Transnistrie geopolitique mafias desinformation

Posted in géopolitique, INVESTIGATIONS, scandales, sociologie with tags , , , , , on mars 14, 2008 by rodolphepilaert63

La Moldavie et la Transnistrie.

Géopolitique du voisinage euro-russe.

Par Florent Parmentier, doctorant

 

Les multiples vulnérabilités de l’Etat moldave – économiques, sociales et politiques – font que la situation du pays reste fragile. Pour l’heure, le risque d’un conflit militaire interne entre Chisinau et Tiraspol peut être écarté, tant le statu quo est favorable à un ensemble de groupes d’intérêt en Russie, en Ukraine et en Moldavie. L’implication croissante de l’UE fait déjà évoluer ces logiques statiques, permettant d’espérer une résolution du conflit à terme. Cependant, les défis de sécurité restent extrêmement prégnants.

   

La Moldavie est, à bien des égards, un résumé vivant de l’Europe Centrale et Orientale. Ce pays, dont la capitale est Chisinau, anciennement connue sous son nom russe de Kichinev, s’affirme comme le reflet de ses évolutions et de son histoire. Il occupe une superficie équivalente à la Belgique pour une population comparable à celle de la Croatie (4 millions d’habitants environ).

La Moldavie peut s’enorgueillir de quelques particularités culturelles. C’est le pays de langue latine le plus à l’Est en Europe, et le seul orthodoxe avec la Roumanie (dont elle partage la langue). Championne de la francophonie dans cette région, avec deux tiers des lycéens qui apprennent le français, elle partage avec la France une culture viticole, qui assure la renommée du pays.

La Transnistrie, entité sécessionniste à l’est du Dniestr, abrite quant à elle la XIVe armée russe. Elle est surtout réputée pour ses réseaux de criminalité et son potentiel de déstabilisation pour le reste du pays. Si la Moldavie fait partie de l’« étranger proche » de Moscou, l’UE s’avère néanmoins de plus en plus présente dans la région avec la politique européenne de voisinage.

Une histoire mouvementée

Le pays connaît une histoire mouvementée depuis la création de la principauté de Moldavie au XIVe siècle. En effet, cette dernière passe sous domination ottomane dès le XVIe siècle, avant d’être annexée par la Russie en 1812, suite au traité de Bucarest (1812). La région conquise, qui correspond à la partie orientale de la principauté de Moldavie, prend alors le nom de « Bessarabie ». La population de la Bessarabie a pu choisir de se réunifier avec la Roumanie en 1918, suite à la désorganisation de l’empire tsariste. Le pacte Ribbentrop-Molotov (23 août 1939) permet à l’URSS de reprendre possession de ce territoire en 1940. En juin 1941, les troupes allemandes et roumaines s’entendent pour reprendre la Moldavie à l’URSS, mais les Soviétiques reprennent contrôle du territoire en août 1944. De 1945 à l’indépendance du pays (1991), la République de Moldavie reste dans le giron soviétique. La Bessarabie connaît alors des modifications territoriales : le nord et le sud du pays sont transférés à l’Ukraine. En échange, la Bessarabie reçoit la Transnistrie, qui était jusqu’alors une région ukrainienne. La République de Moldavie déclare son indépendance en août 1991, et l’obtient définitivement en décembre 1991 lors de la dissolution de l’URSS.

La difficile gestation de l’Etat moldave

Depuis lors, la formation d’un Etat indépendant et viable a constitué l’objectif des différents gouvernements. Si l’on en juge par le désenchantement généralisé de la population, cette tâche reste encore en grande partie inachevée. En marge de l’élargissement européen, la Moldavie a longtemps paru abandonnée à son propre sort, aux prises avec d’inextricables difficultés. Les symptômes sont connus : séparatisme en Transnistrie, trafics en tout genre, crise économique, troubles internes de la société… La presse internationale s’en fait parfois l’écho, à tel point qu’on peut se demander comment, au vu de ces problèmes, cet Etat perdure.

 

Géopolitique de la Moldavie

Cet Etat, coincé entre la Roumanie et l’Ukraine, revêt une importance stratégique. Situé entre les Balkans et les plaines continentales, et non loin du Danube, d’Odessa, des Carpates et de la mer Noire, ce territoire a constitué l’avant-poste russe pour le contrôle du Danube et des détroits tout au long du XIXe siècle. Au XXe siècle, il suscite des rivalités entre la Roumanie et la Russie, dans l’entre-deux-guerres mais aussi pendant la période communiste. Aujourd’hui, l’élargissement de l’UE à la Roumanie ajoute à son intérêt stratégique. La Roumanie pourrait en effet devenir à la Moldavie ce que la Pologne a été à l’Ukraine : un avocat au sein des 25, à même d’attirer l’attention sur son voisin.

2006, la météo de la télévision roumaine indique aussi la température en Moldavie. Ce jour, on annonçait 19 degrés à Chisinau (à l’est). Crédits: P. Verluise

 

Une démocratisation inachevée

Les pays post-soviétiques ont connu beaucoup plus de difficultés dans leur développement démocratique que l’Europe Centrale, exception faite des pays Baltes. En 1991, une fois l’indépendance acquise, la Moldavie n’a pas de modèle démocratique local sur lequel s’appuyer. L’entre-deux-guerres a été dominé par Bucarest, sans que des institutions locales ne puissent servir d’exemple pour la suite. De fait, les années 1990 ont marqué l’établissement d’un nouveau régime, semi-présidentiel, pluraliste, mais très instable. Faute d’une scène politique constituée, les premiers ministres se font et se défont rapidement, au gré des changements d’alliances. Malgré tout, les élections sont très concurrentielles par rapport aux standards de la Communauté des Etats Indépendants (CEI). Le premier président, Mircea Snegur, réputé pro-occidental, confirme l’indépendance de la Moldavie et écarte la perspective d’une réunification. Il perd l’élection présidentielle en 1996, face au candidat Petru Lucinschi, un ancien membre du comité central du Parti Communiste de l’Union Soviétique (PCUS), réputé plus proche de Moscou. Ce dernier cherche à faire de la Moldavie un régime présidentiel, mais la réforme constitutionnelle de juillet 2000 le fait évoluer dans un sens plus parlementaire.

 

Le retour des communistes au pouvoir (2001)

Ainsi, sur fond de déception générale, les communistes emportent massivement les élections législatives de mars 2001. Ils jouent sur la nostalgie de la période soviétique et sur un programme de rapprochement avec Moscou. Forts de 51% des voix et de 71 députés sur 101, ils ne peuvent toutefois pas mettre en application tout leur programme, notamment en matière scolaire. Quant au rapprochement avec la Russie, il est progressivement battu en brèche par une orientation de plus en plus pro-occidentale. Le président moldave envoie ainsi des troupes en Irak (2003), tout comme son voisin ukrainien Léonid Koutchma. Ils parviennent à l’emporter de nouveau en mars 2005, sur un programme radicalement différent de rapprochement avec l’Union européenne (UE). Ironiquement, le président communiste, élu par le Parlement, dispose même des voix des chrétiens-démocrates ! Ainsi, on a parfois employé le terme « d’évolution Orange » pour faire écho aux changements en Ukraine. Toutefois, beaucoup reste à faire en matière de démocratisation.

Moldaves ou Roumains ?

A l’indépendance, une question culturelle primordiale concerne la population majoritaire : est-elle moldave ou roumaine ? A la fin des années 1980, un mouvement de renouveau national, le Front populaire, porte les revendications des roumanophones. Ceux-ci sont grandement divisés sur leur identité : ils partagent une langue et une culture avec les Roumains, mais leurs histoires ont longtemps été séparées. En effet, quand l’éveil national de la Roumanie se fait au XIXe siècle, la Bessarabie se trouve en Russie. Et, de fait, les Bessarabiens n’ont participé pleinement à l’histoire roumaine contemporaine que pendant une vingtaine d’années. Par conséquent, la réunification avec Bucarest a suscité un intérêt très vif avant de s’affaiblir dans la première moitié des années 1990. Les partisans d’un rapprochement avec Bucarest entendent faire reconnaître la formule « un peuple, deux Etats », laissant une porte ouverte à une éventuelle réunification. Les autres optent pour la formule « deux peuples, deux Etats », marquant ainsi leur distance avec la Roumanie. Aucune des deux formules n’a véritablement emporté l’adhésion des roumanophones. D’ailleurs, cette question est progressivement passée à l’arrière-plan. Cependant, les grandes manifestations contre les réformes culturelles de 2002 montrent que cela reste un sujet sensible.

