CONFERENCE Occultisme et Contre-Cultures 1

Papus, Stanislas de Guaita, Albert Jounet, Paul Chacornac, Joris-Karl Huysmans, Claude Debussy, Emma Calvé, Jules Doinel, Camille Flammarion, Aleister Crowley, François Jollivet Castellot, Joséphin Péladan, Albert de Pouvourville, Ely Star, Edouard Schuré, Villiers de l’Isle-Adam, Oswald Wirth, Lidell Mac Gregor Mathers, Emile Dantinne, Dom Néroman, Eliphas Lévi, Irène-Hillel Erlanger, Augustin Chaboseau, Maurice Leblanc, lady Caïthness, l’Abbé Julio, Marc Haven, Henri Bergson, Helena P Blavatsky, René Guénon, etc., pour ne citer que les plus connus…

JULES BOIS

En guise de préface pour servir à la vérité d’un destin.

« La route est bonne et la mort est au bout. » Paul Verlaine

« Il est de ces œuvres qui font autorité parce qu’elles sont terres d’aventures, arcanes invisibles et chaleurs rayonnantes, où la mémoire en avant sert à la cause du juste. Et qui, de défrichements en déchiffrages, anticipent une époque en devenir.

C’est le cas de l’œuvre de Jules Bois. Une œuvre oubliée il est vrai, mais dont le charme suranné, Visions de l’Inde, le Nouveau Faublas, mais aussi la profondeur, le Satanisme et le Magie, les Petites Religions de Paris, le Miracle moderne, le Monde Invisible, et la sensibilité, le Vaisseau des Caresses, la Douleur d’Aimer, l’Eternelle Poupée, ne demandent qu’à être réveillés puis redécouverts. Sans oublier l’œuvre poétique et théâtrale, les Noces de Sathan, la Porte Héroïque du Ciel, Hippolyte couronné, Il ne faut pas mourir etc. Ecrivain polymorphe, on le constate, son entregent dans le tout Paris est reconnu, journaliste aguerri, peu de sujets de son temps lui échappent. Il rencontre Verlaine, alité dans sa chambre ou Camille Flammarion avec qui il dîne et converse de sujets scientifiques et spiritualistes. Ses livres attestent d’une connaissance encyclopédique dans des domaines aussi différents que la Philosophie, le Féminisme dont il est un précurseur, les Arts, la Littérature et la Poésie, les Sciences Occultes bien sûr. Il avait un désir profond qui l’animera toute sa vie, celui de «désocculter» l’occultisme.

Pour Jules Bois, ce qui manquait à l’Occultisme, «c’était un critérium solide, cette sécurité que donne la Science ou la Religion, deux sœurs ennemies en apparence». Jules Bois était un grand mystique, à sa manière ; toute sa vie il chercha, jusque dans les contrées les plus reculées, à dépouiller sa Foi, mais selon les indices de son époque, c’est-à-dire par la réflexion attentive aux concepts avant-gardistes de ce que l’on appelait alors «la Métapsychique». Le néologisme créé est de l’écrivain journaliste et concerne l’étude de l’âme profonde dans sa dimension sacrée en évacuant toute acception religieuse ou philosophique. Pour Jules Bois, dans sa quête du Soi, rien n’est trop absolu, ni la quête de Vérité, ni la quête de Connaissance, jusqu’au bout, jusqu’au duel s’il le faut. La rencontre avec Isis, gardienne des Mystères insoupçonnables, dont on se plait à croire qu’il lui confia son âme, est une image récurrente dans ses livres. Jules Bois, dans son parcours de vie, incarna par-dessus tout sa propre recherche spirituelle afin de la rendre vivante dans son œuvre. Ses contemporains, pour ceux qui voulaient bien faire l’effort de passer sur ses outrances provocatrices, le savaient bien, car l’adéquation entre son œuvre et sa vie est sincère et touchante. Jules Bois croit à l’expérimentation du vivant. Il se veut être le héraut messianique et le gardien tutélaire des considérations de son temps, avec courage et abnégation. Jules Bois augure d’un devenir supra-humain de l’Humanité et cette affirmation absolue de l’Absolu, à la différence de celle de Nietzsche, repose sur l’idée qu’il faut pour cela s’appuyer sur Dieu et sur la Science, pour concevoir, en toute Lumière, cette vision universelle du Manifesté. Il fait à cet égard œuvre prophétique. Et c’est par l’inspiration de «l’Eve Nouvelle» que se profile à l’horizon d’un éternel retour, cette surhumanité étherique. Eternel retour dont il n’aura de cesse de clamer, de façon quasi obsessionnelle dans ses livres, la véracité intangible.

Jules Bois, homme de grande Foi, savait inéluctable la décadence de sa société, cette «belle époque» en décomposition dont il essayait subrepticement par des voies détournées, en service commandé, d’entretenir une hypothétique cohésion.

