ALAIN BAUER LA FRANC MACONNERIE

Nouvel Observateur Hebdo  N° 1988 – 12/12/2002

Un grand maître sans bandeau

Ce que nous sommes vraiment

Les affaires. L’opération «tabliers propres». Les turpitudes de certaines fraternelles. La solidarité maçonnique. Le secret. Le poids des frères dans le monde politique. Les relations avec Chirac. Mais aussi les nouveaux combats de la franc-maçonnerie. Son apport dans les grands débats de notre temps. Sur tous ces sujets, le grand maître du Grand Orient de France s’explique. Sans détours

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Ce que nous sommesvraiment

Le Nouvel Observateur. – Pourquoi la franc-maçonnerie continue-t-elle de susciter tant de curiosité, de fascination, mais aussi de soupçons et parfois de détestation?

Alain Bauer. – Je distinguerai deux attitudes. Il y a ceux qui ne connaissent pas la franc-maçonnerie et ne cherchent pas à la connaître. Dans ce cas, il vaut mieux en rester aux imprécations; cela évite de se poser des questions. Et puis, il y a ceux qui ont fait l’effort de la connaître: soit ils ont été déçus, mais au moins ils ont des arguments; soit ils y ont été admis et ils s’y trouvent bien. Ceux-là, on ne les entend pas. Comme la règle de la maçonnerie, ce n’est pas de faire un prosélytisme délirant, ni de se répandre à l’extérieur sur les bienfaits de l’institution, les seuls qui s’expriment, ce sont soit les déçus, soit les anti-maçons. D’où les problèmes que vous évoquez, dans lesquels nous portons aussi une part de responsabilité, pour n’avoir pas su nous expliquer.

N. O. – Commençons donc par un check-up. Comment se porte la franc-maçonnerie française aujourd’hui?

A. Bauer . – Paradoxalement, elle va plutôt bien. Il n’y a jamais eu autant de francs-maçons et de francs maçonnes. Et c’est vrai de toutes les obédiences.

N. O. – L’effectif global?

A. Bauer. – 130000 à 135000 frères et soeurs. En tenant compte des doubles appartenances, je pense qu’on oscille entre 120000 et 125000.

N. O. – Après l’avalanche des «affaires» qui ont sali la réputation de la franc-maçonnerie, considérez-vous aujourd’hui que la page est tournée?

A. Bauer. – Oui et non. En tout cas, nous sommes sortis de la période où l’on faisait le ménage sans le dire, en croyant ainsi protéger la réputation de la maison. Cette politique, entamée au début des années 1980, a été un échec majeur et a atteint son niveau absolu de nullité vers 1995. C’est d’ailleurs le moment où, au GO, la base a décidé de faire le ménage en renvoyant tous les responsables. Cela nous a obligés à liquider le «cassoulet maçonnique» qui mitonnait depuis des années.

N. O. – Bilan?

A. Bauer. – Le Grand Orient a traité 70 dossiers judiciaires, 69 exclusions ont été prononcées. Il ne reste qu’un «survivant» qui, ayant utilisé toutes les voies de recours, n’a toujours pas été exclu, bien qu’il ait déjà été condamné à plusieurs reprises par la justice pénale.

N. O. – Qui est-ce?

A. Bauer. – Comme il n’est pas encore excluµ

N. O. – Quelle est la règle? Dès qu’un frère a été condamné par la justice pénale, il est automatiquement radié?

A. Bauer. – Dès lors qu’un frère est mis en examen, il peut être sanctionné.

N. O. – Vous voulez dire exclu?

A. Bauer. – Pas forcément. Dès qu’un frère ou un vénérable maître, ou même la presse – il y a ici une cellule chargée d’éplucher les journaux -, nous informe qu’un des nôtres peut être impliqué dans une affaire délictueuse, il est systématiquement déféré devant la chambre judiciaire qui décide de le suspendre, de l’exclureµ ou de l’innocenter.

N. O. – Sans même attendre que la justice de la République se soit prononcée?

A. Bauer. – Oui. Si par exemple il avoue avoir commis des actes contraires à son serment, même s’il ne sont pas punis par la République, il est sanctionné. Mais quelqu’un qui est suspendu dans l’attente d’une décision de justice définitive, s’il est mis hors de cause, peut demander à être réintégré. C’est arrivé. Une seule fois.

N. O. – 69 exclusions, disiez-vous. En combien de temps?

A. Bauer. – Cinq ans.Cette politique a été entamée par Philippe Guglielmi et poursuivie par moi.

N. O. – Quid des autres obédiences?

A. Bauer. – La Grande Loge, avec Michel Barat, pratique la même politique. Les autres obédiences nous informent au cas par cas des exclusions qu’elles prononcent. Nous ne faisons pas de statistiques. Je pense qu’au total 150 frères et soeurs ont dû être radiés au cours des trois années écoulées.

N. O. – Vous pouvez citer les noms?

A. Bauer. – Depuis Jean-Pierre Soisson, pour ses relations avec le Front national, il y a eu des gens que personne ne connaît, qui n’ont pas fait les gros titres de la presseµ

N. O. – Et des célébrités, aussi, comme Roland Dumasµ

A. Bauer. – Roland Dumas est suspendu en attendant la décision de la justice. Le dossier n’est pas d’une grande simplicité.

N. O. – Et les autres? Les maçons impliqués dans les affaires Luchaire, Urba, Carrefour du Développement, Elfµ Où en sont-ils?

A. Bauer. – Beaucoup d’entre eux n’étaient plus maçons depuis longtemps au moment où ils ont été condamnés. C’est le cas d’Alfred Sirven, par exemple, qui a été radié par sa loge en 1992 ou 1993.

N. O. – S’agissant des affaires, le Grand Orient et la Grande Loge ont souvent tendance à détourner les regards vers la GLNF, qui fait un peu figure de mouton noir. C’est la «mauvaise» loge?

A. Bauer. – Je ne vois pas les choses comme ça. A la GLNF, il y a autant de frères intègres qu’ailleurs. Elle n’est ni plus ni moins atteinte que les autres. Elle avait un problème, c’est qu’elle faisait peut-être son ménage en interne, mais comme elle refusait d’échanger ses fichiers judiciaires avec les autres obédiences, quand nous, au GO ou à la GL, nous excluions des frères, ils allaient tout naturellement à la GLNF qui, à l’époque, avait une politique d’expansion et n’était pas toujours regardante. Bref, quand nous faisions du tri sélectif des déchets, eux faisaient du recyclage, à leur corps défendant. Un jour, ils s’en sont rendu compte. Parce qu’ils avaient leurs pourris plus les nôtres. Dans le Sud-Est, où il y a 10% des effectifs maçonniques mais 90% des affaires, le tas que l’on mettait sous le tapis était devenu tellement gros que l’on ne pouvait plus circuler. Donc ils ont compris que le moment était venu d’établir des relations judiciaires. Avec nous, c’est fait depuis quelques mois. Avec les autres obédiences, je ne désespère pas.

N. O. – Comment expliquez-vous qu’un si grand nombre de maçons aient eu maille à partir avec la justice? La liste est impressionnante!

A. Bauer. – Tout dépend de votre grille de lecture. Au lieu de chercher les francs-maçons, vous pouvez répertorier les catholiques, les juifs ou les laïques, et démontrer que le système mafieux français est caractérisé par l’appartenance religieuse ou la laïcité.

N. O. – L’argument n’est pas recevable. On naît catholique ou juif. On choisit de devenir maçon, c’est-à-dire d’adhérer à une organisation qui entend oeuvrer au perfectionnement du genre humain…

A. Bauer. – Si l’on prend l’ensemble des affaires de corruption sur vingt ans, la proportion de francs-maçons impliqués est certes insupportable pour nous, mais au total relativement faible. Pas plus élevée que le pourcentage de prêtres ou d’instituteurs pédophiles – cela dit sans vouloir mettre en cause toute la profession.

Mais qu’il se soit développé un phénomène d’affairisme maçonnique, c’est une réalité indiscutable. Il y a eu des pourris, des corrompus et des salauds qui se sont servis de la maçonnerie. La question pour nous était de savoir où se situait le réseau. Et ce que nous avons découvert, c’est que cela ne se passait pas dans les loges, mais dans les fraternelles et dans des structures inventées pour permettre à des frères et à des soeurs de se rencontrer et de faire des affaires.