La question des minorités

La seconde question culturelle concerne les minorités, qui s’interrogent sur leur devenir. Elles constituent près d’un tiers de la population en 1991, et ne voient pas d’un bon œil une éventuelle réunification. Les minorités ukrainiennes et russes sont par ailleurs peu désireuses d’apprendre la langue officielle, le « Moldave » (qui s’assimile à du Roumain). En outre, la Moldavie héberge dans le sud une minorité gagaouze. Ces turcophones christianisés sont au départ hostiles à l’indépendance, qu’ils perçoivent comme le premier pas vers la réunification avec la Roumanie. Les Gagaouzes sont plutôt de sensibilité pro-russe, tant sur le plan linguistique que politique. La modération des différentes communautés permet un compromis en 1994, les Gagaouzes obtenant une autonomie locale avec les Bulgares. Le conflit en Transnistrie, plus encore que le précédent, ne se fonde pas sur des considérations ethniques, mais plutôt sur des causes politiques propres. En effet, des deux côtés du Dniestr (ou Nistru en roumain), les Moldaves forment une majorité relative de la population, devant les Ukrainiens et les Russes.

Une région pauvre

La Moldavie devance aujourd’hui l’Albanie dans le classement des pays les plus pauvres d’Europe (estimation 2004 : 760$ par tête et par an). Son PIB par tête ne dépasse pas 5% de la moyenne communautaire en 2006. La crise liée à la transition vers le marché se manifeste avec une extrême dureté, le revenu par habitant diminuant d’environ 60% de l’indépendance au plus fort de la crise. En plus des difficultés liées à la fin du système d’économie planifiée, son déclin économique vient en partie de son héritage historique et géographique. En effet, historiquement, la principauté de Moldavie tire sa richesse de son accès à la mer Noire. Elle se trouve en effet tout au sud de la « via wallachiensis », la route commerciale médiévale unissant l’isthme Baltique – mer Noire. Cependant, après le découpage de Joseph Staline au profit de l’Ukraine, la Moldavie perd ses débouchés maritimes. L’agriculture bénéficie de conditions favorables, avec notamment des « terres noires » extrêmement fertiles et du climat tempéré. Outre la vigne, le tabac ainsi que la production fruitière faisaient la renommée de la république sous l’URSS. Cependant, la situation géopolitique d’espace frontière limite le développement de ses infrastructures. A la fin de l’URSS, la Moldavie fait toujours partie des Républiques les plus rurales et agricoles. Elle est en outre relativement moins développée économiquement que la moyenne.

La dépendance économique

De fait, la Moldavie reste grandement dépendante de l’espace économique post-soviétique. La désintégration de l’URSS lui a fait perdre de nombreux marchés et clients, sans qu’elle n’en gagne véritablement de nouveaux en contrepartie. A ce titre, elle connaît un destin similaire à la Géorgie, autre république agricole sous l’Union soviétique ayant connu une indépendance difficile. Ces deux pays ont vu leurs productions s’effondrer, en raison de la désorganisation économique et faute de débouchés. Les industries lourdes étant essentiellement concentrées en Transnistrie, la sécession de cette dernière a encore réduit la diversité économique. Il ne reste plus alors que quelques industries légères, principalement liées au secteur agro-industriel. Dans certains domaines comme le textile, les investisseurs étrangers se sont installés, mais pas en nombre suffisant pour combler le sous-emploi chronique. Ce n’est qu’à partir de 2000 qu’une croissance timide est revenue, avec un rythme de plus en plus accéléré depuis 2001, de l’ordre de 6-8% par an. Cette croissance dépend cependant de quelques secteurs qui tirent l’activité, et ne règle pas le problème du manque de diversification économique.

La sécurité énergétique en question

Cette dépendance s’exprime aussi particulièrement dans le secteur énergétique, au point de devenir une menace pour la sécurité énergétique du pays. En effet, la Moldavie est complètement dépendante des exportations russes, tant en pétrole qu’en gaz. Chisinau est donc particulièrement sensible aux menaces de Moscou, dont la politique énergétique tient parfois du chantage déguisé. La difficulté vient de l’absence de source alternative d’approvisionnement. Ainsi, la principale centrale électrique du pays, Cuciurgan, se situe en Transnistrie. La solution peut venir à moyen ou à long terme du terminal pétrolier de Giurgiulesti, porte de la Moldavie sur la mer Noire via le Danube. On pourrait également envisager une collaboration plus poussée avec la Roumanie pour l’électricité ou un gazoduc évitant le passage en Russie. En 2006, elle s’avère dans une situation extrêmement fragile, du fait de l’augmentation des prix du gaz voulue par Gazprom.

 

Une émigration massive de la population

En 2000, ce sont près de 7 habitants sur 10 qui se situent sous le seuil de pauvreté. Plusieurs années de croissance forte ont permis de ramener ce chiffre à 35% environ, ce qui ne diminue pas le nombre de candidats à l’émigration. Le sous-emploi endémique pousse de nombreux Moldaves à quitter le pays, pour un temps ou définitivement. On estime que de 600 000 à un million de Moldaves ont déjà quitté le pays, ce qui représente un tiers de la population active. Beaucoup sont illégaux dans les pays d’accueil, en particulier au sein de l’Union européenne (Italie, Portugal, France). Outre l’UE, la Russie constitue un lieu de migration privilégié, notamment pour le travail saisonnier. Le revenu de l’émigration s’avère à la fois une chance pour l’économie et un symptôme des dérèglements actuels. Ce revenu est en effet largement supérieur au budget de l’Etat. La Moldavie est aussi le deuxième pays au monde pour la part des transferts rapportés au PIB, ceux-ci s’élevant à plus du quart de la richesse nationale. Elle se situe ainsi devant l’Albanie et la Bosnie dans ce classement. Ils font courir le risque du « syndrome hollandais ». Celui-ci stipule qu’un afflux considérable de ressources extérieures (pétrole, transferts de fonds ou aide étrangère) mène à une hausse du taux de change, qui s’avère préjudiciable pour les exportations. Par conséquent, si l’afflux de devises permet d’augmenter la consommation, le défi consiste ensuite à orienter ces fonds vers l’économie productive.

La Transnistrie : une entité séparatiste soutenue par la Russie

La Transnistrie est un petit territoire séparatiste de 4 000 km² environ, ce qui représente 11% de la superficie totale de la Moldavie pour 17% de la population en 1989 et plus du tiers du PIB. Ses institutions se trouvent à Tiraspol, qui fait office de capitale. La République moldave de Transnistrie est une région plus russifiée que le reste de la Moldavie, par sa population et son histoire. D’une part, elle n’a jamais à proprement parler fait partie de la Roumanie. D’autre part, la conquête russe y a été plus précoce (dès 1792 par le grand général Alexandre Souvorov). C’est là que se recrute la majorité des membres du parti Communiste, au détriment des Bessarabiens, en raison d’une fidélité supposée plus grande au régime. Cette région de Moldavie est très hostile à la réunification avec la Roumanie, probable à la fin de l’URSS. Jouant sur cette peur, Igor Smirnov prend la tête du territoire autoproclamé en 1990. En août 1991, il soutient les putschistes conservateurs de Moscou qui souhaitent rétablir l’ordre en URSS. Cela ne l’empêche toutefois pas de jouir de soutiens parmi les élites militaires et des affaires étrangères russes. Ainsi, le général Lebed, à la tête de la XIVe Armée, joue un rôle non négligeable dans le conflit en décidant de soutenir militairement les dirigeants de la Transnistrie. Le conflit est en fait davantage une série d’escarmouches qu’une guerre frontale opposant deux armées. Un cessez-le-feu, qui n’a pas été remis en cause depuis, est signé en juillet 1992, mais la résolution du conflit reste inachevée.

La survie du régime de Tiraspol

La question centrale devient alors celle de la survie du régime transnistrien. En effet, celui-ci s’est donné de véritables assises pour survivre et perdurer. On peut distinguer trois piliers : l’économique, le politique et le sécuritaire. Le conflit est entretenu par un certain nombre de groupes d’intérêts présents en Transnistrie, en Moldavie, en Ukraine et en Russie. La Transnistrie a survécu économiquement grâce à une industrie encore en place métallurgique notamment, mais peu réformée, et de nombreux petits trafics illicites. Politiquement, on peut avancer que les élites bénéficient du statu quo : le régime autoritaire d’Igor Smirnov ne tolère pas de réelle opposition. En effet, il n’y a eu aucune élection respectant les standards internationaux de liberté et de justice depuis le début de la sécession. Enfin, la Russie a oeuvré au maintien de l’entité séparatiste sur le plan sécuritaire. Elle l’a fait notamment par une présence militaire prolongée, mais aussi par les dépôts d’armement sur place. Pendant toutes ses années d’existence, la « République du Dniestr » a cherché à construire sa propre identité sur le modèle pan-slave. Son alliance avec le Kremlin l’a incitée à soutenir la candidature de Yanoukovitch lors des élections présidentielles ukrainiennes en 2004. La Moldavie, de son côté, avait soutenu dès le départ Viktor Iouchtchenko.

