Quand la CIA infiltrait la Culture

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Super_ResistencePar Super_Resistence

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Dans les années de l’après-guerre, les services secrets américains lancent une vaste opération d’infiltration des milieux européens de la culture. Ils lui consacrent plusieurs millions de dollars et s’appuient sur un organisme, le “Congrès pour la liberté de la culture”, dont le siège se trouve à Paris. La capitale française est un lieu stratégique pour publier des revues lues jusqu’en Afrique, en Amérique latine et dans les pays arabes. Le Congrès pour la liberté de la culture s’intéresse aux artistes et intellectuels de gauche, qu’il essaie de soustraire à l’influence marxiste et de gagner à la cause américaine. En France, la revue Preuves dirigée par Raymond Aron constitue le fer de lance de cette diffusion de la pensée anticommuniste.

En Allemagne, le “Kongress für kulturelle Freiheit” naît en juin 1950 à Berlin, en zone d’occupation américaine. La revue Der Monat reçoit les premiers subsides de la CIA vers 1958. Elle compte parmi ses collaborateurs d’éminents journalistes et les principaux représentants des maisons d’édition en Allemagne fédérale. Le Congrès dispose ainsi de relais à Berlin, Munich et Francfort. Il s’établit aussi à Cologne où il développe des relations privilégiées avec les rédactions de la presse écrite et de la télévision.

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Heinrich Böll, futur Prix Nobel de littérature (en 1972), est approché et travaillera – plusieurs documents le confirment – pendant plus de dix ans pour le Congrès et ses différentes organisations. Sans savoir qu’il oeuvre en fait pour la CIA ? C’est ce que pense Günter Grass, autre cible de l’agence américaine. Au-delà de ces deux personnalités, toute la fine fleur des arts et des lettres a été approchée par les services secrets américains et leur a apporté son soutien, le plus souvent sans le savoir. C’est ce que montre très bien ce documentaire, fruit de trois ans de minutieuses recherches.

Quand la CIA infiltrait la culture…

qui_m_ne_la_danseLa Guerre froide (1947-1991) ne saurait être réduite à un strict affrontement politique. Elle eut également une dimension culturelle qui mobilisa des millions de roubles et de dollars que l’URSS et les Etats-Unis dépensèrent afin d’influencer, si possible à leur insu, les intellectuels et les artistes : écrivains, musiciens, peintres, journalistes… Arte a diffusé un remarquable reportage consacré à l’infiltration des milieux culturels par la CIA. Cette stratégie d’influence s’est inscrite dans le cadre du Plan Marshall : elle visait à soustraire les intellectuels de gauche à l’emprise communiste et à leur faire adopter une sensibilité atlantiste, tout au moins anti-communiste. Un organisme fut créé à cette fin : le Congrès pour la liberté de la culture. Financé par des fondations (Ford, Farfield…) et piloté par la CIA, le Congrès soutint des mouvements culturels (peinture expressionniste abstraite, musique atonale…) et des revues dont la ligne éditoriale était opposée au marxisme dominant de l’époque : Preuves en France, Encounter en Grande-Bretagne, Der Monat en Allemagne de l’Ouest, Tempo Presente en Italie… Etaient également soutenus financièrement, via des organisations de façade, des écrivains qui défendaient l’économie de marché et les libertés individuelles. Et, ruse suprême, la critique -mesurée- des Etats-Unis était tolérée…
Le combat hégémonique pour la culture de la CIA n’échappa cependant pas à quelques coups tordus : une campagne de calomnie fut lancée contre le poète chilien Pablo Neruda en raison de son inclination pro-soviétique (« Le mieux est de le ridiculiser…« ).
Ainsi que le fait remarquer un historien, la CIA réussit à attirer des artistes libéraux, sociaux-démocrates ou conservateurs mais échoua à convaincre des communistes. Quant à Tom Braden, l’agent de la CIA qui était en charge de cette guerre culturelle, il assume parfaitement « l’amoralité » de ses actes et peut contempler le triomphe  de l’American way of life sur les décombres des régimes communistes européens.

Le reportage Quand la CIA infiltrait la culture sera rediffusé le samedi  2 décembre à 18h05 sur Arte.
Sur le même thème, l’on pourra consulter l’essai de Frances Stonor Saunders : Qui mène la danse ? La CIA et la guerre froide culturelle, ainsi que l’essai que Fédéric Martel vient de consacrer à la culture en Amérique.

L’argent de l’influence

Ouvrage collectif dirigé par Ludovic Tournès et publié aux éditions Autrement, L’argent de l’influence – revient sur l’action des fondations américaines en Europe. Très riches , ces dernières ont, depuis des dizaines d’années pour certaines, tissé des réseaux d’influence dans les milieux scientifiques, politiques et culturels. Une belle illustration de la stratégie du soft power. Cet ouvrage vient utilement compléter ce qu’avait exposer Frédéric Charpier dans son livre La CIA en France

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« Du début du XXe siècle à la chute du mur de Berlin, les grandes fondations (Carnegie, Rockefeller, Ford, puis Soros) n’ont pas cessé d’être présentes en Europe et d’y tisser de multiples réseaux dans les milieux intellectuels, scientifiques et politiques. Fondées par de grands industriels symboles du capitalisme américain, ces fondations sont à la fois porteuses d’un projet de société libérale et partisanes d’une régulation des excès du capitalisme. Du fait de ces objectifs contradictoires, la nature de leurs actions en Europe dépend du contexte géopolitique : avant 1914 et pendant l’entre-deux-guerres, elles jouent le rôle de ciment entre les milieux pacifistes européens et américains ; avec la guerre froide, elles embrassent la bannière de la lutte contre le communisme. Présentes là où l’État américain ne l’est pas encore, ne l’est plus ou ne veut pas l’être officiellement, elles occupent une place à part dans la diplomatie américaine, dont elles ne contredisent jamais formellement les orientations, mais par rapport à laquelle elles s’accordent un degré d’indépendance plus ou moins important selon le contexte international. Rassemblant les meilleurs spécialistes, l’ouvrage met en scène la diversité des actions des fondations américaines en Europe tout au long du XXe siècle. Alors que leur fonctionnement et leurs objectifs restent souvent objet de fantasmes, on les verra opérer sur le terrain et constituer des réseaux denses et durables. »

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