Au Grand Orient, une loge de dentistes ou de magistrats, ça n’a aucun sens. Nos loges ont un caractère géographique et nous avons une opposition quasiment compulsive vis-à-vis des fraternelles professionnelles. Nous considérons que les fraternelles d’idées sont légitimes: des fraternelles de socialistes, de laïques, d’enseignants, ça ne nous pose pas de problème. Mais une fraternelle du bâtiment ou du matériel hospitalier, là, la dimension ésotérique nous échappe un peuµ

N. O. – Alors pourquoi ne pas interdire ces fraternelles?

A. Bauer. – Nous avons eu ce débat. Mais nous ne pouvons pas les interdire. Ces groupes, qui se créent comme associations loi 1901, ne relèvent pas de l’autorité des obédiences, même s’ils ne sont composés que de maçons et de maçonnes. La position des autres obédiences est qu’il faut les réglementer: séparer le bon grain de l’ivraie. La nôtre, au Grand Orient, consiste à dire: les fraternelles professionnelles sont contraires à l’esprit de la maçonnerie et nous recommandons aux frères et aux soeurs de ne pas y adhérer.

N. O. – Vous leur «recommandez»µ

A. Bauer. – Oui, on ne peut pas les en empêcher.

N. O. – Vous pourriez radier les contrevenants.

A. Bauer. – Et comment les connaître? En les faisant filer?

N. O. – Le fait est que vos «recommandations» ne semblent pas très efficaces et que les fraternelles continuent de prospérer. Pourquoi ne pas inscrire dans vos statuts l’interdiction de les fréquenter?

A. Bauer. – Puisqu’il n’est pas question d’interdire les fraternelles d’idées, il faudrait inventer un dispositif tellement compliqué qu’il ne serait pas appliqué. Je suis partisan de la ligne «éradication des fraternelles». Mais le débat que nous avons eu au conseil de l’ordre a montré que, premièrement, sur ce point, je n’étais pas majoritaire; deuxièmement, qu’il y avait une division entre ceux qui défendaient la liberté absolue d’adhérer à ce que l’on veut – nous avons été les inventeurs de la liberté d’association, il serait un peu paradoxal de devenir ceux qui l’interdisent – et ceux qui disaient: comment peut-on appliquer une mesure d’interdiction, puisque les fraternelles ne nous donneront pas leurs fichiers?

N. O. – Cette affaire des fraternelles ramène à la question que se posent beaucoup de profanes: pourquoi entre-t-on en maçonnerie aujourd’hui? Que vient-on y chercher?

A. Bauer.- Je crois qu’il y a trois motifs. Le premier: on y vient par proximité, parce qu’on a un maçon dans sa famille ou parmi ses amis. C’est le cas le plus fréquent. Mais une partie de ceux-là s’en vont parce qu’ils découvrent que la franc-maçonnerie n’est pas ce qu’ils croyaient. Deuxième option: on vient chercher ici ce que l’on n’a pas trouvé ailleurs, un supplément d’âme ou de conscience, un ressourcement intérieur. Ceux-là sont structurellement majoritaires, car ce sont ceux qui restent le plus longtemps. Et puis, troisième option: on y vient parce que c’est bon pour ses affaires ou pour sa carrière.

N. O. – Et alors?

A. Bauer. – Soit ils tombent dans un nid d’affairistes – c’est rare, mais ça arrive – et alors ça marche un temps. Soit ils se rendent compte que ça va être très, très long et en général, ils n’ont pas le temps d’attendre. Au bout d’un an, beaucoup disparaissent. Ou alors, ils y trouvent autre chose.

N. O. – Quelle est aujourd’hui l’influence de la franc-maçonnerie dans la société française? Et d’abord, pour prendre des critères objectifs: combien de ministres, combien de parlementaires?

A. Bauer. – Il y a cinq ministres, cent parlementaires (Assemblée, Sénat, Parlement européen). Soit un sur dix, ce qui du point de vue quantitatif est en très nette baisse. Jusqu’à la dernière guerre, entre un tiers et la moitié des parlementaires étaient francs-maçons, de toutes obédiences.

N. O. – Avec la défaite de la gauche aux dernières élections législatives, ce chiffre a dû chuter.

A. Bauer. – Non. Nous n’avons pas subi un recul particulier.

N. O. – Peut-on encore dire qu’en gros les socialistes et les radicaux vont au Grand Orient et les gens de l’UMP à la Grande Loge?

A. Bauer. – Non, curieusement, ce n’est pas vrai. On trouve un très grand nombre d’élus de la droite sociale au Grand Orient et un certain nombre d’élus de gauche à la Grande Loge. D’ailleurs, historiquement, le Grand Orient n’était pas socialiste, il était républicain radical. Les socialistes sont plutôt entrés dans les années 1970. Aujourd’hui, au GO comme à la Grande Loge, on trouve un éventail qui va de l’anarchisme à l’UMP.

N. O. – Et au-delà… On a découvert, au moment de la montée du Front national, qu’il y avait des lepénistes chez vous aussi.

A. Bauer. – Il y en avait partout.

N. O. – Cela a dû être dur à avalerµ

A. Bauer. – Cela n’a pas duré. Ils ont été exclus. Ceux qui défendent des idées négationnistes, antisémites et xénophobes ne peuvent pas être adhérents chez nous. C’est contraire a notre serment.

N. O. – Combien d’exclusions au Grand Orient?

A. Bauer. – Une douzaine.

N. O. – Revenons aux ministres, cinq disiez-vous. Lesquels?

A. Bauer. – Vous leur demanderez.

N. O. – En démocratie, ne serait-ce pas la moindre des choses que les citoyens connaissent l’appartenance de ceux qui les gouvernent?

A. Bauer. – Et aussi leurs orientations sexuelles et leur confession religieuse?

N. O. – Je ne vois pas le rapport: on ne se cache pas pour aller au temple ou à la messeµ

A. Bauer. – Mais on se cache pour aller à l’Opus Dei ou chez Mgr Lefèbvreµ

N. O. – Vous avez de curieuses références. Mais après tout, je pense, oui, que les ministres membres de l’Opus Dei devraient se déclarer.

A. Bauer. – Et moi je pense que, comme citoyen, vous avez le droit de savoir sur ceux qui vous dirigent ce que vous-même accepteriez qu’on sache de votre vie privée. Il est légitime que les francs-maçons aient la fierté de leur appartenance, je souhaite qu’ils l’assument. Mais je ne vois pas au nom de quoi l’atteinte à l’intimité de la vie privée, qui est un délit, deviendrait un droit. Nous ne sommes pas dans une société orwellienne. Je ne suis pas partisan de la transparence absolue.

N. O. – Qu’est-ce qui, aujourd’hui, justifie le secret maçonnique, dans une société démocratique où aucun maçon ne risque d’être persécuté en raison de son appartenance ou de ses opinions?

A. Bauer. – Il n’y a pas de secret maçonnique. Le mot ne figure pas dans les constitutions. Ce qui est interdit, c’est de dire que quelqu’un est franc-maçon s’il ne l’a pas souhaité.

N. O. – Justementµ la plupart ne le souhaitent pas. Pourquoi ce culte du mystère?

A. Bauer. – Le Pen à 17%. Lisez le «Journal Officiel de l’Etat» avec la publication des noms des francs-maçons dans les années 1940.

N. O. – Mais la guerre est finie depuis cinquante-sept ans! Le Parti communiste aussi a été interdit en 1940. Ce n’est pas pour autant que les communistes continuent à se cacher.

A. Bauer. – Mais le Parti communiste ne diffuse toujours pas la liste de ses adhérents! Les syndicats non plus. Nous sommes une association loi 1901. Les noms de tous nos dirigeants sont déposés en préfecture. Nous ne faisons ni mieux ni pire que les autres. Ce n’est pas un problème maçonnique, c’est un problème français.

N. O. – Comme justiciable – je fais directement allusion aux accusations précises lancées par le procureur Montgolfier -, ne suis-je pas en droit de savoir, si je suis en procès avec mon voisin, que le magistrat en charge du dossier appartient peut-être à la même loge que lui?

A. Bauer. – Je considère qu’un magistrat franc-maçon qui est saisi d’un dossier dans lequel d’autres francs-maçons sont impliqués devrait avoir le courage soit de se retirer, soit de placer son jugement au-dessus de ses appartenances. Mais cela vaut aussi bien pour un magistrat catholique qui aurait à traiter une affaire de divorce, ou un chasseur qui aurait à juger sur l’application de la loi Verdeille. Toute appartenance d’un magistrat à quelque organisation que ce soit – y compris syndicale ou politique – est de nature à influer sur son jugement. Et au bout du compte, il faudrait se demander si un magistrat a le droit d’appartenir à quelque chose.