La force du statu quo

Le statu quo est aussi encouragé par le mécanisme de négociations de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), qui laisse un droit de veto à tous les acteurs (Moldavie, Transnistrie, Russie, Ukraine et OSCE). L’objectif principal réside alors dans la construction d’un « Etat commun », acceptable par les deux parties. Cela revient à intégrer la Transnistrie au sein de la Moldavie sans la changer, alors que sa représentativité peut être mise en question. De plus, ses structures rendent la réintégration hasardeuse, puisque les systèmes monétaires, légaux, économiques et autres divergent. Le phénomène le plus inquiétant réside dans l’absence de volonté de résolution du conflit de plusieurs parties. Pourtant, ce « conflit gelé » a des conséquences annexes non-négligeables. En effet, outre une présence militaire indésirée, la région est devenue un lieu florissant pour le crime organisé. Pour autant, le conflit en Transnistrie est certainement celui parmi les « conflits gelés » qui a le plus de chance de trouver rapidement une issue. Pour mémoire, les autres « conflits gelés » sont le Haut-Karabagh, disputé entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, ainsi que l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, territoires sécessionnistes situés en Géorgie. Si la réintégration par le haut (recherche d’un « Etat commun » sous protection internationale) échoue, les possibilités d’une « réintégration par le bas » (attraction de la Moldavie pour les résidents de Transnistrie) doivent être encouragées. Ainsi, le conflit chypriote est riche d’enseignements à ce niveau. La partie turque de l’île, séparatiste, masque de plus en plus mal ses velléités de rapprochement avec la partie Sud, plus prospère. Le conflit n’est pas encore résolu, mais la Moldavie pourrait suivre le même chemin de développement pour changer le statu quo.

Le développement de la criminalité organisée

La hausse de la criminalité depuis l’indépendance est due à des héritages soviétiques combinés aux nouvelles possibilités offertes par le contexte post-communiste. Ainsi, il existe sous l’URSS une « économie grise » que le pouvoir tolère, notamment sous la forme d’échanges entre usines hors de la planification. Le passage au marché et à la démocratie s’est accompagné de phénomènes favorisant la criminalité. Tout d’abord, les changements juridiques ont laissé les acteurs agir dans des conditions souvent proches de l’illégalité. Ils ont pu connaître une situation d’anomie. Ce concept forgé par le sociologue français Emile Durkheim désigne l’état d’une société caractérisée par une désintégration des normes qui règlent la conduite des individus et assurent l’ordre social. L’activité informelle se répand, ce qui affaiblit la réticence vis-à-vis de la criminalité. Par ailleurs, le système de régulation économique a changé de manière toute aussi considérable à cette période. Ces phénomènes, renforcés par l’effondrement économique généralisé et la nature incomplète des changements, ont engendré une hausse des activités informelles et de la criminalité.

La criminalité comme problème de sécurité

La criminalité organisée s’avère bel et bien un problème de sécurité crucial, puisqu’elle a une incidence directe sur la population. De plus, c’est un aspect extrêmement visible, plus spécialement quand les criminels règlent leur compte au sein de l’espace public. Ils développent des relations privilégiées avec des hommes politiques et des hommes d’affaires. Leurs activités sont donc néfastes, puisqu’ils encouragent l’évasion fiscale et la contrebande tout en éloignant les investisseurs étrangers. Les liens entre mafias, élites politiques et milieux d’affaires prennent aussi la forme de la corruption. L’indice de la corruption dans le monde en 2005 établi par Transparency International donne à la Moldavie la note de 2,9 (sur 10), équivalent au Gabon, au Mali ou à la Tanzanie. Elle a un coût énorme sur le fonctionnement de l’Etat, puisque celui-ci n’agit plus pour l’intérêt général, mais au profit de quelques groupes. Elle affaiblit en outre l’Etat de droit et mine la confiance des citoyens en la démocratie, bloquant les réformes.

La sécurisation des frontières

La Moldavie est à la fois un lieu de passage et d’émission de trafics. Cette question est donc fondamentale pour la sécurité régionale, puisque les frontières moldaves sont poreuses. A l’Ouest, la sécurisation de la frontière du côté roumain est à l’œuvre, même si ce travail peut être dommageable pour les relations moldo-roumaines. En effet, le petit commerce transfrontalier permet à de nombreux citoyens de vivre dans ces régions déprimées économiquement. La fermeture de ces frontières rappelle en outre de douloureux souvenirs pour des familles qui ont été interdites de visite pendant la période soviétique. A l’Est, la frontière entre l’Ukraine et la Transnistrie a longtemps été extrêmement poreuse. En effet, le port d’Odessa constitue un débouché privilégié sur la mer Noire pour la République du Dniestr. Elle fait désormais l’objet d’une surveillance accrue au niveau européen. Cette mission d’assistance de l’UE lancée en décembre 2005 peut être un pas décisif vers la résolution du conflit.

L’instabilité et les dysfonctionnements de l’Etat

La crise de l’Etat se manifeste notamment par le blocage des réformes et la perte de l’espoir. L’attention portée à la Transnistrie ne doit pas empêcher les réformes de se dérouler du côté des autorités moldaves. Bien au contraire, nous avons vu que la réalisation de réformes à Chisinau rendrait plus attractive la réintégration pour les Transnistriens. Mais encore faut-il être capable de mobiliser la population autour d’un projet pour consolider l’Etat. Le projet d’adhésion à l’UE est mobilisateur, mais à l’incertitude d’une intégration s’ajoute le fait que ce n’est pas un projet politique interne, résultant d’un contrat social entre l’Etat et sa population. Or, ce sont des changements internes (démocratisation, développement économique) qui doivent être recherchés. La réforme des « structures de force » du pays, et le contrôle des militaires par les civils doivent aussi constituer une tâche prioritaire. Par conséquent, on peut avancer que la crise de l’Etat est absolument centrale pour la sécurité nationale. Petit pays connaissant le séparatisme, aux institutions mal assurées, la Moldavie semble avoir un avenir encore incertain. Et cette instabilité interne pourrait bien dégénérer plus largement en crise régionale.

L’UE et son voisinage. Vers une coopération euro-russe ?

L’élargissement européen de 2004 est un changement significatif pour la région. On a pu le voir en novembre-décembre de la même année quand la Pologne a soutenu avec zèle la « Révolution Orange » en Ukraine. On le voit aussi à travers l’accent mis sur la nouvelle « politique de voisinage » de l’UE, qui est devenue effective en mai 2004. C’est donc avant l’élargissement de l’UE à la Roumanie que Bruxelles a commencé à développer des programmes spécifiques. La Moldavie constitue même pour la politique étrangère européenne un « Etat laboratoire », permet de tester l’éventail de ses possibilités. Elle ouvre en outre l’occasion d’une coopération euro-russe sur la question de la Transnistrie, qui ne peut être réglée qu’avec Moscou et l’évolution de l’Etat moldave. Cela nécessite une approche plus responsable de la part des dirigeants du Kremlin, qui en restent à la politique du « pré carré ».

Une présence européenne renforcée

Le cas de la Moldavie amène à davantage de présence européenne. Les nouveaux membres de l’UE y poussent, et ils supportent l’intégrité territoriale de Chisinau ainsi que l’éventualité de son adhésion dans la foulée de celle de l’Ukraine. Le contrôle des frontières incite aussi à davantage de coopération avec la Moldavie, dans le but d’assurer la sécurité tout en évitant la constitution d’un « mur de Schengen ». Par ailleurs, le développement des capacités de l’UE en matière de sécurité et de défense permet d’envisager des missions pour la stabilité de son voisinage s’il en était besoin. Enfin, l’UE paraît de plus en plus engagée dans les mécanismes de résolution des conflits. La politique de voisinage et le plan d’action UE-Moldavie vont dans ce sens, de même que l’arrivée d’un représentant spécial de l’UE et d’une bureau pour la délégation de la Commission à Chisinau.

 

Conclusion

Les multiples vulnérabilités de l’Etat moldave – économiques, sociales et politiques – font que la situation actuelle du pays reste fragile. Pour l’heure, le risque d’un conflit militaire interne entre Chisinau et Tiraspol peut être écarté, tant le statu quo est favorable à un ensemble de groupes d’intérêt en Russie, en Ukraine et en Moldavie. L’implication croissante de l’UE fait déjà évoluer ces logiques statiques, permettant d’espérer une résolution du conflit à terme.

Les défis de sécurité que nous avons examinés restent extrêmement prégnants. La stabilité dans la région dépend ainsi de la capacité des Moldaves et de la communauté internationale à ériger un Etat viable.

Florent Parmentier, doctorant

NDLR: Nous vous invitons à consulter le dossier documentaire réalisé par C. Leguy: « La Moldavie, un état en transition« .

Copyright 20 mars 2006-Parmentier / www.diploweb.com

L’adresse URL de cette page est http://www.diploweb.com/forum/moldavie06041.htm

   
         
     

Transnistrie geopolitique mafias desinformation

Posted in géopolitique, LES ENJEUX INTERNATIONAUX, scandales, sociologie with tags , , , on mars 14, 2008 by rodolphepilaert63

Transnistrie, le fantôme de l’Europe (1/3)

Transnistrie, le fantôme de l'Europe (1/3)

Première partie : Aux origines d’un Etat aux marges du réel

21 octobre 2005, Par Mathieu COLLET , Marina SCHNEIDER
La Moldavie sera, en 2007, avec la Biélorussie et l’Ukraine, une périphérie de l’Union Européenne, suite à la vague d’élargissement comprenant la Roumanie et la Bulgarie. Ce voisin en devenir demeure aujourd’hui encore mystérieux. Pays latin, situé entre l’Ukraine et la Roumanie, la Moldavie constitue pourtant un résumé vivant de l’Europe Centrale et Orientale, par son histoire, sa diversité ethnique, mais aussi par les évolutions accélérées qu’elle a vécues ces dernières années. Cela rend l’étude de ce pays à la fois passionnante et éclairante.

