désir de vengeance ou une rancune tenace, et vise à rétablir « l’entente » (« wum taaba »), une forme de pacification des relations sociales par le compromis. La « rancune » est une notion associée à la sorcellerie et elle occupe une place centrale au cœur du processus de guérison d’un « prophète-guérisseur » ivoirien comme Sebim Odjo : « Nkpiti, la “rancune”, cette perversion intime des relations sociales les plus intenses […] c’est le facteur socio-psychologique sans l’existence duquel il n’y aurait ni sorcellerie, ni malédiction d’aucune sorte » (Augé 1990 : 41). Mais l’accusation directe n’est pas de mise dans les Églises. La délivrance a pour but de libérer les individus de l’entremise des démons qui les tourmentent sans faire peser sur eux de responsabilité directe. Lorsque Emmanuel ordonne « il faut pardonner », il veut rappeler que, dans un contexte chrétien cette fois, l’exorcisme des « démons de la colère » passe par l’acte de pardon, c’est-à-dire la libération de la rancune et le renoncement au cycle de la violence réciproque.
Pasteurs ou prophètes guérisseurs

19En principe, les pasteurs de la Church of Pentecost, qui sont des « fonctionnaires de l’Église », s’en tiennent à un charisme de fonction et n’exercent pas de Ministères de guérison, lesquels reposent le plus souvent sur le charisme personnel du leader, perçu comme peu orthodoxe dans une Église extrêmement hiérarchisée. L’ambivalence des Églises et des pasteurs vis-à-vis de la sorcellerie et des esprits païens est variable selon les régions d’Afrique. En Afrique centrale (Congo, Gabon), les frontières entre christianisme et sorcellerie semblent plus floues qu’en Afrique de l’Ouest, au point que : « Au Congo, l’exorciste officiel de l’Église catholique, l’abbé Isidore Malonga, consulté pour ses pratiques de “guérison divine”, est dit appartenir à une famille de grand nganga » (Tonda 2000 : 55). Certes, l’Église catholique est souvent perçue comme davantage compromise avec les pratiques magiques traditionnelles que les Églises pentecôtistes qui prônent la rupture totale avec la société traditionnelle, ses croyances et ses pouvoirs. Cependant, ces mêmes Églises tolèrent des structures telles que les camps de prière, de guérison et de délivrance, souvent fondés et dirigés par des personnages atypiques dont le charisme est inversement proportionnel à leur statut hiérarchique. Tandis que l’Église ne leur reconnaît rarement plus que le statut de diacre (ou diaconesse) ou au mieux d’ancien (un statut fermé aux femmes), ces leaders passent pour des personnalités charismatiques dont la réputation internationale est bien supérieure à celle des pasteurs et apôtres de l’Église. De plus, la priorité donnée à la quête de guérison donne à la délivrance une dimension clientéliste qui pervertit, aux yeux de l’Église, le rôle des responsables de camps.

20Si la structure des camps de prière est moins répandue au Burkina Faso que dans les pays côtiers, on recense cependant plusieurs initiatives associées à l’Église de Pentecôte ou, plus souvent, à l’Église des Assemblées de Dieu. Plusieurs personnages, guérisseurs plus ou moins populaires, occupent aujourd’hui la scène burkinabè tels que le « vieux Ahmado » dans la région de Kombissiri (Église de Pentecôte), Emmanuel19 (AD), ou parmi les femmes, « Maman Suzanne » (AD), accueillent des « malades » de toutes confessions. Dans la capitale, le Centre international d’évangélisation de Mamadou Karambiri, l’un des personnages les plus populaires au Burkina Faso, reçoit les malades pour des prières de guérison. Les « croyants-guérisseurs » réputés pour leur « pouvoir de guérison » et parfois élevés au rang de « prophètes » par les fidèles, sont des vecteurs de la puissance divine, comme l’explique André Soubeiga (1999 : 129) : « La prière, au nom de Jésus, procède d’un transfert de pouvoir, le Christ déléguant son pouvoir et sa capacité de guérison à quiconque le sollicite. » Contrairement aux « travailleurs de Dieu » décrits par Joseph Tonda (2002 : 158), dans le contexte du Congo et du Gabon et « qui sont des lettrés d’un niveau moyen largement au-dessus des nganga [les guérisseurs traditionnels] », les « croyants-guérisseurs » que nous avons rencontrés au Burkina Faso, en Côte-d’Ivoire et au Ghana, sont en général d’un niveau d’instruction minimal, souvent illettrés, et à la différence des « travailleurs de Dieu », ce ne sont jamais des pasteurs20. Ces « croyants-guérisseurs » sont plus proches de ce que Joseph Tonda (2002 : 99) appelle des « identités valorisées de convertis », engagés dans des « carrières de spécialistes de la guérison ».