N. O. – Pour en finir avec le secret, le climat de mystère qui entoure la franc-maçonnerie n’attire-t-il pas, comme un aimant, un certain type de personnalités: les gens fascinés par l’ombre, l’intrigue?

A. Bauer. – C’est un vrai risque. Notre chance, c’est que le système est très lent, la procédure très longue: trois enquêtes, le grand oral, un quorum de 75% des voix pour être admis, l’initiation, un an de silence, des épreuves, des trucs, des machinsµ La franc-maçonnerie est une école de patience. C’est l’inverse d’une secte: il est difficile d’y entrer, facile d’en sortir.

N. O. – Une autre notion qui suscite beaucoup de soupçons parmi les profanes: celle de solidarité. Beaucoup y voient un habillage noble de la bonne vieille pratique de l’ascenseur.

A. Bauer. – C’est vrai qu’il y a deux manières d’interpréter le devoir de solidarité. Il y a la règle: aider les orphelins, les frères sans emploi, les gens en difficultéµ Pour ceux-là nous avons un système d’entraide interne. Et puis il y des détournements du devoir de solidarité. Des pratiques qui relèvent d’une forme d’endogamie incestueuse que nous appelons chez nous l’affairisme. C’est un processus classique de dévoiement. La solidarité, c’est comme le radium: ça peut sauver ou tuer, tout dépend comment on s’en sert.

N. O. – Qu’un patron maçon, lorsqu’il recrute, prenne plutôt un maçon, cela vous choque, ou cela vous semble dans la nature des choses?

A. Bauer. – C’est un système de proximité comme un autre. De ce point de vue, la franc-maçonnerie fonctionne exactement comme tous les réseaux, qu’ils soient amicaux ou associatifs. Quand vous avez deux candidats qui ont les mêmes diplômes, la même expérience, l’un est maçon, l’autre pas, logiquement si vous êtes maçon, si vous n’avez aucun autre critère de proximité, vous prenez celui-là en considération.

N. O. – Quel est aujourd’hui l’apport intellectuel de la franc-maçonnerie dans la société française?

A. Bauer. – Je pense qu’elle apporte deux choses vraiment utiles. La première, c’est la méthode du travail en loge. C’est un lieu où l’on prend la parole quand on vous la donne, où l’on parle sans être interrompu, où l’on attend son tour pour répondre. Où l’on apprend à écouter.

Le deuxième apport, c’est la rupture avec le conformisme ambiant. Il en est ainsi depuis trois siècles. La maçonnerie a été créée par les amis d’Isaac Newton qui, dans un pays ravagé par les guerres de Religion, ont voulu trouver un espace de dialogue. Et c’est ainsi que les francs-maçons ont décrété l’égalité des nobles, des bourgeois et du clergé dans les loges, qu’ils ont admis les soeurs, les Noirs, les juifs, les musulmans, alors qu’ils n’étaient pas des citoyens, qu’on a instauré le suffrage universel pour l’élection des vénérables en 1773. A l’époque, tout cela était un peu exotique. Et puis cela s’est répandu dans la société. De façon naturelle, par porosité.

En revanche, à partir de 1848, la franc-maçonnerie s’est engagée dans le combat politique et social: abolition de l’esclavage, liberté syndicale, interdiction du travail de nuit des femmes et des enfants, journée de dix heures, liberté d’association, puis séparation de l’Eglise et de l’Etat. Là, la franc-maçonnerie a vraiment fait de la politique. Le GO était le parti de la République.

N. O. – Mais aujourd’hui? N’êtes-vous pas d’une certaine façon victimes de votre succès? Car ces batailles sont derrière nous; aujourd’hui, les idées pour lesquelles vous avez combattu sont officiellement admises par tous. N’y a-t-il pas, du coup, un effritement de votre raison d’être?

A. Bauer. – C’est indiscutable. C’est d’ailleurs ce qui a conduit à la crise de 1995. On avait réussi l’abolition de la peine de mort, la libéralisation des médias, la décentralisation. Nous nous sommes trouvés en panne d’idées – en même temps que nous étions atteints par les affaires. C’était une crise existentielle. Nous nous sommes alors demandé: que pouvons-nous apporter à la société? Et ce que nous avons découvert, c’est que malgré la soi-disant libération de l’information, la chute des tabous, le débat public sur les grands sujets, en France, est moribond. Est-ce qu’il y a eu, en 1994, un grand débat sur la bioéthique? Non. Mais quand nous, nous organisons une conférence avec Axel Kahn ou Albert Jacquard, 500 ou 1000 personnes viennent pour discuter science et conscience. Nous ne sommes pas les plus intelligents, la franc-maçonnerie n’est plus le seul lieu où l’on peut discuter – ce qui était le cas avant, quand la société était un espace d’index et de tabous -, mais c’est un endroit où l’on peut approfondir le débat. Nous ne passons pas notre temps à réagir à tort et à travers sur tout et n’importe quoi. Plutôt qu’un laboratoire d’idées, je dirai: une boîte à outils.

N. O. – Un club philosophique, en somme?

A. Bauer. – Naturellement.

N. O. – Mais alors, pourquoi tout ce rituel, tout cet ésotérisme, tous ces secrets de Polichinelle?

A. Bauer. – Parce que l’initiation est un acte particulier qui nécessite de changer pour devenir soi-même. La mise en scène, elle est dehors, pas dedans. Le rituel permet de sortir de la mise en scène du dehors.

N. O. – Dans les débats récents, en quoi les réflexions des loges ont-elles fait bouger la société?

A. Bauer. – J’ai évoqué les lois sur la bioéthique. Les gens de Matignon et de la commission des Lois ont reconnu que lors de la révision de cette loi ils ont modifié leur point de vue après les auditions des représentants des francs-maçons. Nous avons oeuvré à faire reconnaître la liberté absolue de la recherche scientifique, contre les interdits moraux. Si dans les textes sur l’Europe il n’est plus question d’introduire la notion d’«héritage culturel chrétien», ce n’est pas par hasard. Les francs-maçons font ce qu’ils ont à faire. La maçonnerie a pour vocation de dire sur un certain nombre de sujets: voilà notre position, faites-en ce que vous voulez, mais c’est la nôtre.

N. O. – Peut-on dire que sur tous ces sujets touchant aux moeurs, à l’organisation de la société, il y a une position de la maçonnerie? N’êtes-vous pas vous-mêmes divisés?

A. Bauer. – Chacun a son opinion, mais en tant qu’obédience nous en avons une, pas 45000, celle qui est exprimée soit par l’assemblée générale, soit par le conseil de l’ordre. C’est ainsi que nous avons pris position sur l’immigration, sur l’islam, qui doit être un islam de France et pas un islam en France; que nous nous prononçons en faveur de l’admission de la Turquie, qui pour nous fait partie de l’Europe depuis toujours. Nous avons également pris position contre certains articles des lois sur la sécurité de Daniel Vaillant aussi bien que de Sarkozy – tout en ne signant pas l’appel de la Ligue des Droits de l’Homme. Condamner un texte avant de l’avoir lu, ce n’est pas notre conception du débat. Cela relevait de l’instrumentalisation politique.

N. O. – Un certain nombre de maçons de gauche trouvent d’ailleurs que sous votre influence le Grand Orient cède un peu trop à la vogue sécuritaire.

A. Bauer. – Les orientations que je défendais ont été approuvées par le convent à 92%; si ceux dont vous parlez appartiennent aux 8% restants, ils ne sont pas majoritaires, c’est tout. Je leur rappellerai aussi que le droit à la sûreté fait partie des droits de l’homme.

N. O. – Ne risquez-vous pas de connaître un débat politique musclé entre francs-maçons de gauche, voire d’extrême-gauche, et un courant qui n’est manifestement pas insensible au discours chiraquien?

A. Bauer. – Cela ne créera pas plus de problèmes que ça n’en a créé dans le passé. Il nous est indifférent de savoir qui a le pouvoir parmi les républicains. Au GODF, il y a eu un grand maître proche du RPR, Michel Baroin; un grand maître proche du giscardisme, Jean-Pierre Prouteau; un grand maître proche de Mitterrand, Roger Lerayµ

N. O. – Et vous?

A. Bauer. – Moi, je suis rocardien et fier de l’être. J’assume une forme de légitimité nostalgique qui me permet de dire: Chirac est plutôt philomaçonµ

N. O. – µpas maçon, comme cela a été écrit?

A. Bauer. – Non, c’était une erreur. Philomaçon, avec toutes les contradictions de l’individu. Mais en ce qui nous concerne, sur les valeurs essentielles, Chirac n’a jamais manqué. Il fait une politique qui est la sienne, avec un gouvernement clairement de droite, avec lequel nous sommes en accord sur certains sujets et en désaccord sur d’autres – et nous le disons. Si le Parti socialiste dit des choses justes sur des questions qui nous tiennent à coeur, j’aurai la même attitude à l’égard du premier secrétaire, présent ou à venir.