Le nom de République Moldave provient du nom d’un territoire situé entre les Carpates et le Dniestr entre les XIVème et XIXème siècle. Dès le XVème, la principauté de Moldavie est annexée par l’Empire Ottoman. En 1812, les grandes puissances voisines, l’Empire russe et la Roumanie, se partagent le territoire de la Moldavie. Après l’indépendance de la Roumanie en 1859, la Bessarabie, devenue indépendante de la Russie en 1917, décide de rejoindre la Roumanie en 1918. Ce territoire est annexé par l’Union Soviétique en 1940 et uni au territoire de l’actuelle Transnistrie (que les Russes avaient appelée République Socialiste Soviétique de Moldavie en 1924 pour gêner et entraver les vues soviétiques sur la Bessarabie).

À travers les différences de développement de part et d’autre du Dniestr, on peut déjà observer des variations dans les domaines ethniques, sociologiques et économiques. Les territoires à l’ouest du Dniestr suivent l’industrialisation stalinienne, tandis que les territoires de la Bessarabie restent dominés par l’activité agricole. Pendant l’industrialisation et la soviétisation de la Moldavie, les dirigeants de Moscou y installent un grand nombre de spécialistes russes et ukrainiens, concentrés dans les grandes villes et en Transnistrie, là où l’industrie a besoin de leurs qualifications. L’armée rouge fût en grande partie stationnée sur le sol transnistrien.

JPG - 85.7 ko

La Perestroïka, à la fin des années 80, a contribué à un renforcement du sentiment d’appartenance de la population moldave, avec comme point central la mise en avant de la culture et de la langue moldaves, ainsi que la possibilité du progrès social. Les premiers succès de mouvement pro-moldave, qui formera par la suite le « front populaire moldave », furent une nouvelle législation relative à la langue et un changement de pouvoir au sommet du parti communiste moldave. Après son succès aux élections soviétiques de mars 1990, le front populaire renforce son ancrage en Moldavie et, alors que le lien avec l’économie de marché a été établi, avec les réformes intervient une « moldavisation » des institutions. Le programme du front populaire propose également l’idée de l’unification avec la Roumanie. Mais Les villes transnistriennes qui comprennent un grand nombre de bourgeois russes et ukrainiens sont réactionnaires à ces politiques réformatrices. En juin 1990, le Parlement moldave adopta l’utilisation du moldave comme seule langue officielle de la Moldavie, et les russo-ukrainiens exprimèrent leur mécontentement (la Transnistrie compte entre 35 et 40% de Moldaves-Roumains, environ 28% d’Ukrainiens et 24% de Russes). La résistance contre les lois linguistiques s’est organisée à partir de ces villes.

JPG - 35.6 ko

Après que la Moldavie eu déclaré son indépendance, la République Soviétique Socialiste Moldave de Transnistrie fût fondée le 2 septembre 1990, avec comme capitale Tiraspol. Le 27 août 1991, après le putsch de Moscou, la Moldavie et la Transnistrie ont proclamé leur indépendance, chacune de leur côté. Les séparatistes du Dniestr se consacrent énergiquement au renforcement de leur pouvoir dans les territoires qu’ils souhaitent investir. Ils forment leurs propres milices, menaçant les habitants exprimant leur opposition. À l’occasion d’un référendum tenu en décembre 1991, la population de Transnistrie se prononça pour l’indépendance pure et simple de son territoire. Pendant que les Moldaves déboulonnaient les icônes soviétiques, les Transnistriens continuaient d’astiquer leurs statues de Lénine et d’afficher les slogans à la gloire du monde ouvrier.

JPG - 16 ko

Le 1er décembre 1991, le chef d’entreprise russe Igor Smirnov est élu président de la République de Transnistrie. Dans les villes de Bender et Dubossary, qui sont encore sous contrôle moldave, on en arrive à une confrontation militaire. Les combats atteignent leur apogée en juin 1992 lorsque la ville de Bender, située sur la rive droite du Dniestr, est prise par des combattants transnistriens soutenus par des Cosaques. Des centaines de combattants et de civils perdent la vie. Ce ne fût que grâce à l’engagement massif de la 14ème armée commandée par le général russe de Sibérie Alexander Lebed que les combats ont pu être menés à leur terme et l’armée de la République Moldave mise en échec. Un armistice est signé le 21 juillet, ainsi que l’établissement d’une zone de sécurité le long du Dniestr. La ville de Bender est placée sous un statut spécial : en avril 1993, une mission de l’OSCE commence à travailler à une résolution durable du conflit dans la République Moldave.

JPG - 23.5 ko

Mais à l’heure actuelle, la Russie et l’Ukraine n’ont fait que peu de progrès dans le processus de résolution du conflit. Les propositions pour une réglementation de l’autonomie de la Transnistrie ont été rejetées par les dirigeants de la République Moldave Transnistrienne, qui préfèreraient un Etat transnistrien souverain en relation fédérative avec la République Moldave. En 2004, la Moldavie et la Transnistrie se disaient prêtes à envisager un éventuel pays fédéral avec deux entités sous le nom d’ « État fédéral de Moldavie et du Dniestr ».

JPG - 15.7 ko

Lorsqu’on observe le déroulement du processus des relations entre Transnistrie et Moldavie, on constate que la Russie ne semble pas avoir pour objectif de résoudre le conflit dans les plus brefs délais. Le maintien d’un potentiel militaire dans cette région permet de conserver une influence significative dans la région, et la position de la Transnistrie, considérée comme une enclave slave sur le Dniestr, est vu comme un élément important de politique intérieure pour les politiciens russes. Le conflit permet en outre à la Russie de se poser en partenaire de dialogue incontournable dans cette région. Le risque de voir le conflit s’étendre, entraînant l’intervention des militaires russes, est un argument qui justifie le stationnement de troupes russes dans la région.

JPG - 28.5 ko

La volonté des dirigeants transnistriens d’avoir un état souverain reconnu internationalement n’est pas partagée par les russes. Disposer d’une certaine autonomie au sein de la République Moldave, comme proposé par l’OSCE et par les dirigeants Moldaves, est un projet toujours rejeté du côté transnistrien. Ainsi, l’influence de la Russie sur les protagonistes du conflit et sur le processus d’unification est un élément clef du problème. Tant pour la Transnistrie que pour la Moldavie, la dépendance envers la Russie est d’abord de nature énergétique, de même que la situation financière de la Transnistrie, aujourd’hui catastrophique, dépend énormément de l’aide russe. Enfin, l’influence des communistes russes se fait de plus en plus forte au sein même du Parlement Moldave.

Transnistrie, le fantôme de l’Europe (2/3)

Transnistrie, le fantôme de l'Europe (2/3)

Deuxième partie : les intérêts russes en Transnistrie ou comment garder la mainmise sur un bout d’Europe

3 novembre 2005, Par Mathieu COLLET , Marina SCHNEIDER
Le stationnement de soldats russes en Transnistrie a une grande importance. La zone de sécurité établie en 1992, large par endroits de seulement 14 Km, sur l’ancienne ligne de front, est contrôlée par des militaires transnistriens et moldaves, mais aussi par des troupes de maintien de la paix, qui organisent une rotation tous les 6 mois. Au delà, la 14ème armée russe est stationnée en Transnistrie. Elle se compose de 2500 hommes et de dépôts de munitions. Le soutien de cette armée à la République Moldave a été établi par le gouvernement russe, mais n’a pas été adopté par la Douma.

>> revenir à la première partie

Le dernier accord concernant l’armée provient de la conférence de l’OSCE d’Istanbul, en 1999, où il fût décidé du retrait des troupes pour 2002. Les observateurs internationaux attendaient des mesures plus importantes. Les pressions se renforcent sur Moscou en faveur du retrait des troupes russes, appelées aussi « groupe opératif ». Les dirigeants russes invoquent l’argument de la réduction des coûts pour justifier le transfert des tâches du maintien de la paix aux armées des deux républiques, et par là même légitimer les raisons de leur présence. Car la Russie voit plusieurs avantages dans le stationnement des troupes dans cette région, notamment le fait de pouvoir accumuler une certaine force militaire dans une position stratégique en Europe. Grâce à cela, Moscou peut afficher sa domination dans les pays voisins. La Russie dispose ainsi d’un droit de veto sur les décisions politiques importantes. L’accord du gouvernement russe est en effet toujours nécessaire. De même, la Russie se pose comme stabilisateur des agitations en Europe de l’Est, comme ce fût le cas en juin 1992 lors de l’intervention de l’armée russe dans le conflit de la région du Dniestr. Pour Moscou, il importe de faire en sorte que la Russie soit la seule capable d’œuvrer pour la paix et la stabilité dans cette région.