Il croyait au sabbat, aux démons stercoraires phosphorescents et aux harpies affreusement suffocantes. Il croyait à la Madeleine, comme matière rédemptée, mais aussi au Lys et à la Rose, aux Fées, aux Saints, aux Anges et aux Étoiles. »

J.-K. HUYSMANS
ET LE
SATANISME

—EXTRAIT DU LIVRE—

Parler de Satanisme au xxe siècle voilà qui doit sembler un anachronisme. C’est, la plupart du temps, bénévolement s’exposer à des sourires d’ironie, de scepticisme et de dédain.

Ceux-là même qui croient qu’à des époques déjà anciennes, le Prince du Mal put épouvanter les âmes simples, se persuadent volontiers qu’il n’oserait s’aventurer en ce siècle de lumières et de progrès. Sorcelleries et sabbats, pactes, possessions et envoûtements, incubes et succubes, toutes choses qui firent trembler les âges de foi, sont bel et bien finies. Satan est relégué dans les brumes du passé. Tout au plus, le tolère-t-on encore dans Faust, sous le rouge pourpoint de Méphistophélès!

Erreur, profonde erreur!

Le Satanisme fut même fort à la mode il y a quelques années.

Il ne se passait guère de mois, que la presse ne nous entretînt d’envoûtements, de messes noires, célébrées par des scélérats, mystiques à rebours, maniaques du sacrilège, perpétrant secrètement les rites immondes du Satanisme.

D’irréfutables documents attestent, en effet, de nos jours, l’existence du Satanisme. Les messes noires, les envoûtements, qui furent les scandales des siècles passés, sont pratiqués aujourd’hui encore.

Tout comme Dieu, Satan a ses fidèles dévots, qui lui rendent un culte, en de ténébreux sanctuaires.

Un des mieux renseignés sur ces effroyables rites, aussi bien pour le passé que pour le présent, était sans contredit J.-K. Huysmans, l’auteur de Là-Bas.

Quand, en 1890, il publia ce livre, qui fit un bruit énorme dans les lettres, et avec lequel il atteignit la grande renommée, l’horreur de la banalité, du «déjà vu», qui l’avait conduit jusqu’à l’extase devant l’artificiel—dans A Rebours—en lui faisant, par exemple, admirer la forme d’une orchidée parce que cette fleur a l’air de fumer sa pipe, devait l’entraîner jusqu’au très rare, au très étrange, au monstrueux—dans Là-Bas—en lui faisant décrire les sacrilèges obscénités de la messe noire et du Satanisme contemporain.

Huysmans avait l’obsession du document. Les grimoires, les in-folios, les pièces authentiques des procès de sorcellerie, conservés dans les archives des bibliothèques, lui fournirent, sur la Magie au moyen âge, des documents précis, d’où sortirent de remarquables pages.

Pour la Magie moderne, il se documenta dans les milieux occultistes et spirites.

Il assista, d’abord en sceptique, aux séances spirites; mais son scepticisme dut s’évanouir devant l’évidence d’incontestables faits de matérialisations, d’apports, et de lévitation d’objets.

Il connaissait, au Ministère de la Guerre, un chef de bureau, M. François, qui était un extraordinaire médium. Très souvent, réunissant quelques amis dans son appartement de la rue de Sèvres, Huysmans tentait, avec l’aide de M. François, des évocations. Un de ses familiers, M. Gustave Boucher, a raconté dans une petite brochure, non mise dans le commerce, les troublantes péripéties d’une séance de spiritisme au cours de laquelle les assistants crurent être témoins de la «matérialisation» du Général Boulanger1.

Note 1: (retour)

Gustave Boucher: Une séance de Spiritisme chez J.-K. Huysmans. Niort, 1908. Une plaquette in-32 carré, tirée à 200 exemplaires numérotés, non mis dans le commerce.

De toutes ces expériences, il lui resta l’impression d’une intelligence étrangère et d’une volonté externe, se manifestant aux évocateurs; mieux, il acquit la conviction qu’il y avait, malgré la diversité des pratiques, des points communs entre le Satanisme et les évocations du spiritisme. Enfin, un astrologue parisien, Eugène Ledos—le Gevingey de Là-Bas—et un ancien prêtre habitant Lyon, l’abbé Boullan, achevèrent de le documenter—faussement parfois, nous le verrons—sur le Satanisme moderne.

Le Matin a publié, quelque temps après la mort de Huysmans, la lettre dans laquelle l’écrivain demandait à l’abbé Boullan des renseignements. Par retour du courrier ce dernier lui répondit que son concours lui était assuré.

La correspondance entre Huysmans et l’abbé Boullan est volumineuse; elle date du 6 février 1890 au 4 janvier 1893, date de la mort mystérieuse de ce dernier. Mais n’anticipons pas.

Là-Bas parut en 1890. C’était une défense en règle du surnaturel, basée sur deux ordres de faits:

1º Une série de faits purement historiques, se rapportant à l’histoire de Gilles de Rais et à la sorcellerie du moyen âge;

2º Une série de faits relatifs au Satanisme moderne.