N. O. – Vous allez confirmer ce que beaucoup de maçons pensent: Bauer est en train de virer chiraquien.

A. Bauer. – Pourquoi? Est-ce que Chirac a fait la préférence nationale? Non. Est-ce qu’il a pactisé avec Le Pen? Non. Je ne suis pas chiraquien, mais le jour où Chirac dit le soleil se lève à l’est, je ne vais pas expliquer qu’il se lève à l’ouest. Ce qui tétanise beaucoup de gens aujourd’hui, c’est que le discours du gouvernement sur des questions comme l’immigration, les jeunes ou la double peine est plus courageux, plus lucide et plus proche du nôtre que celui du précédent. Alors, qu’est-ce qui pose problème? Le discours de ce gouvernement, ou l’absence de discours du précédent? Ceux qui font des procès d’intention devraient de temps en temps revenir en loge pour réapprendre l’art d’écouter les autres avant de se faire une opinion.

N. O. – Un responsable maçon nous a dit: «Attac, c’est la franc-maçonnerie plus internet.» Vous confirmez?

A. Bauer. – Attac n’est pas la franc-maçonnerie et la franc-maçonnerie n’est pas Attac. C’est vrai, il y a beaucoup de frères dans Attac. Bernard Cassen est régulièrement invité par les loges du Grand Orient, il y est bienvenu. Il y a beaucoup de sujets sur lesquels nos vues sont proches, d’autres non. De même qu’il y a des frères très proches de José Bové; ce n’est pas pour autant qu’on ira démonter un McDonald’s. Si nous avons à manifester, nous le faisons; si nous avons à prendre des positions, nous les prenons. Mais notre rôle n’est pas de nous substituer aux mouvements sociaux et politiques. Propos recueillis par CLAUDE WEILL

Alain Bauer

Claude Weill

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L’Express du 24/01/2005Yves-Max Viton

L’âge de raison

propos recueillis par Jessie Convers

Initié à la maçonnerie en 1970, à l’âge de 24 ans, à Rouen, Yves-Max Viton a d’abord exercé les fonctions de vénérable maître à Angers, avant de devenir conseiller fédéral de la région Nord-Picardie, grand trésorier puis grand maître de la Grande Loge de France pendant un an. Toujours membre de la loge Lamarck, à Amiens, ce courtier en assurances «souffle un peu» pour se consacrer davantage à son travail. Regard averti d’un maçon sur sa ville– PUBLICITE —

A la sortie de la guerre, quel est le visage de la franc-maçonnerie à Amiens?

En 1945, la France ne dénombre plus que 6 000 maçons, dont une dizaine à Amiens. Beaucoup ont péri ou ont été victimes de persécutions. Ici même, il faudra attendre quelques années avant que la maçonnerie retrouve un nouvel essor. Seul le Grand Orient y est représenté, et ce sera vrai jusqu’en 1971. Au fil des ans, de nouveaux maçons, en majorité parisiens, se sont installés à Amiens. Ensemble, cette année-là, ils créent la loge Lamarck, qui appartient à la Grande Loge de France.

Combien de francs-maçons compte Amiens aujourd’hui?

La ville et son agglomération comptent à peu près 400 membres, et les effectifs augmentent chaque année de 5 à 10%. La proportion de francs-maçons est donc désormais à peu près conforme à la moyenne nationale, alors que, longtemps, cette zone a représenté pour nous une terre de mission. En raison de son centre universitaire et industriel important, de nombreuses personnes, souvent cadres, restaient simplement deux ou trois ans sur place, avant de se diriger vers d’autres régions. Ainsi, souvent initiées à la franc-maçonnerie à Amiens, elles participaient ensuite aux travaux d’autres loges.

Les maçons ici semblent plutôt appartenir à une élite intellectuelle…

En dehors de quelques artisans, nous comptons en majorité des professions libérales, comme des médecins ou des avocats, mais aussi des ingénieurs et des enseignants. Ces personnes recherchent une meilleure compréhension du monde qui les entoure ou une autre approche de la spiritualité. Elles sont aussi suffisamment sûres d’elles-mêmes pour franchir le pas de la maçonnerie, à Amiens comme ailleurs, je pense.

Difficile dans ce cas, pour les jeunes, de se faire une place en maçonnerie…

A Amiens, la majorité a plus de 40 ans. Ce sont des personnes souvent installées et indépendantes financièrement. Elles ne sont pas là pour se constituer un carnet d’adresses utile à leurs affaires. Toutefois, même si nous ne nous faisons pas suffisamment connaître pour captiver les jeunes, leur nombre augmente chez nous sensiblement.

Comment expliquez-vous leur engouement?

Cela vient du fait que les médias parlent davantage de nous, et surtout que nous sommes joignables par Internet. Du coup, plus de la moitié des jeunes qui deviennent maçons en font la demande directe. Alors qu’il y a quatre ans la cooptation était encore le moyen le plus répandu. Je pense aussi qu’avec l’actualité récente beaucoup de personnes recherchent un havre de paix, un endroit neutre pour s’épanouir spirituellement. Certains jeunes, déçus par les religions, sont en quête de structures et de repères. Matures plus tôt, ils se posent par conséquent de vraies questions sur la vie. Chez nous, nous privilégions l’écoute et accueillons aussi bien des juifs que des musulmans ou des catholiques. La franc-maçonnerie s’ouvre plus facilement, peut-être, que les religions…

Pourquoi les francs-maçons tiennent-ils autant au culte du secret?

L’heure n’est-elle pas venue de vous montrer un peu plus transparents? Cela vient du fait que la réflexion spirituelle, chez les maçons, est individuelle et personnelle. Cela ne donne pas forcément envie d’en parler à tout le monde. La démarche est difficile à expliquer à son entourage. A Amiens comme ailleurs, les membres sont très discrets sur leur appartenance. Et c’est normal! Amiens est une ville à la campagne… Le Picard, de par son histoire, est un homme méfiant. Chacun reste donc libre de choisir l’anonymat, comme dans toute association, et nous respectons ce choix. Cela dit, nous communiquons facilement sur nos activités au sein de notre obédience. Moi-même, lorsque j’étais grand maître de la Grande Loge de France, j’ai participé à de nombreuses conférences publiques.

Une communication d’autant plus nécessaire que de nombreuses affaires ont porté préjudice à votre réputation…

La Grande Loge ne connaît pas de problèmes d’affaires en général, et encore moins à Amiens! Mais je sais que d’autres obédiences à connotation affairiste en souffrent, comme la Grande Loge nationale française. Heureusement, il semblerait qu’elle effectue un nettoyage profond de son organisation. Le problème, bien souvent, vient du fait que les affaires remontent à plus de dix ans! Elles sont exposées sur le devant de la scène régulièrement, au moment où nous souhaitons y mettre fin.

Vous ne semblez pas porter la GLNF dans votre cœur… Les relations entre les différentes obédiences sont-elles aussi détestables à Amiens?

Pas du tout. Elles sont au contraire plutôt bonnes. En 2003, nous avons fêté le 275e anniversaire de la franc-maçonnerie en France. Toutes les obédiences se sont réunies à cette occasion. Même si nous avons des orientations différentes, nous gardons un fondement commun. En général, cette règle se vérifie partout en province, où il existe un système d’entraide assez développé… alors qu’à Paris, chaque obédience défend davantage sa «maison». Pour ma part, je pense que la Grande Loge de France reste un exemple d’ouverture. Nous travaillons avec les autres obédiences pour diverses manifestations. Longtemps, la GLNF ne nous a pas ouvert ses portes, car elle ne reconnaissait pas les maçons français du Grand Orient et de notre obédience. Puis nos relations se sont améliorées: j’ai signé le premier accord Grande Loge nationale française-Grande Loge de France en mai 2004, protocole ratifié par les délégués des loges assemblés en convent en juin dernier.

Comment envisagez-vous l’avenir de la maçonnerie à Amiens?

Je pense que l’ordre maçonnique se porte bien en France. En particulier grâce aux multiples débats qui ont lieu de plus en plus dans des villes de province «à l’écoute de la différence». L’arrivée de nombreux jeunes laisse même espérer la création de nouvelles loges… Mais soyons lucides: il faudra encore certainement beaucoup de temps à l’opinion publique pour aborder la franc-maçonnerie et les maçons sans a priori, comme dans les pays anglo-saxons. Le temps de mettre fin aux différentes affaires qui parasitent notre travail et notre image.