JPG - 57 ko

La présence des soldats russes en Transnistrie a également une importante signification dans un autre domaine : dans le cas où les troupes devraient quitter la région, il faudrait trouver un lieu où stationner les soldats en Russie, eux, ainsi que leur familles. Ce qui pose une difficulté logistique : il faudrait reloger un grand nombre de personnels, civils et militaires. Des logements doivent être disponibles, ainsi que des écoles, et des emplois pour les épouses des militaires. La Russie devrait supporter le coût de ces changements, ce qui ne serait pas une tâche facile au vu de la situation précaire dans laquelle se trouve certaines parties de la Russie. Le conflit permet donc aux dirigeants russes de se présenter comme un important intermédiaire entre les parties en présence. À travers son implication dans le processus de résolution du conflit et sa collaboration avec une institution internationalement reconnue telle que l’OSCE, le rôle de la Russie en tant que partenaire incontournable se trouve renforcé. La Russie a donc la possibilité de s’assurer une position clé en tant que grande puissance dans la diplomatie est-européenne.

JPG - 26.5 ko

Il est clair que l’objectif principal de la politique étrangère russe est l’établissement durable d’un espace sous domination russe au sein de l’ancien territoire de l’Union Soviétique. La CEI réunit la plupart des états qui formaient l’Union Soviétique. La collaboration au sein de la CEI se partage en deux domaines : l’économique et le militaire. La République de Moldavie n’a ratifié que l’aspect économique de l’accord, et se refuse à la coopération militaire. La République Moldave est bien plus impliquée dans le programme de l’OTAN « Partenariat pour la paix », ce qui constitue une menace pour l’influence de la Russie dans son espace d’influence considéré comme « légitime » par Moscou, hérité des zones d’influence de l’anciennce Russie tsariste et de l’URSS. Pour renforcer sa domination dans cet espace, la Russie a besoin de l’implication de tous les membres de ce réseau, et le désistement de quelques Etats pourrait déclencher une réaction en chaîne. Dans le cas de la République Moldave, le danger serait qu’elle se retire tout simplement de la CEI. Pour l’instant cependant, la possibilité pour un pays aussi peu développé que la République de Moldavie de rejoindre l’alliance occidentale est une perspective actuellement non envisageable. Le retrait de la Moldavie de l’espace de domination russe serait une grande perte pour la Russie, qui sonnerait un coup supplémentaire après les remous en Ukraine et en Géorgie par exemple.

JPG - 40.9 ko

Par ailleurs, l’exigence des dirigeants transnistriens d’obtenir la reconnaissance de la République Transnistrienne en tant qu’état indépendant n’a que peu de chances de se concrétiser. La communauté internationale, l’OSCE ainsi que le gouvernement de la République de Moldavie ne considèrent pas ce choix comme une possible option de résolution du conflit. Même le président russe, au contraire de la Douma, apporte son soutien à une République Moldave intégrée. Le gouvernement russe doit seul empêcher la sécession définitive et légitimée par les urnes, pour ne pas fournir de précédent, une onde qui pourrait encourager des mouvements similaires sur son propre territoire. Les frontières séparant les Etats issus de la dissolution de l’Union Soviétique ont été fixées par contrat à la chute de l’URSS. Une modification pour un cas particulier risquerait de remettre tous les autres en question. Le maintien de frontières légitimées par la volonté des populations est une priorité pour les USA ainsi que pour l’Europe. Si la Russie prenait le risque de reconnaître seule la République Transnistrienne, elle provoquerait une vague de protestations internationales qui l’isolerait, une option que la Russie ne peut pas se permettre de choisir…

 

Transnistrie, le fantôme de l’Europe (3/3)

Transnistrie, le fantôme de l'Europe (3/3)

Troisième partie : Le dialogue Europe-Russie : comment sortir du conflit ?

9 novembre 2005, Par Mathieu COLLET , Marina SCHNEIDER
La perspective la plus réaliste de résolution du conflit serait l’obtention de l’autonomie pour la Transnistrie. L’achèvement d’une telle solution est le but de la mission de l’OSCE. La Russie, en tant que deuxième intervenant, rappelle régulièrement son intention d’atteindre cet objectif même si elle craint les conséquences de cette solution sur son système politique et sa diplomatie.

>> revenir à la deuxième partie

Dans une République Moldave unifiée et pacifiée, il n’y aurait plus de sens à maintenir les troupes russes ; le risque de conflit armé dans la région disparassant alors. En outre, la possibilité que le gouvernement Moldave autorise des troupes russes à stationner sur son territoire semble peu vraisemblable. L’armée russe devrait alors quitter son dernier point stratégique de l’Europe du Sud- Est.

En plus de l’impact sur le système géostratégique, il y aurait également un important effet psychologique sur la Russie, de même que pour l’étranger. Une autre scène sur laquelle la Russie aurait pu jouer un rôle important disparaît. L’influence de Moscou sur la République Moldave diminue drastiquement avec le retrait des militaires, et la tendance déjà visible de rapprochement entre la République Moldave et l’Europe se trouverait encore renforcée, ce qui aboutirait à un affaiblissement de la dominance russe dans la région. À cela s’ajoute encore le coût financier et social du retour des troupes dans leur patrie.

JPG - 43.2 ko

Il est clair que la Russie ne souhaite pas subir tel affaiblissement. Une autre solution serait alors d’œuvrer pour la persistance du conflit transnistrien. La Russie pourrait alors justifier le maintien de ses troupes en Transnistrie par d’autres arguments :

- un retrait militaire ne pourrait s’effectuer qu’à la condition que Tiraspol et Chisinau parviennent à un accord sur le statut politique de la Transnistrie ;
- le facteur psychologique du refus du retrait des troupes par certains officiers locaux et par la population transnistrienne n’est pas à négliger ;
- l’accord concernant un retrait des troupes russes de la région doit être ratifié par la Douma ;
- la présence des troupes russes est un des principaux facteurs de la stabilité régionale.

Cette argumentation laisse percevoir combien la Russie rend le retrait de ses troupes dépendant de la résolution du conflit. Tant que le conflit persiste, le contrôle sur la Moldavie est préservé. En plus, la Russie ne va pas écarter les soldats de la zone du conflit en Transnistrie, tant qu’il y a des stocks russes d’armement et de munitions.

JPG - 48.7 ko

La Russie se positionne comme co-médiateur et garant du règlement politique du problème transnistrien sur la base de la définition du statut spécial de la région, tout en respectant la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Moldavie. L’Europe est sensible à ce que, malgré l’existence de la zone de conflit, reconnue comme telle par les parties mêmes et par l’OSCE, les droits démocratiques de la population soient respectés au maximum. Dans cette optique, un accord de coopération et de partenariat, entré en vigueur le 1er juillet 1998, constitue la base des relations entre UE et Moldavie. Cet accord fournit un cadre aux relations politiques basées sur les valeurs démocratiques, dont le dialogue politique. La Moldavie est invitée à intensifier les relations politiques, économiques et culturelles avec l’Europe, de même au niveau de la sécurité, et à renforcer la coopération trans-frontalière en général, de même que le partage des responsabilités dans la prévention et la résolution des conflits. Un des objectifs principaux de ce plan sera de continuer à encourager une résolution viable du conflit transnistrien.

JPG - 47 ko

La coopération de la Moldavie avec l’UE se doit d’être constructive, et doit viser en priorité la résolution du conflit, en renforçant le dialogue politique avec l’UE et les autres pays voisins afin, entre autres, d’assurer un meilleur contrôle de ses frontières. L’Europe doit quant à elle poursuivre son engagement dans le soutien de l’OSCE et des médiateurs et s’assurer que la Russie respectera les engagements pris à l’occasion des accords d’Istanbul. L’UE et la Moldavie doivent également soutenir la promotion des valeurs démocratiques et du respect des droits de l’homme.

JPG - 45.5 ko

La Russie apporte d’autres aspects au conflit, notamment que cela n’a plus de sens de considérer le conflit comme un conflit ethnique. Le pouvoir et le prestige du gouvernement de la République Transnistrienne d’une part et d’autre part l’influence de la Russie en sont les principales raisons. Il est important pour tous deux que le conflit reste dans sa situation actuelle, la Transnistrie ne voulant pas renoncer à son statut, et la Russie ne voulant pas perdre son influence sur la région. Le maintien à long terme de troupes russes dans cette région figure au premier plan des intérêts russes, apportant à Moscou un important pouvoir sur ce territoire. La présence de l’armée sécurise la conservation d’une sphère d’influence russe en dehors des frontières de la confédération de Russie. On peut alors se demander dans quelle mesure il est encore utile pour la Russie de s’impliquer dans le conflit. En considérant que la Russie voit dans le conflit transnistrien un moyen de servir ses propres objectifs et utilise la situation à son avantage, il paraît peu probable que le conflit puisse se résoudre avec son aide. Mais si la Russie n’agit guère en vue de solutionner le conflit, la Moldavie a soumis au mois de juillet 2005 un projet de loi aux observateurs de l’OSCE et de la Russie accordant à la Transnistrie une autonomie territoriale, en lui accordant le statut de République.