21La formation du Centre d’intercession et de délivrance (CIDE) au Burkina Faso à la fin des années 1980 participe du dynamisme créatif des Églises africaines en matière de lutte contre la sorcellerie. Le CIDE se forma à partir d’une cellule de prière dans l’un des temples des Assemblées de Dieu du quartier de la Patte d’Oie (secteur 15). La réputation grandissante de la cellule de prière aboutit à la création du Centre d’intercession, de délivrance et d’évangélisation (CIDE) au milieu des années 1980. Dans sa déclaration d’association du 4 juin 1992, le CIDE précise qu’il « condamne la sorcellerie » et fait de la délivrance son activité principale, recevant des fidèles de toutes confessions. Mais bientôt, l’indépendance du CIDE par rapport à l’Église des Assemblées de Dieu et l’aspect clientéliste de la fréquentation du Centre – la conversion n’étant pas une condition de la guérison –, l’Église tente de réintégrer le Centre dans ses activités : « Normalement, les AD ne reconnaissent pas la délivrance, mais quand ils ont vu comment on faisait, ils ont vu que c’était pas mauvais. Et ils ont accepté ça », raconte le pasteur en charge de l’assemblée du quartier Ouaga 2000 où est installé le temple actuel du CIDE.

22Ces prophètes guérisseurs et guérisseuses, inscrits dans un réseau régional, apparaissent comme des personnages d’autant plus marginaux qu’ils ne se pensent pas eux-mêmes comme étroitement liés à l’Église à laquelle ils sont pourtant associés, ou affiliés, plus ou moins formellement. À l’image des prophètes nigérians tels que Babamuboni, Egunjobi ou Moses Orimolade décrits par John Peel (1968) et qui prêchaient de village en village, sans véritable affiliation aux Églises établies, invoquant le seul pouvoir de la prière. Cette indépendance relative vis-à-vis des Églises locales est un trait commun des « guérisseurs » qu’illustraient par exemple la posture du « prophète » Sebim Odjo vis-à-vis de l’Église méthodiste (Augé 1990), ou Harris en son temps (Haliburton 1984). L’échantillon des fidèles du « vieux » Ahmado, qui n’affiche pas la dénomination « Église de Pentecôte », est en fait constitué de villageois de Pellé et des quelques kilomètres alentour. Certains, comme Ahmado, Emmanuel, ou parmi les femmes, Sister Kate au Ghana, Maman Haggar en Côte-d’Ivoire ou Maman Suzanne et Maman Doris au Burkina Faso, s’affirment avant tout comme des fidèles ayant reçu un pouvoir divin dont les voies court-circuitent la hiérarchie de l’Église au sein de laquelle ils n’avaient souvent aucun statut. Pour donner libre cours à leur don de guérison, vis-à-vis duquel les Églises telles que l’Église de Pentecôte ou les Assemblées de Dieu ont une attitude mitigée, certains leaders « révélés » ont choisi de prendre leur indépendance, tel Owusu Tabiri, fondateur du Bether Prayer Camp, qui quitta la Church of Pentecost du Ghana pour fonder la Bethel Prayer Church en 1995. Cette rupture alimenta un long débat au sein de la Church of Pentecost sur l’importance de la délivrance dans la lutte contre la sorcellerie (Baidoo 1995).

THE BRAIN : Eugenics & Population Control

Posted in géopolitique, INVESTIGATIONS, nwo, sociologie, THEOSOPHIE NEW AGE with tags , , , , , , , on mai 16, 2014 by rodolphepilaert63

https://webbrain.com/brainpage/brain/D36749F1-3A40-09FA-957F-41294B88CB70#-225
Cecil-Rhodes-in-the-Brain-1024x578

Israel Cohen , “Programme racial pour le XXeme siècle” 1912

Posted in .....HISTOIRE...., FRANC MACONNERIE BILDERBERG TRILATERALE ..., géopolitique, scandales, sociologie with tags , , , , , , on octobre 14, 2013 by rodolphepilaert63

Les juifs et la destruction de la race blanche.


Israel Cohen, “Programme racial pour le XXeme siècle” 1912. Cité par le membre du Congrès Abernathy, Archives du Congrès, 1957.

Nous devons nous rendre compte que l’arme la plus puissante de notre parti est la tension raciale. En insufflant dans la conscience des races sombres que pendant des siècles ils ont été opprimés par les Blancs, nous pouvons les modeler au programme du Parti communiste. En Amérique nous viserons la victoire subtile. En enflammant la minorité noire contre les Blancs, nous essayerons d’installer chez les Blancs un complexe de culpabilité pour leur exploitation des Noirs. Nous aiderons les Noirs à gravir tout les échelons de la société, dans les professions et dans le monde du sport et du divertissement. Avec ce prestige, nous favoriserons les mariages interraciaux, alors commencera un processus qui livrera l’Amérique à notre cause.”