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Nouvel Observateur Hebdo  N° 1988 – 12/12/2002

Ils veulent tourner la page des affaires

Le pouvoir des Francs-Maçons

En trente ans, leur nombre a doublé. Et depuis 2000, les effectifs augmentent en flèche. Malgré la vague des scandales qui a éclaboussé les loges dans les années 1990, la franc-maçonnerie, en apparence, ne s’est jamais si bien portée. Mais moralement, les maçons ont-ils surmonté la crise? Peuvent-ils transcender leurs divisions et leurs querelles? Quelle est aujourd’hui leur influence dans la vie intellectuelle et politique? Et que viennent donc chercher ces néophytes qui se pressent aux portes des temples? Notre enquête dans les grandes villes de province. Et les réponses du grand maître Alain Bauer

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Le nouveau défi des francs-maçons Ce fut d’abord une opération tabliers propres. Pour la première fois dans leur histoire si discrète, au milieu des années 1990, les patrons de la maçonnerie française reconnaissaient publiquement, sans détours ni chichis, l’emprise de l’affairisme dans leurs loges. Et puis ils sont passés aux actes. Voici deux ans que les deux plus grands manitous, Alain Bauer, du Grand Orient de France (GODF), et Michel Barat, de la Grande Loge de France (GLF ou GL), font le ménage dans leurs rangs – «au Kärcher», aiment-ils préciser. Suspensions, exclusions et radiations pleuvent désormais contre les moutons noirs coupables d’éclabousser l’honneur des frères. Des noms sont lâchés. Pas tousµ

Cette semi-glasnost se double d’une prudente perestroïka. Sous l’impulsion des deux grands maîtres, neuf obédiences représentant plus des trois quarts de la population maçonnique ont fondé un «espace commun de parole et d’action» baptisé tout simplement la Maçonnerie française. Loin des scandales et des aventures politiques, il s’agit de réaffirmer, d’une seule voix, les principes civiques de toujours: tolérance, égalité, citoyenneté. De rassembler un peu «ce qui est épars»: avec dix obédiences recensées – sans compter une foultitude d’ordres et de loges d’appellations incontrôlées -, la franc-maçonnerie française bat des records de dispersion. La rénovation ne s’arrête pas aux frontières de la France. Main dans la main, les deux dignitaires ont tenu en mars à Bruxelles une Réunion maçonnique universelle à laquelle 40délégations issues de 29pays étaient présentes. Grand-messe fédératrice, à laquelle s’ajoute la spectaculaire main tendue aux maçons améri-cains: Alain Bauer s’est récemment rendu dans une loge californienne où il a plaidé – grande première historique! – pour un rapprochement entre «sa» maçonnerie, dite «adogmatique» (entendez qui reconnaît la liberté de conscience), et la maçonnerie «régulière» de culture anglo-saxonne qui exige la croyance en Dieu et le serment sur un livre saintµ Jules Ferry n’en croirait pas ses yeux: il y a 125ans, en 1877, le Grand Orient (GO) supprimait de ses statuts l’obligation de travailler «à la gloire du Gadlu» (le Grand Architecte de l’Univers). Et se faisait illico exclure du «corps maçonnique universel», amorçant alors une mutation qui allait engager les frères français, et dans la foulée la maçonnerie dite «latine», dans une politisation de plus en plus radicale. Pourquoi Bauer, héritier de générations de maçons bouffeurs de curé, va-t-il donc plancher sur le Gadlu devant des Anglo-Saxons. Pourquoi les grands maîtres se lancent-ils dans une entreprise de séduction tous azimuts dont le but ultime semble être de réintégrer la France dans le concert des nations maçonniques? Pourquoi ces appels du pied, alors que la maçonnerie européenne, largement influencée par le modèle laïque français, est en plein essor et que son homologue américaine connaît au contraire un certain déclin? La réponse tient en un sigle: GLNF (Grande Loge nationale française), la plus «ennemie» des obédiences soeurs. Et deux chiffres: si les effectifs du GO et de la GL ont doublé depuis quarante ans, ceux de la GLNF, eux, ont plus que décuplé! En 1965, les adhérents étaient 20000 au GO, 10000 à la GL et seulement 2000 à la GLNF. En 2001, ils sont passés respectivement à 45000, 26000µ et 30000! Il y a péril en la demeure. La GLNF est en France l’unique obédience «régulière», c’est-à-dire homologuée par la Grande Loge unie d’Angleterre – qui s’arroge le droit d’adouber une organisation et une seule dans chaque pays. A ce titre, la GLNF – comme 80% de la maçonnerie mondiale – est branchée sur les puissantes loges anglo-saxonnes et les grands réseaux de business et de finances internationales. Défense de communiquer avec les ateliers non réguliers. Défense de s’occuper de politique, ou de religion. A l’instar des loges anglaises, très aristocratiques et corporatistes, la GLNF recrute volontiers dans les milieux d’affaires, et ne répugne pas à jouer les «clubs de nantis» – à rebours de la fibre sociale majoritaire chez les frères hexagonaux. De là à se laisser tenter par les sirènes du copinage et de l’affairisme il n’y a qu’un pas, que les frères de la GLNF ont hélas trop souvent franchi – même s’ils ne furent pas les seuls. Nombreux sont les frères ripoux dont les turpitudes s’étalent à la une des journaux méridionaux. Nos blancs chevaliers de la Maçonnerie française ont beau jeu de dévier vers ces «Anglais» si peu gentlemen l’opprobre qu’attirent magouilles et compromissions. S’ils reconnaissent leurs propres errements, c’est encore pour les mettre sur le compte de la concurrence que le prosélytisme expansionniste des «Anglais» impose aux autres obédiences. Michel Barat avoue sans peine: «Nous voulions faire du nombre, nous avons trop ouvert nos portes…»

Sur le terrain, la course au recrutement continue. A Toulouse, grande terre maçonne dès l’origine, le nombre des initiés a doublé en dix ans. Ils seraient 2000 au total, 3000 aux dires des frères. Jean-Paul Bouche, jeune avocat en costume sombre, dirige depuis juin dernier le GO de la région Midi-Pyrénées. Il voit grand pour ses 1600 frères toulousains et ses 19loges. Il vient d’acheter un nouveau local et multiplie les manifestations destinées à séduire de nouveaux frères: des états généraux de la République ont été tenus le 26octobre, et deux colloques sont prévus en 2003 sur «l’esthétique de la franc-maçonnerie» et sur la laïcité. Mais il l’assure, lui qui appartient à la mythique loge Toulouse créée en 1944 par des républicains espagnols en exil: «Nous ne deviendrons jamais un supermarché de la franc-maçonnerie.» La pique vise bien sûr la GLNF, principale concurrente du GO à Toulouse. «En cinq ans, nous avons progressé de 50%, se réjouit son responsable pour l’Occitanie, Gérard Ramond, patron d’une firme de cosmétiques. Nous sommes aujourd’hui 600frères à Toulouse et initions environ 150 à 200personnes par an.» Il ne mégote pas sur les moyens: en 1999, la GLNF a organisé un grand spectacle, «Trois Points en Occitanie», au Théâtre Odyssud de Blagnac. 50 danseurs, 80 choristes, l’orchestre de Bordeaux au grand complet, et 3000 spectateurs pour «le premier spectacle de ce genre depuis trois siècles», se rengorge Gérard Ramond. Peu importe que l’opération se soit soldée par un trou de 60000 euros et quelques ennuis pour le financier, un assureur de la régionµ Du copinage parmi les troupes? «On s’entraide, reconnaît-il, comme les anciens énarques ou les polytechniciens.» Mais il confie aussi: «Certains chez nous sont allés trop loin. Un frère est en prison. Je l’avais prévenu. Je l’ai viré après sa condamnation, mais nous aidons toujours sa femme et payons les études de ses enfants. Ces dernières années, j’ai écarté une quarantaine de frangins.» Gérard Ramond est un homme de droite et ne s’en cache pas. Dans l’équipe du nouveau maire de Toulouse, il compte quelques bons amis. «Douste-Blazy a gardé l’équipe Baudis où il y avait plusieurs frères, surtout de la GLNF. Grâce à un frangin UDF, j’ai rencontré plusieurs fois Douste en tête à tête avant les municipales.» Pourquoi? «Il cherchait des soutiens, pardi!»