FIN


Crédits cartographiques et photographiques :

– Le Monde diplomatique : http://www.monde-diplomatique.fr/cartes (avec l’aimable autorisation de Philippe Rekacewicz)

- Trésor de la langue française au Québec, université de laval : http://www.tlfq.ulaval.ca

- News BBC : http://news.bbc.co.uk/

- Travel image : www.travel-image.com

- Trésor de la langue française au Québec, université de laval : http://www.tlfq.ulaval.ca

- OSCE : www.osce.org

- Radio free Europe : www.rferl.org

 

sociologie criminologie geopolitique mafias

Posted in géopolitique, INVESTIGATIONS, scandales, sociologie with tags , , , on mars 14, 2008 by rodolphepilaert63

2007 – Aveugles !

2005 – 2006
Les articles publiés dans « Défense Nationale »

Mai 1979 – mai 1996
Articles signés par Xavier Raufer dans L’Express

  • Thèmes abordés dans ces articles.
  • 165 articles, soit au total ± 325 pages de newsmagazine, l’équivalent d’un volume de ± 340 pages. Voir la liste

1987 – 1996

1996 – 2003 : Articles publiés dans des magazines, depuis mon départ de l’ « Express »

1984 – 2004, au coup par coup :

Quelques études et articles anciens

Quelques articles récents de Xavier Raufer

;Une dangereuse proximité : le crime organisé, l’économie, la sphère financière

1°) La criminalité organisée transnationale (COT) n’est ni fantasmatique, ni folklorique; c’est au contraire un péril clair, actuel et qui inquiète les grands dirigeants politiques mondiaux :

. Mai 2002, Mont-Tremblant (Québec) : les ministres de la Justice et de l’Intérieur du G 8 soulignent que « la mondialisation s’est accompagnée d’une augmentation dramatique de la criminalité transnationale, notamment les trafics d’armes, de stupéfiants et de migrants clandestins, les crimes hi-tech et le blanchiment d’argent ». Pour ces ministres « menace mondiale, la COT sape les bases démocratiques et économiques de la société » et « la coopération internationale s’impose pour la combattre ». Depuis, pas une conférence internationale qui ne mentionne avec force le grave péril que représente la COT pour la communauté internationale.

2°) A l’échelle mondiale, la COT contrôle seule les grands trafics illicites transcontinentaux et représente de ce fait une puissance financière énorme :

En 2004, les experts du FMI et de la Banque mondiale estiment qu’au niveau mondial, le montant cumulé des narco-devises aux mains de la COT sera de ± 1 450 milliards d’Euros – la valeur du stock d’or détenu par l’ensemble des banques centrales en 1997. En 2014, la valeur cumulée de ces narco-devises aux mains de la COT dépassera ce qu’était le PNB des Etats-Unis en l’année 1997.

Dans le seule domaine du trafic de stupéfiants, les experts des Nations-Unies (Bureau pour le Contrôle des Drogues et la Prévention du Crime) estiment que le chiffre d’affaires du narco-business mondial était en 2001 de 300 à 550 milliards d’Euros. Aux Etats-Unis, la Drug Enforcement Administration américaine calcule qu’en 2002, les américains ont dépensé 65 milliards de dollars en achat de stupéfiants.

3°) Les trois grands trafics illicites mondiaux contrôlés par la COT, et par elle seule, sont celui des êtres humains (a), des stupéfiants (b) et des armes dites « légères » (c). Ces grands trafics s’interpénètrent, se renforcent l’un l’autre – et s’aggravent d’année en année.


a)Le trafic international des êtres humains

Les acteurs quasi-exclusifs du trafic international des êtres humains nous sont connus : ce sont les mafias italienne, albanaise et turque, les Triades, le Milieu serbe et croate, les gangs nigérians. Ils coopèrent efficacement d’un continent à l’autre et jouent froidement sur la sensibilité des dirigeants européens, dès qu’il s’agit d’asile politique ou de « racisme »…

Tout ce que l’on sait de ce trafic montre qu’il a explosé au long de la décennie 1990-2000 – et augmente toujours.

En mars 2002, lors de la conférence « Pour une alliance mondiale contre la criminalité organisée internationale » , M. Grenville Cross, procureur général de Hong Kong estime que ce trafic « traite » 4 millions d’êtres humains par an, pour un chiffre d’affaires de 7 milliards de dollars. Plus pessimiste encore, Interpol parle d’un C.A. de 17 milliards de dollars et de 25 millions de victimes, dont un million de femmes et d’enfants livrés chaque année à l’exploitation sexuelle .

Mondialement, de 25 à 27 millions d’êtres humains vivent en situation d’esclavage; là dessus et au niveau mondial, de 700 000 à 4 millions d’individus (selon les catégories retenues et les modes de calcul choisis), à 95 % des femmes, des adolescents et des enfants, sont chaque année transformés en une « marchandise humaine », en général vouée à la prostitution (sinon au vol, à la mendicité, etc.). En direction de l’Europe, ces trafics concernent de 200 à 500 000 personnes par an (dont 120 000 en provenance des Balkans, 50 000 de l’ex-Urss).

  • La prostitution
  • Il y a en Europe occidentale de 1 à 2 millions de prostituées. Pour la majorité d’entre elles, migrantes clandestines, il s’agit d’une prostitution forcée, d’un véritable calvaire accompagné de sévices, chantages à la famille, etc. Cette prostitution forcée est génératrice de bénéfices énormes pour les criminels proxénètes qui dominent le trafic : les jeunes filles sont vendues comme du bétail à l’encan (2 000 Dollars dans les Balkans, de 3 à 10 000 Dollars en Israël, par exemple). Dans ce dernier pays, la prostitution (illégale) représente un marché de 1 milliard de Dollars par an. En Bosnie-Herzégovine (où le salaire mensuel moyen ne dépasse pas les 200 Euros), une maison de passes travaillant avec 10 filles rapporte 1,25 million de dollars en un an. Il y a 260 de ces bordels dans le pays – certains, avec bien plus de dix prostituées.

    En Allemagne, il y a ± 400 000 prostituées (dont ± 60 % sont des migrantes clandestines). Au total, ces prostituées ont 1,2 million de clients chaque jour. En Italie, 90 % des ± 25 000 prostituées sont des migrantes clandestines; 85 % en Autriche; 68% aux Pays-Bas, 50 % en Espagne.

    En France, il y a de 15 à 20 000 prostituées, dont de 6 à 7 000 à Paris. 70 % d’entre elles sont étrangères (35 % Africaines, de 50 à 70 % des Balkans, d’Europe de l’Est & de l’ex-Urss). Une prostituée rapporte à son proxénète un profit de 100 à 150 000 Euros par an; au total, le chiffres d’affaires de la prostitution serait, en France, de ± 3 milliards d’Euros par an.

    En 1997, ± 30 % des proxénètes mis en cause en France étaient étrangers; il y en a 50 % en 2000 (derniers chiffres disponibles).

  • Le trafic de migrants clandestins (main d’oeuvre servile, etc.)
  • Il y a dans l’Union Européenne ± 3 millions de ces migrants clandestins.

    Parfois des drames surviennent, qui permettent d’apprécier l’ampleur du phénomène. Ainsi, le 20 juin 2000, les douaniers de Douvres découvraient-ils dans un conteneur, lui même chargé à bord d’un poids-lourd, les corps sans vie de 58 clandestins chinois embarqués à Rotterdam avec pour destination l’Angleterre.

    C’est un énorme système criminel, lui pleinement mondialisé. D’Asie centrale vers l’Europe par exemple, des convois de clandestins traversent aisément des pays en guerre; passent des frontières dangereuses : organisateurs et escorteurs sont de vrais professionnels, qui « tiennent » les prix annoncés (d’ordinaire payés par des proches établis en Europe) . Depuis l’Asie, ces prix vont de 15 à 30 000 Dollars, somme payée cash ou devant être remboursée ultérieurement.

  • Les trafic d’enfants
  • L’exploitation criminelle de mineurs à fins commerciale est multiple : pornographie ou prostitution pédophile, mendicité, travail servile, etc. – voire adoption illicite. Récemment et sur ce dernier point, a ainsi été signalée en Albanie toute une série d’enlèvement de bébés, ensuite revendus 200 Euros « l’unité »…


    b)Le trafic international des stupéfiants

    En Avril 1994, le secrétaire général d’Interpol, Raymond Kendall, déclarait : « Le narcotrafic est entre les mains du crime organisé… Interpol gère un fichier de 250 000 grands malfaiteurs. 200 000 d’entre eux sont liés au narcotrafic ». Depuis lors, la mainmise de la COT sur le narcotrafic mondial n’a fait que se renforcer.