Les Spirites, les Occultistes, les Rose-Croix satanisent plus ou moins, affirmait Huysmans: «A force d’évoquer des larves, les occultistes qui ne peuvent, bien entendu, attirer les Anges, finissent par amener les Esprits du Mal; et, qu’ils le veuillent ou non, sans même le savoir, ils se meuvent dans le diabolisme2.» En tout cas, ajoutait-il, si le Diable n’y est pas toujours, il en est bien près!

Note 2: (retour)

Cf. Là-Bas, page 427.

La Messe de Satan, la Messe Noire se célèbre de nos jours, disait-il encore, et il en faisait une truculente description. Un chanoine, Docre, la célébrait. Dans son ardeur sacrilège, ce monstrueux sacerdote s’était fait tatouer, sous la plante des pieds, l’image de la croix, de façon à toujours marcher sur le Sauveur! Il entretenait, dans des cages, des souris blanches, nourries d’hosties consacrées et de poisons dosés avec science, dont le sang servait aux pratiques de l’envoûtement. L’incubat et le succubat étaient fréquents dans les cloîtres. L’armée de Satan se recrutait surtout dans le sacerdoce; «Il n’y a pas, sans prêtre sacrilège, de Satanisme mûr», disait Huysmans. Le chanoine Docre était disait-on, un prêtre des environs de Gand.

La vérité est que si Huysmans assista à la messe noire, le récit qu’il en a fait n’est nullement une relation de choses vues. Certains détails sont empruntés à des documents anciens tirés des Archives de Vintras.

Mais la messe noire se disait. Malheureusement pour les curieux, cette messe maudite avait pour temples des locaux hermétiquement fermés, et, pour fidèles, des gens liés par un secret absolument inviolable. Quant au chanoine Docre, il était fait avec diverses personnalités et notamment deux ecclésiastiques que Huysmans avait beaucoup connus. L’un fut, ainsi qu’il l’a écrit dans Là-Bas, chapelain d’une reine en exil; il s’est pendu il y a quelques années. L’autre, qui habitait en Belgique, à Bruges, était un prêtre encore exerçant, dans ce bijou gothique qu’est la chapelle du Saint-Sang, où l’on montre aux fidèles, tous les vendredis, le sang de Jésus-Christ qui aurait été rapporté des Croisades par un comte de Flandre.

Tout en gardant la physionomie très exacte du chapelain qui se suicida, il assembla en un seul et même personnage les détails absolument certains qu’il possédait sur l’un et l’autre de ces deux prêtres. Il y ajouta plusieurs traits relatés dans des rapports déjà classés, comme la fameuse affaire de la voyante diabolique, Cantianille3, où il prit le détail de la croix tatouée sous la plante des pieds pour la mieux fouler.

Note 3: (retour)

Mme Cantianille B….., du diocèse de Sens, morte il y a quelques années seulement, fut, dès l’âge de deux ans, pourrie de larves. La maladie psychique atteignit son paroxysme à quinze ans, où elle fut placée dans un couvent de Mont-Saint-Sulpice, et violée par un jeune prêtre, qui la voua au diable.

Renvoyée du couvent, elle fut exorcisée par un certain abbé Thorey, d’Auxerre, dont la cervelle ne paraît pas avoir bien résisté à ces pratiques. Ce fut bientôt, à Auxerre, de telles scènes scandaleuses, que Cantianille fut chassée du pays et l’abbé Thorey frappé disciplinairement par son évêque. Le malheureux prêtre écrivit deux volumes sur sa pénitente, et l’affaire alla à Rome. Quant à Cantianille, elle garda jusqu’à la fin de sa vie le funèbre don de propager sa maladie psychique.

En opposition au chanoine Docre, Huysmans révélait un certain docteur Johannès, qui n’était autre que l’abbé Boullan.

A la question: Quel est ce docteur? Huysmans fait répondre par un des personnages de son livre: «C’est un très intelligent et très savant prêtre. Il a été supérieur de communauté et a dirigé, à Paris même, la seule revue qui ait jamais été mystique. Il fut aussi un théologien consulté, un maître reconnu de la jurisprudence divine; puis il eut de navrants débats avec la Curie du Pape, à Rome, et avec le Cardinal Archevêque de Paris. Ses exorcismes, ses luttes contre les incubes qu’il allait combattre dans les couvents de femmes, le perdirent4.»

Note 4: (retour)

Cf. Là-Bas, page 283.

Quel était donc en vérité cet abbé Boullan, à qui Huysmans s’était adressé pour la documentation de son livre, et qu’il affirmait «missionné par le Ciel pour briser les manigances infectieuses du Satanisme, pour prêcher la venue du Christ glorieux et du divin Paraclet5»?

Note 5: (retour)

Là-Bas, page 395.

Un procès en escroquerie, jugé en 1865 devant la Chambre des appels correctionnels de Paris, va nous faire connaître de curieux détails sur notre abbé et sur les étranges doctrines qu’il professait.

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