Des soutiens à l’ombre des colonnes, les politiques n’en ont jamais manqué dans un pays où la maçonnerie a tenu lieu, un siècle durant, d’«Eglise de la République». A Marseille, place forte maçonnique, «le conseil général était très maçon il y a quinze ans», affirme Michel Pezet. Aujourd’hui, on y compte encore des frères, surtout affiliés à la GL, obédience réputée plus axée sur la réflexion spirituelle que sociale, et moins à gauche que le GO. «C’est une idée fausse, dit le grand maître Michel Barat. A la GL de Marseille comme ailleurs, toutes les familles politiques sont représentées, excepté le Front national.» De fait, les adjoints «initiés» de Gaston Defferre, bien qu’à gauche, étaient plutôt à la GL. A l’époque déjà, ce n’était pas le clivage droite-gauche qui jouait, mais davantage les convictions religieuses: en gros, les athées allaient au GO, les autres à la GL. Aujour-d’hui, parmi les proches de Jean-Claude Gaudin, on trouve toutes les couleurs maçonniques. Jean Roatta, député UMP, appartient lui depuis vingt ans à la GLNF, troisième en nombre d’adhérents sur la région. Il s’en explique pour la première fois. Sans trop de risque, les frères de Marseille n’ayant jamais été véritablement éclaboussés par les affaires. «Il faut éliminer les gens malhonnêtes, dit Jean Roatta. Et apprendre à communiquer. Notre clandestinité suscite trop de fan-tasmes.» Pourquoi est-il devenu maçon? «Pour préserver, répond-il, des valeurs oubliées dans un monde qui détruit trop souvent l’humain.» Et aussi, précise-t-il, parce que «la maçonnerie décrispe la politique». En clair, elle met de l’huile dans les rouages. Il y a, à Marseille, une fraternelle des élus qui rassemble des politiques de différentes obédiences et différents partis. On y cultive des solidarités «transpartis» qui peuvent parfois débloquer des situations. Exemple: il y a trois ans, une grève des transports paralyse la ville. Sur le conseil d’un frère, Jean-Claude Gaudin cherche un médiateur marqué à gauche, mais non sectaire, qui soit en bons termes avec les syndicats où gravitent pas mal de maçons. Ce sera le frère socialiste Francis Allouch, chirurgien dentiste, aujourd’hui élu au conseil régional Paca, qui négocie tout un week-end et met fin à la grèveµ

Mettre de l’huile: c’est toute l’histoire de Jean-Pierre Soisson. «Au fond, c’est un radical, son engagement maçon est une manière de cultiver des amitiés des deux côtés», dit un universitaire dijonnais. Naviguant entre la droite et la gauche, changeant d’alliés au gré des circonstances, l’ancien président du Carrefour de l’Amitié, un des plus influents cercles maçonniques, finira pourtant par payer ses acrobaties. Pour s’être fait élire à la présidence de la région Bourgogne en 1998 avec les voix du Front national (ce n’était pas la première fois), il est exclu du Grand Orient. A force de slalomer, il avait fini par franchir la ligne jaune.

Ce sont de tels précédents qui ont convaincu de plus en plus de maçons d’opter pour une politique de transparence. Hier rarissimes, les «coming out» de politiques francs-maçons sont aujourd’hui plus fréquents. Gérard Collomb, le nouveau maire socialiste de Lyon, avait révélé son appartenance au Grand Orient avant les municipales de 1995, pour couper court aux rumeurs. Il l’a confirmé en 2001. Mieux: ses principaux adjoints ont fait la même démarche, mais collectivement cette fois. L’événement – inédit – n’a pas fait scandale. A Lyon, il y a belle lurette que les maçons ont pignon sur rue. Ce n’est pas le cas partout. A Nantes, par exemple, où comme dans beaucoup de villes de l’Ouest les francs-maçons sont peu nombreux et se cachent. «Ici, se déclarer franc-maçon équivaut à risquer de perdre son boulot ou sa clientèle», dit un conseiller régional, qui fera peut-être sa sortie du placardµ le jour où ses enfants auront trouvé un emploi sûr.

D’autres ont apparemment des raisons un peu différentes de se dissimuler: pendant le ménage, les affaires continuent. Témoin le scandale qui secoue aujourd’hui Lille: Bernard Soinne, le plus important liquidateur judiciaire de la ville, a été mis en examen le mois dernier dans le cadre d’une enquête sur la rénovation d’un immeuble lillois. La justice reproche à ce franc-maçon richissime, par ailleurs professeur de droit à l’université de Lille-II, une «complicité d’escroquerie en bande organisée». Deux promoteurs et un entrepreneur ont été écroués, un clerc de notaire et un cadre de la Banque populaire du Nord mis en examen. Les infractions financières se monteraient à plusieurs millions d’euros. Tout Lille sait que plusieurs des protagonistes sont des fils de la veuve.

D’autres scandales similaires ont agité Lille récemment. Roger Dupré, plus connu sous le nom de Roger-la-Banane en raison de son look à la Eddy Mitchell, escroc multirécidiviste, a longtemps participé à des fraternelles immobilièresµ sans être franc-maçon: chacun croyait qu’il était d’une autre obédience! «Même nous, vénérables locaux, nous nous sommes laissés prendre», reconnaît l’un d’entre eux. Parmi ses compères en magouilles, des magistrats, des grands flics, un inspecteur des Impôts, un élu municipalµ qui se jouent du filet judiciaire. Après plusieurs années d’instruction, quelques mutations de fonctionnaires trop zélés, et des menaces de licenciement à l’encontre de journalistes trop curieux, le scandale est enterréµ Mais les dirigeants nordistes de la GL et du GO se sont employés à mettre un terme à la gangrène des fraternelles – ces groupes interobédientiels réunis par un intérêt, et quelquefois des intérêts communs – en attaquant le problème par la bande: en faisant pression sur les frères honnêtes pour qu’ils s’en retirent, et en s’opposant à la diffusion d’annuaires des adhérents. Avec un certain succès: «Désormais, les fraternelles vivotent, estime Daniel Morfouace, responsable pour le GO du Nord-Pas-de-Calais. Beaucoup d’entre elles ne réunissent que les fumeurs de cigareµ» On ne peut plus s’autoproclamer maçon: ultrasecrets, les fichiers du GO comme ceux de la GL ou de la GLNF sont désormais parfaitement tenus. Plus moyen de passer discrètement d’une obédience à une autre. A Lille, les brebis galeuses sont désormais repérées. Et mises à l’écart.

Pour Roger Dachez, historien de la franc-maçonnerie française, les clivages politiques hérités du XIXe siècle sont en train de s’estomper, ainsi que les spécificités régionales qui marquaient la vie des loges il y a encore trente ou quarante ans. «La maçonnerie française, qui a dû lutter contre l’autoritarisme politique et religieux, penchait traditionnellement plutôt à gauche. Aujourd’hui, c’est nettement moins clair. Même dans ses anciens fiefs méridionaux.»

C’est le cas à Montpellier où le boom des effectifs est en passe de bouleverser l’équilibre des appartenances. En trois décennies, 31loges comptant 1500 initiés ont fleuri dans une ville où on ne dénombrait que 6loges et à peine 300frères. Ils étaient enseignants ou fonctionnaires, souvent socialistes ou radicaux, membres de la Ligue des Droits de l’Homme. Aujourd’hui, les laïques du GO (7loges) sont talonnés par les spiritualistes de la GL (6loges) et les businessmen de la GNLF (6loges). La vieille identité de gauche de la maçonnerie s’évanouit, même si les tabliers prospèrent dans les coulisses du pouvoir local. Trois des quatre nouveaux députés UMP du Montpelliérain sont à la GL. Ni le maire PS, Georges Frêche, ni le président UMP du conseil général Jacques Blanc n’en sont. Mais tout le monde est aux petits soins avec les frères. Toutes les collectivités locales se sont empressées de contribuer au financement d’un temple maçonnique, concédé aux loges pour un loyer dérisoire.

Il est vrai qu’à Montpellier on trouve des frères partout: au Medef comme à Force ouvrière ou, c’est nouveau, à la CFDT; à l’UDF, à l’UMP, au PS, chez les radicaux, et même chez les Verts ou au CNPT (Chasse, Nature, Pêche et Traditions); dans les états-majors de l’université, de l’ANPE, du CHU, de l’Urssaf, de la caisse régionale d’assurance maladie, des HLM, du tribunal de commerce, du tribunal administratif, de la chambre régionale des comptes. Sans compter les inévitables fraternelles: celle de la sécurité pour les gradés de la police et de la gendarmerie, celle de l’enseignement, de la SNCF, du tourisme et mêmeµ du judo. Il existe une superfraternelle, le Club50. Le dessus du panier du GO y fraie avec des membres de la GL, sans oublier les «Anglais» de la GLNF. Créée en 1986, cette fraternelle des puissants ne reçoit que des maçons ayant atteint le grade de maître. S’y côtoient le président du club de foot, le PDG d’Air Littoral, le patron d’un groupe de cliniques privées, un professeur de droit ex-grand maître de la GL, le patron du Crédit immobilier, un sénateur-maireµ Le GO a fermement invité ses membres à fuir le Club50 de Montpellier – comme ceux de Toulon, Nice et Marseille. Sans grand succès, apparemment.