*
«Nous révélerons ouvertement notre identité aux races d’Asie et d’Afrique. Je peux déclarer avec assurance que la dernière génération d’enfants blancs est maintenant née. Nos commissions de contrôle, dans l’intérêt de la paix et de l’élimination des tensions inter-raciales, interdiront aux Blancs de se marier aux Blanches. Les femmes blanches doivent cohabiter avec des membres des races sombres, l’Homme Blanc avec la femme noire. Ainsi, la race blanche disparaîtra, car le mélange du noir avec le Blanc signifie la fin de l’Homme Blanc, et notre plus dangereux ennemi deviendra un simple souvenir. Nous nous embarquerons pour une ère de dix mille ans de paix et d’abondance, la Pax Judaica, et notre race régnera sans aucune concurrence sur le monde. Notre intelligence supérieure nous permettra aisément de rester les maîtres d’un monde de peuples sombres» (Rabbin Emanuel Rabinovich, Conseil d’Urgence des Rabbins d’Europe à Budapest, 12 janvier 1952).
*
«La clé qui résoudra les problèmes sociaux de notre ère est d’abolir la race blanche …» «Le but d’abolir la race blanche est en soi si désirable que certains trouveront difficile de croire qu’il pourrait amener une opposition quelconque, à part celle de suprémacistes blancs engagés» (Dr. Noah Ignatiev, professeur juif à l’université de Harvard). Cité par le membre du Congrès Abernathy, Archives du Congrès, 1957.

 

Harvard Academic: “Abolish the White Race”

— In this 9 1/2 minute video Scott Roberts exposes Harvard academic, Dr. Noah Ignatiev, a Jewish supremacist who seeks the destruction of the White race. His call for the genocide of Whites is a thinly veiled demand for the annihilation of a basic human right–that of cultural identity–by minimizing his target with his euphemism, “concept of whiteness”. Ignatiev uses his position as a Harvard academic to “educate” students about White people as a whole using violent images and words such as “genocide”, “destroy”, “abolish”, and “treason to whiteness is loyalty to humanity”.

According to social conflict theories and human rights documents throughout the world, social identity is a basic human need and right, a need that is as precious as food, water, and security. Social identity is a non-negotiable need. Dr, Ignatiev calls for the collective deprivation of this basic human need through his use of demonizing propaganda (his website, “Race Traitor”) and the dehumanizing ideologies that he teaches at Harvard University with regards to the White race. It is important to note that cultural genocide is still genocide (defined).

Dr. Ignatiev seeks to maximize the interests of non-Whites, not by encouraging a spirit of American independence, i.e. the development of personal responsibility and ownership of one’s choices, but rather at the expense, victimization, and annihilation of White people, White identity, and Westernization. For more understanding of identity as a basic human right, please research the internet for “social identity”, “basic human needs”, and “social conflict”.

Following the video is an article by Paul Craig Roberts and its introduction at The Occidental Observer which explores Dr. Ignatiev’s direct call for the genocide of White people. — ed


Noah Ignatiev, Harvard University

Promoting genocide for whites? Noel Ignatiev and the culture of Western suicide

The Occidental Observer

There has been a renewed interest recently in a 2002 article by Paul Craig Roberts, actually the first of two (here is the second), drawing attention to a rather frightening phenomenon at Harvard University: the effort by a professor, Noel Ignatiev, and his journal, Race Traitor, to promote the “cultural and psychological genocide of whites.”

Now that’s an odd choice of words—guaranteed to draw attention to himself and his ideas. Was he in any way also promoting the slaughter/liquidation of whites, as some of his adversaries have suggested? Ignatiev says no. In his words,

We frequently get letters accusing us of being “racists,” just like the KKK, and have even been called a “hate group.” …

Our standard response is to draw an analogy with anti-royalism: to oppose monarchy does not mean killing the king; it means getting rid of crowns, thrones, royal titles, etc….

Ignatiev et al. have developed a story that goes as follows: A bunch of very bad people got together and created a category called “white” to which they belong but people with different colored skin can’t belong. Then they made laws that favored people in the white category, they colluded with other whites to dominate the economic and political process, and they invented baseless scientific theories in which whiteness had its roots in real biological differences.

All Ignatiev’s written material that we’ve seen carries the same odd message with the same extreme wording. He talks about the supposed privileges white people have just because they are in the white category, even though we all know that the only racial privileges in the US are affirmative action laws and various subterfuges that favor non-whites at the expense of whites. These practices result in blacks being overrepresented in high status jobs compared to their actual IQ and test scores. And it even results in people like Ward Churchill exaggerating their non-whiteness in order to become beneficiaries of this largesse.

 
Continue at TheOccidentalObserver.com

 

 

 

 

Conférences à Paris le dimanche 6 octobre

Posted in géopolitique, nwo, sociologie, THEOSOPHIE NEW AGE with tags , , , , , , , , on septembre 18, 2013 by rodolphepilaert63

Conférences à Paris le dimanche 6 octobre.
Sur l’aimable invitation de Laurent Glauzy, deux conférences seront données le dimanche 6 octobre à Paris dès 14 heures. Lors de la première, Laurent présentera son dernier livre intitulé « Témoins de Jéhovah, les missionnaires de Satan ». Lors de la seconde, je détaillerai le mouvement révolutionnaire mondial de la révolution anglaise à nos jours. Une séance de dédicaces est prévue juste après nos deux interventions. Les personnes présentes pourront alors nous questionner sur nos différents ouvrages et les sujets traités dans nos conférences.