    L’immense marché mondial des stupéfiants en 2002 (dernières données disponibles) :

    Type de stupéfiant Année 2000 Année 2002
    Cannabis ± 144 millions ± 150 m.
    Amphétamines + ecstasy ± 29 m. ± 40 m.
    Cocaïne, crack, etc. ± 13 m. ± 13 m.
    Opiacés (héroïne, etc.) ± 13,5 m. ± 13 m.

    Aux seuls Etats-Unis, existent en 2003 :

    Cannabis : ± 20 millions d’usagers
    Cocaïne : ± 5 millions d’usagers
    Amphet’+ Ecstasy : ± 4 millions d’usagers
    Héroïne : ± 1 millions d’usagers

    Au total, une « clientèle » de 216 millions de personnes au monde.

    Tout spécialement préoccupante, l’explosion des drogues dites « de boîtes de nuit » (cocaïne, ecstasy, etc.) toujours plus largement consommées par de jeunes gens, sinon bien intégrés socialement, mais désireux de « faire la fête ».

    – Saisies de cocaïne par les Douanes françaises en 2002 : 2, 58 tonnes (+ 35,4 % sur 2001),

    – Saisies d’ecstasy par les Douanes françaises en 2002 : 19 millions de cachets (+ 47,2 % sur 2001),

    Au niveau mondial, les saisies d’ecstasy ont bondi de 5 tonnes en 1991 à 40 tonnes en l’an 2000 (dernières données disponibles).


    c)Le trafic criminel international des armes dites « légères »

    Ce trafic illégal (fusils et pistolets-mitrailleurs, armes de poing, grenades, mines, etc.) est étroitement lié à celui des êtres humains et des stupéfiants; son montant annuel est estimé à ± 1 milliard de Dollars.

    Il est très meurtrier, au point que les seules authentiques « armes de destruction massive » vraiment utilisées au monde sont en fait ces armes dites « légères ».

    – Les guerres tribales qui ensanglantent la République démocratique du Congo (ex-Zaïre) ont provoqué 3, 3 millions de morts d’août 1998 au début de l’année 2003; si la plupart des décès ont pour origine les épidémies et famines, 15 % du total est dû à des combats, assassinats, exécutions sommaires et massacres perpétrés à l’aide d’armes légères, soit ± 500 000 homicides en 4 ans.

    – Plus largement, les Nations-Unies estiment que les armes légères d’origine criminelle provoquent ± 500 000 morts chaque année dans le monde (conflits locaux, assassinats, suicides, etc.), soit ± 57 homicide chaque heure de l’année.

    4°) Une difficile prise de conscience : aveuglement libéral et « crimes sans victimes »

    Comme l’oeil humain, toute idéologie a son point aveugle. Le marxisme était incapable de percevoir, donc de comprendre, l’économie réelle; le libéralisme, lui, semble hermétique aux méfaits du crime organisé. Cet aveuglement n’est pas accidentel : lutter contre le blanchiment d’argent et intercepter des flux illégaux (trafic de stupéfiants, etc.), contredit le dogme du « laisser faire, laisser passer ». Et l’existence d’une « main invisible », criminelle celle-ci, et agissant par voie d’intimidation, chiffonne toujours un peu les doctrinaires libéraux. En guise de parade, certains d’entre eux ont alors imaginé le concept de « crimes sans victimes » : une société criminelle se contente de fournir au public des biens et services (drogue, prostituées, porno) réduits à l’illégalité par un pouvoir réactionnaire et pudibond. Si l’idiote prohibition, si l’absurde censure étaient levées demain, les mafias seraient en faillite dans la semaine.

    Naturellement, les idéologues prônant ces vues naïves ne savent rien du monde criminel réel et n’ont jamais vu un malfaiteur de leur vie, encore moins un mafieux – sauf au cinéma, ce qui aggrave encore leur ignorance.

    Car en réalité, l’activité ordinaire d’une grande mafia constitue un danger grave et persistant pour nos sociétés – et plus encore pour les pays en développement :

    – Son action corruptrice mine les valeurs sociales acceptées par le plus grand nombre,

    – Quoique discrète, son action criminelle suscite dans la population mécontentement et frustration, fragilisant le pouvoir politique, quel qu’il soit,

    – Son trafic illicite de ressortissants du Tiers-monde contribue à susciter une sur-criminalité d’origine étrangère, donc a créer un climat d’insécurité et de xénophobie.

    Mais la criminalité organisée de niveau stratégique représente d’abord un péril financier de première grandeur. A la fin des années 80, Wharton Econometric Forecasting Associates, observatoire économique américain renommé, a mené une enquête approfondie sur la puissance financière du crime organisé aux Etats-Unis, au profit d’une commission présidentielle. Sa conclusion était éloquente : au milieu des années 80 – donc avant le formidable appel d’air entraîné par la disparition de la plupart des barrières édifiées lors de la guerre froide – le chiffre d’affaires annuel du crime organisé aux Etats-Unis dépassait les 45 milliards d’Euros, 1,1 du PNB américain, soit plus que les industries du fer, de l’acier, du cuivre et de l’aluminium réunies. Année après année, trafic de narcotiques, prêts à taux usuraires, jeux illégaux, prostitution, racket, laissent aux grandes mafias un profit de ± 23 milliards d’Euros.

    Mais ce constat est celui d’hier, diront les docteurs tant-mieux. Et aujourd’hui ? Et demain ? Hélas, les menaces pour les grands flux financiers ne sont pas moindres en ce début de XXIème siècle.

    En mars 2002 en effet, Anthony « T. G. » Graziano, chef d’équipe de la « famille » Bonanno et son gendre John Zancocchio sont inculpés pour avoir créé, à Boca Raton (Floride), « New World Exchange », version frauduleuse d’un outil financier très spécial : le Hedge fund (fond d’investissement spéculatif) . Or dans les affaires financières, les mafieux chassent en meute. Il est donc certain que ce test de la « famille » Bonanno n’est pas le seul. L’intérêt des mafieux new yorkais est compréhensible : en novembre 2002, les encours mondiaux de ces Hedge funds étaient de ± 600 milliards de dollars (en augmentation de plus de 10 % depuis janvier 2002, dont ± 80 milliards en Europe).

    Quoiqu’ils multiplient depuis des années les acrobaties financières et brassent chaque année des dizaines de milliards de dollars, les Hedge funds opèrent toujours aujourd’hui dans un flou très artistique et échappent encore quasiment à toute réglementation – même, à tout enregistrement. Aujourd’hui en effet, les gestionnaires de ces fonds peuvent toujours garder secrets leurs investissements – contrairement au fonds mutuels qui eux, doivent être déclarés. Déjà, des Hedge funds comme Quantum Fund et Tiger Fund ont failli sombrer en 1998, et ont perdu des milliards de dollars. La même année, le fond Long Term Capital Management était, lui, dissous, après que sa faillite ait coûté 3 ,6 milliards de dollars au budget fédéral américain. Encore ne s’agissait-il pas d’une « bulle financière » mafieuse (comme au Japon, dans les années 80), car l’addition aurait été encore beaucoup plus salée.

    Fin 2003, les Hedge funds ne sont toujours pas vraiment surveillés. Pourtant, à côté de conseillers en investissements déclarés ayant pignon sur rue, cette profession grouille de « spécialistes » officieux, clandestins – souvent de purs escrocs auxquels s’ajoutent, on l’a vu, au moins deux spéculateurs mafieux. Faudra-t-il un Enron des Hedge funds pour que le milieu financier américain réagisse ?

    En Asie l’état des lieux est aussi alarmant : on connaît l’origine purement criminelle du marasme au long cours que vit le Japon. Mais ce pays n’est pas un cas isolé : second « poids lourd » asiatique, Taiwan est aujourd’hui confronté au même problème et pour les mêmes raisons. Ses quelques 300 coopératives de crédit rural (secteur de l’agriculture, pêcheries, etc.) croulent sous les prêts pourris – 20% au minimum de ceux consentis. A l’origine de la crise, le même « cocktail » politico-mafieux : plusieurs décennies d’un régime népotiste et corrompu (celui du Kuo Min Tang, KMT), plus une forte influence mafieuse (celle des quatre grandes Triades de l’île ). Le gouvernement de Taipei a dû, là aussi, créer un « Fond pour la reconstruction financière » agence spéciale chargée de nettoyer les écuries d’Augias, dotée de 3,8 milliards d’Euros de crédits. Une tâche dangereuse, car chaque employé du fond reçoit une police spéciale d’assurance sur la vie d’un montant de 275 000 Euros.

    Ajoutons que les milliards récupérés chaque année par les mafieux ne sont pas répartis à la façon du capitalisme légal, épris d’éthique et de transparence. Ce capital criminel n’est pas dispersé entre une infinité de porteurs, comme celui d’une multinationale, mais pour l’essentiel réuni entre les mains de quelques « parrains ». Aux Etats-Unis, le gros du pactole échoit encore aux chefs des « familles » de Cosa Nostra; au total une vingtaine d’individus, dont la moitié récolte les trois quarts du butin. Sur cette planète, aucun capital n’est aussi concentré – et aussi secret – que le capital criminel.