C’est à Nice que le fumet des arrangements est le plus capiteux. La Côte, c’est la patrie du clientélisme. Et son héraut s’appelle Marcel-la-Salade, de son vrai nom Giordanengo, ci-devant frère de la GLNF, pittoresque maraîcher grand «arrangeur de coups» devant l’éternel, qui avait dans sa manche beaucoup de gens dans la magistrature, les services préfectoraux, la police, la gendarmerie et l’administration pénitentiaire, sans compter les milieux politiques. A Nice, un petit flic de la Police de l’Air et des Frontières n’hésitait pas à consulter le Stic (système de traitement des infractions constatées) pour assouvir sa mégalomanie et renseigner ses frères de la GLNF. Le clientélisme remonte aux Médecin, qui n’étaient pas initiés, mais qui se reposaient sur un pilier de la mairie, René Petruschi, proche du GO d’abord, puis transféré à la GLNF, lieu d’influence finalement plus intéressant. La chute de la maison Médecin coïncide avec la décision de la GLNF, à la fin des années 1980, de faire de la Côte une terre de mission. Dans ses loges, on débat du divin, de la grâce, de la prédestination. Pures spéculations? Pour certains, l’ésotérisme est le cache-sexe de pratiques inavouables. Dans les années 1980, la GLNF veut affirmer sa puissance sociale. Et renflouer ses finances à coups de cotisations. Elle recrute donc, sans trop de discernement. Dans le Midi, les loges initient des apprentis par fournée de dix, démarchent, sollicitent, débauchent dans les organisations rivales. Un maçon resté fidèle à sa loge: «C’était effarant, ces progressions spectaculaires, ces politiciens devenus importants dans les loges de la GLNF, ce jeu de pouvoir et de réseaux qui se mettait en place.» Tout un engrenage qui aboutira à des affaires humiliantes pour l’obédience anglaise: un haut dignitaire pris en flagrant délit d’escroquerie, dont on apprend qu’il avait été chassé du GO pour malhonnêteté manifeste. Le doyen des juges d’instruction, Jean-Paul Renard, accusé d’ensabler toute une liste de dossiers sur des affaires où trempent des frères de la GLNFµ Et ce n’est pas fini. Fin novembre, le tribunal correctionnel de Nice se saisissait de l’affaire Vito, du nom d’un homme d’affaires retrouvé mort en 1996 dans un laboratoire d’analyses dont il était le financier masqué. Son associé, le docteur Cosme, est soupçonné de l’avoir tué d’une piqûre de calmant. Histoire sordide d’héritiers spoliés, de comptes trafiquésµ Un seul point commun à tous les intervenants, victime, accusé, banquier, avocat et juge d’instruction: les réseaux de la GLNF.

Francs-macs de Nice: réseaux, mafias, flics ripoux, juges complaisants, affairistes et politiciens en ronde complice? Comme toutes les généralisations, celle-ci est tragiquement injuste. Il y a à Nice des frères ni juges ni voyous, fiers de descendre de Masséna, de Garibaldi, des maçons italiens réfugiés au temps du fascisme. Sur la Côte comme ailleurs, depuis quelques années, rajeunissement et féminisation des troupes aidant, les nouveaux maçons se préoccupent plus de questions spirituelles que d’enjeux citoyens ou de menées carriéristes. Ludovic Marcos, conservateur du Musée du GO à Paris, a étudié leur évolution: «A la veille de la guerre de 14-18, 65% des maçons étaient membres d’un parti politique, explique-t-il. A peine 15% aujourd’hui. On n’est plus dans l’élite républicaine, les nouveaux membres sont plus éloignés du pouvoir, mais ils rayonnent plus dans leurs activités profanes.» La montée en puissance de la maçonnerie féminine (10% des effectifs en 1970, 25% en 2001) sonne comme un espoir: jusqu’ici épargnées par les affaires, peut-être parce qu’elles ont moins accès aux vrais lieux de pouvoir, les soeurs apportent, de l’avis de nombreux frères, une bouffée d’oxygène dans un monde qui a trop longtemps pratiqué le recrutement en vase clos et l’endogamie notabiliaire. Très actives dans la cité, mais aussi assidues en loge, et passionnées par la quête initiatique, elles ont le profil que recherchent aujourd’hui toutes les obédiences, dans leur effort de revitalisation des temples. La soeur serait-elle l’avenir du frère? Ursula Gauthier

Avec Claude Askolovitch (à Nice), Marie-France Etchegoin (à Marseille), Jean-Gabriel Fredet (en Bourgogne), Vincent Jauvert (à Toulouse), Gilles Luneau (à Nantes), Jacques Molénat (à Montpellier), Airy Routier (à Lille), Laïd Sammari (en Lorraine) et Robert Schneider (à Lyon).Un paysage éclaté• Grand Orient de France (GO): 1050 loges, 45000 membres.

• Grande Loge nationale française (GLNF): 1400 loges, 30000 membres.

• Grande Loge de France (GL): 700 loges, 26000 membres.

• Fédération française du Droit humain (DH): 500 loges, 14000 membres.

• Grande Loge féminine de France (GLFF): 340 loges, 11000 membres.

• Grande Loge traditionnelle et symbolique – Opéra (GLTSO): 170 loges, 3600 membres.

• Grande Loge mixte de France (GLMF): 80 loges, 1800 membres.

• Grande Loge mixte universelle (GLMU): 50 loges, 800 membres.

• Grande Loge féminine de Memphis-Misraïm (GLFMM): 35 loges, 850 membres.

• Loge nationale française (LNF): 25 loges, 250 membres.

Ursula Gauthier

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Nouvel Observateur Hebdo  N° 2086 – 28/10/2004

Nice – Enquête sur une machination

Les francs-maçons et la justice

Un procureur iconoclaste, un juge d’instruction éclaboussé, des réseaux occultes qui s’agitent, une chancellerie aux abonnés absents… Depuis cinq ans, un drôle de feuilleton secoue le tribunal de Nice. Il pose, une nouvelle fois, la question de l’influence de la franc-maçonnerie sur le bon fonctionnement de la justice. Retour sur un invraisemblable bras de fer

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Les francs-maçons et la justiceLes magistrats n’en sont pas moins des hommes. Ils peuvent être orgueilleux, faibles, corrompus, fous… Ce jeudi 14 octobre, le juge Renard, lui, est KO debout. Devant ses pairs du Conseil supérieur de la Magistrature, réunis en formation disciplinaire, il craque: «J’ai perdu 11 kilos et ma capacité sexuelle. Et qu’est-ce que j’ai gagné? Une psychothérapie, le droit de prendre du Prozac le matin et du Lexomil le soir!» Les magistrats du CSM le regardent, médusés. Où est le Renard élégant, conquérant et sûr de lui? Le Renard qui fut pendant seize ans l’un des «meilleurs magistrats de la Côte d’Azur»? Le Renard puissant. Le Renard malin. «Le Rusé», comme on l’avait surnommé. Le magistrat franc-maçon, jusque-là intouchable, est en train de sombrer. Face à l’enquête fouillée et accablante du rapporteur Vincent Lamanda (voir encadrés), il en est réduit à faire lui-même de tristes jeux de mots: «Quand on veut se débarrasser de son renard, on l’accuse d’avoir la rage»…

Alors qu’à Paris Renard perd pied, son principal adversaire reste introuvable. Tous les journalistes cherchent à joindre Eric de Montgolfier. On voudrait une réaction, une de ces phrases bien senties dont il a le secret. Le procureur de Nice, qui avait le premier dénoncé l’influence des loges sur la justice locale, est en vacances à Rome. Il savoure sa victoire dans la Ville éternelle. Quel incroyable retournement! Il y a près d’un an, c’était lui le vaincu. Ses ennemis et la chancellerie avaient bien failli avoir sa peau en rejetant sur lui la responsabilité des fautes qu’il dénonçait! Illustration presque trop parfaite du vieil adage: «Le premier qui dit la vérité…» Le procureur iconoclaste a failli tomber dans un traquenard qui aurait pu lui coûter son poste à Nice et sa réputation. L’une de ces machines infernales politico-médiatiques, sur fond de connivences maçonniques, d’arrière-pensées politiques et de lâcheté institutionnelle dont il est souvent difficile de se relever.