    L’activité mafieuse prélève en outre un impôt invisible sur les citoyens honnêtes.

    – A New York par exemple, une durable « influence » mafieuse sur la collecte des ordures « professionnelles » – entreprises, commerces, restauration, etc. – a longtemps provoqué un surcoût de 30 à 60% sur les tarifs habituels .

    – A New York toujours, pendant le plus clair de la décennie 80 – et aujourd’hui sans doute encore, sous une autre forme – fonctionne à Manhattan un cartel criminel et clandestin du béton fondé par Anthony « Fat Tony » Salerno, alors chef de la « famille » Genovese. Comment fonctionne ce « syndicat » ? Tout « bétonneur » projetant un gros chantier ($ 2 millions et plus) doit passer par les Genovese. Une fois « gagnée » l’adjudication, l’entrepreneur ristourne une part de ses profits à Cosa Nostra. Refuse-t-il la combine ? Une grève des conducteurs de bétonneuses paralyse son chantier. Plus de béton frais, retards et pénalités en chaîne, enfin la faillite : décidément, mieux vaut « s’arranger » … Résultat ? Le « surcoût mafieux » atteint 20% à Manhattan …

    L’influence criminelle sur des entreprises d’allure légitime pose aussi de graves problèmes de sécurité : ainsi, des sociétés de gardiennage américaines « en odeur de mafia » ont-elle longtemps gardé les accès de … centrales nucléaires; et la mainmise de Cosa Nostra sur certains syndicats a-t-elle mis « sous influence » de grandes multinationales américaines – notamment un groupe pétrolier et une société de boissons gazeuses, tous deux mondialement célèbres – dont les livraisons étaient contrôlées » – et taxées – par des « familles » mafieuses new-yorkaises.

    Mais ces menaces mafieuses « classiques » ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Ces dernières années en effet, et preuves à l’appui, de l’Italie au Pakistan, du Japon aux Etats-Unis, de l’Algérie à la Russie, de nouveaux trafics criminels ont rapproché d’une part, de puissantes mafias, et de l’autre, de multiples entités dangereuses apparues ou ressuscitées depuis la fin de l’ordre bipolaire.

    Des mafieux ont ainsi armé et équipé plusieurs groupes terroristes dangereux; se sont associés à des sectes apocalyptiques; ont gravement attenté à l’équilibre de vingt pays par voie de migrations illégales; à la santé publique et à l’environnement – à la culture, même – de pays de l’Union Européenne. Ces crimes mafieux sont une réalité d’aujourd’hui et font d’innombrables victimes.

    Une réalité que la communauté financière, qui se borne en fait à considérer ce qui la touche directement : le recyclage par son involontaire truchement de l’argent criminel dans l’économie légitime, ignore encore trop souvent

    SOCIOLOGIE, geopolitique, archives

    Posted in ETHNOGRAPHIE ANTHROPOLOGIE, ETHNOLOGIE, géopolitique, LIENS ETHNOLOGIE ANTHROPOLOGIE, sociologie with tags , , on mars 14, 2008 by rodolphepilaert63

    Archive ouverte en Sciences de l’Homme et de la Société

    Archives nationales

    BORA Archives privées

    Bibliothèque nationale de France

    Bienvenue à la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine

    Cambridge University Library and Dependent Libraries

    Conseil international des Archives (ICA)

    Fichier central des thèses

    Gallica, bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France

    Library of Congress Online Catalogs

    Médiathèque de l’architecture et du patrimoine

    Persée

    Portail International Archivistique Francophone

    Portail du Réseau des Maisons des sciences de l’homme

    Scirus – for scientific information

    Système universitaire de documentation

    liens socio, le portail francophone des sciences sociales

    Commentaire – Revue trimestrielle fondée par Raymond Aron

    Ent’revues : la Revue des revues

    Revue Mabillon, revue internationale d’histoire et de littérature religieuse, international review for ecclesiastical history and literature, Mabillon review

    Revue des deux mondes

    Revues.org, fédération de revues en Sciences humaines et sociales

    ART GRAPHISM

    Posted in PDF ART MAGAZINES with tags on mars 14, 2008 by rodolphepilaert63



    Fantasy and Science Fiction 250
    Fantasy and Science F… #250 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 251
    Fantasy and Science F… #251 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 252
    Fantasy and Science F… #252 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 253
    Fantasy and Science F… #253 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 254
    Fantasy and Science F… #254 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 255
    Fantasy and Science F… #255 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 256
    Fantasy and Science F… #256 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 257
    Fantasy and Science F… #257 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 258
    Fantasy and Science F… #258 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 259
    Fantasy and Science F… #259 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 260
    Fantasy and Science F… #260 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 261
    Fantasy and Science F… #261 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 262
    Fantasy and Science F… #262 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 263
    Fantasy and Science F… #263 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 264
    Fantasy and Science F… #264 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 265
    Fantasy and Science F… #265 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 266
    Fantasy and Science F… #266 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 267
    Fantasy and Science F… #267 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 268
    Fantasy and Science F… #268 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 269
    Fantasy and Science F… #269 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 270
    Fantasy and Science F… #270 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 271
    Fantasy and Science F… #271 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 272
    Fantasy and Science F… #272 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 273
    Fantasy and Science F… #273 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 274
    Fantasy and Science F… #274 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 275
    Fantasy and Science F… #275 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 276
    Fantasy and Science F… #276 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 277
    Fantasy and Science F… #277 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 278
    Fantasy and Science F… #278 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 279
    Fantasy and Science F… #279 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 280
    Fantasy and Science F… #280 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 281
    Fantasy and Science F… #281 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 282
    Fantasy and Science F… #282 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 283
    Fantasy and Science F… #283 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 284
    Fantasy and Science F… #284 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 285
    Fantasy and Science F… #285 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 286
    Fantasy and Science F… #286 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 287
    Fantasy and Science F… #287 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 288
    Fantasy and Science F… #288 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 289
    Fantasy and Science F… #289 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 290
    Fantasy and Science F… #290 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 291
    Fantasy and Science F… #291 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 292
    Fantasy and Science F… #292 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 293
    Fantasy and Science F… #293 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 294
    Fantasy and Science F… #294 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 295
    Fantasy and Science F… #295 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 296
    Fantasy and Science F… #296 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 297
    Fantasy and Science F… #297 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 298
    Fantasy and Science F… #298 via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 299

        #350-399   #400-449   #450-499   #500-549   #550-599   #600-649    Next


    Fantasy and Science Fiction 300
    Fantasy and Science F… #300     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 301
    Fantasy and Science F… #301     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 302
    Fantasy and Science F… #302     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 303
    Fantasy and Science F… #303     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 304
    Fantasy and Science F… #304     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 305
    Fantasy and Science F… #305     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 306
    Fantasy and Science F… #306     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 307
    Fantasy and Science F… #307     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 308
    Fantasy and Science F… #308     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 309
    Fantasy and Science F… #309     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 310
    Fantasy and Science F… #310     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 311
    Fantasy and Science F… #311     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 312
    Fantasy and Science F… #312     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 313
    Fantasy and Science F… #313     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 314
    Fantasy and Science F… #314     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 315
    Fantasy and Science F… #315     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 316
    Fantasy and Science F… #316     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 317
    Fantasy and Science F… #317     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 318
    Fantasy and Science F… #318     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 319
    Fantasy and Science F… #319     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 320
    Fantasy and Science F… #320     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 321
    Fantasy and Science F… #321     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 322
    Fantasy and Science F… #322     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 323
    Fantasy and Science F… #323     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 324
    Fantasy and Science F… #324     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 325
    Fantasy and Science F… #325     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 326
    Fantasy and Science F… #326     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 327
    Fantasy and Science F… #327     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 328
    Fantasy and Science F… #328     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 329
    Fantasy and Science F… #329     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 330
    Fantasy and Science F… #330     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 331
    Fantasy and Science F… #331     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 332
    Fantasy and Science F… #332     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 333
    Fantasy and Science F… #333     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 334
    Fantasy and Science F… #334     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 335
    Fantasy and Science F… #335     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 336
    Fantasy and Science F… #336     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 337
    Fantasy and Science F… #337     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 338
    Fantasy and Science F… #338     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 339
    Fantasy and Science F… #339     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 340
    Fantasy and Science F… #340     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 341
    Fantasy and Science F… #341     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 342
    Fantasy and Science F… #342     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 343
    Fantasy and Science F… #343     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 344
    Fantasy and Science F… #344     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 345
    Fantasy and Science F… #345     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 346
    Fantasy and Science F… #346     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 347
    Fantasy and Science F… #347     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 348
    Fantasy and Science F… #348     via | buy | add to my collection


    Fantasy and Science Fiction 349


    Suivre

    Recevez les nouvelles publications par mail.

    Rejoignez 501 autres abonnés