Devant le CSM, il y a quinze jours, le représentant du ministère de la Justice a stigmatisé la «perte complète des repères déontologiques» de Jean-Paul Renard et «ses manquements graves et répétés» aux devoirs d’un magistrat. Il n’a pas prononcé une seule fois le mot «franc-maçon». Pourtant, l’ombre des frères planait sur tous les dossiers examinés: magistrats maçons, élus maçons, policiers maçons, chefs d’entreprise maçons, délinquants maçons (voir encadrés)… In fine, le représentant du garde des Sceaux a demandé la sanction maximum: la révocation. Il a aussi affirmé que la chancellerie avait tout fait pour diligenter l’enquête du CSM. Comme nous allons le voir, c’est en fait l’inverse qui s’est passé. Pour le comprendre, il faut revenir sur l’invraisemblable bras de fer qui oppose le procureur de Nice et Jean-Paul Renard depuis près de cinq ans. Un duel qui illustre toute la complexité du combat contre les fameux «réseaux francs-maçons» dans la justice, dénoncés par Eric de Montgolfier, quelque temps après son installation sur la Côte.

Acte I – Un magistrat très influent

L’affaire commence dans les colonnes du «Nouvel Observateur» il y a cinq ans. Dans une interview accordée à notre journal, Eric de Montgolfier dégaine: «Tous ceux qui m’ont accueilli ici m’ont spontanément parlé des réseaux francs-maçons. On m’a dit: vous ne comprendrez rien à cette juridiction ni à cette région si vous ne prenez pas en compte cette réalité. (…) J’ai déjà rencontré ces réseaux ailleurs, mais ici, ils semblent vraiment influer sur le fonctionnement de la justice.» Les déclarations du nouveau procureur suscitent aussitôt un tollé. Montgolfier n’en a cure. Dans l’interview, il s’est payé le luxe d’ajuster précisément une cible: «Il n’est pas sain qu’un magistrat fasse partie d’un réseau qui a pour principe le secret.»

Ce magistrat, encore anonyme, c’est le juge Renard. Agé de 54 ans, ce fils de gendarme, fin et courtois, présente un drôle de profil en clair-obscur. «C’est l’homme le plus intelligent que je connaisse», observe un avocat niçois qui l’a beaucoup fréquenté par le passé. Son premier dossier de notation, alors qu’il est substitut à Annecy, fait état du «sérieux de son caractère, de ses connaissances juridiques approfondies, son aisance et son assurance dans l’exercice de son métier». Rapidement, il obtient sa mutation dans son berceau natal, les Alpes-Maritimes. Un département qu’il ne va plus quitter. Renard y exerce ses talents depuis vingt-deux ans, dont dix-sept passés comme juge d’instruction. Il a toujours été excellemment noté. Ce qui ne laisse pas de surprendre quand on voit ce qui lui est reproché aujourd’hui noir sur blanc (voir encadrés). Magistrat méritant à la ville, le juge Renard passe également pour un homme modeste, au train de vie ascétique. «Mes seules distractions sont la marche en montagne et la pêche», dit-il, précisant volontiers n’avoir jamais acheté une voiture neuve de sa vie, vivre dans la même maison depuis vingt ans et même… se passer de lave-vaisselle! «Plus simple que mon mode de vie, ce n’est pas possible», s’est-il exclamé au cours de l’enquête disciplinaire qui le mène aujourd’hui devant le CSM.

Quand Eric de Montgolfier arrive à Nice, Jean-Paul Renard officie comme doyen des juges d’instruction de la ville. Un poste influent. C’est lui qui attribue les dossiers en cours à tel ou tel magistrat. Incontournable, Renard l’est aussi en maçonnerie. Initié dès le mois de décembre 1991 à la Grande Loge nationale de France (GLNF), il est le vénérable des Fils de la Vallée, une loge fondée en compagnie de Michel Mouillot, l’ancien maire de Cannes, peu de temps avant que celui-ci soit mis plusieurs fois en examen et même incarcéré un temps pour «corruption». Eric de Montgolfier est rapidement informé de ces liens, qu’il juge pour le moins incongrus, par tous les magistrats et les avocats qui souhaitent le voir «nettoyer» la juridiction. Ces derniers lui portent une liste d’affaires enterrées ou de non-lieux étranges. Or nombre de ces «curiosités» pénales ont été traitées par le juge Renard…

Acte II – Montgolfier passe à l’attaque

Renard s’est-il senti menacé par l’arrivée de l’«incorruptible» Montgolfier? L’enquête disciplinaire penche pour cette thèse. Car alors que la nomination du médiatique procureur n’est encore qu’une rumeur, Jean-Paul Renard commence à intriguer pour être muté. Il demande à un avocat niçois, Franck de Vita, apparenté au ministre de la Fonction publique Emile Zuccarelli, d’intervenir en sa faveur pour lui obtenir au plus vite un poste à la cour d’appel à Monaco ou au tribunal de Draguignan. Hélas pour lui, la démarche, formellement prohibée par le statut de la magistrature, n’aboutira pas.

Coincé à Nice, le juge change de pied. Pourquoi ne pas essayer de s’entendre avec le procureur? Un entretien en tête à tête est fixé à l’automne 1999. Mais Montgolfier, qui n’a accepté cette entrevue qu’à la demande pressante du président du tribunal, est bien décidé à croiser le fer. Il reproche à Renard son travail dans plusieurs dossiers à l’instruction. Notamment celui d’une affaire de «corruption et trafic d’influence» à l’Office public d’Habitation des Alpes-Maritimes (OPAM), dans laquelle le magistrat n’a pas jugé bon d’interroger le président de l’OPAM, José Balarello, sénateur, vice-président du conseil général. L’entrevue est tendue. Elle vire même au burlesque quand le juge Renard cherche à faire litière des rumeurs qui circulent dans la ville, comme l’histoire de cette montre Cartier que lui aurait offert Anthony Tannoury, un homme d’affaires accusé entre autres d’escroquerie et sur lequel il instruit. «Constatez vous-même, je ne porte que des Swatch!», proteste Renard, qui poursuit, pour «dénonciation calomnieuse», l’auteur de cette grave accusation.

L’entrevue passée, Montgolfier reste sur ses doutes. Il ne prendra Renard la main dans le sac qu’un an plus tard. Automne 2000, Nice bruit alors d’un nouveau scandale maçonnique: deux «frères» policiers viennent de se faire pincer pour consultation illégale du casier judiciaire. Ils se servaient de cette base de données professionnelles pour filtrer les candidats à l’initiation (disent-ils!). Le procureur décide de vérifier si des magistrats niçois ne feraient pas la même chose. Bingo! Il apparaît que le juge Renard a consulté le fichier une quarantaine de fois pour vérifier le casier judiciaire de divers candidats à la GLNF (dit-il aussi!).

En septembre 2001, Renard est mis en examen pour «faux et violation du secret professionnel» par un de ses collègues du tribunal de Nice. Mieux: l’Inspection générale des Services judiciaires (IGSJ), que Montgolfier sollicitait depuis son «débarquement» sur la Baie des Anges, arrive enfin. Non pas pour enquêter sur le juge Renard, mais sur les «dysfonctionnements» du tribunal de Nice, selon l’euphémisme consacré. Le procureur est persuadé que cette enquête ne pourra que lui donner raison, il s’engage même à quitter la ville en cas contraire.

Acte III – Renard se rebiffe

Le conflit entre les deux hommes met le tribunal à feu et à sang. Michel Cardix, l’avocat de Renard, connu pour son combat contre Jacques Médecin et ancien membre influent de la franc-maçonnerie niçoise, s’insurge contre ce procureur qui tente d’instaurer «un climat vichyste». L’ambiance monte encore d’un cran, quelques semaines plus tard, lorsque le même Me Cardix se retrouve lui-même mis en examen pour «blanchiment» dans le dossier Tannoury dont il est aussi l’avocat! Au tribunal, c’est l’ébullition. Des avocats manifestent pour soutenir Michel Cardix, une magistrate du parquet distribue des tracts anti-Montgolfier dans l’enceinte du palais, des pétitions circulent pour appuyer Renard, aussitôt suivies de «contre-pétitions»… Pour Montgolfier, le vent tourne. Marilyse Lebranchu, alors garde des Sceaux, demande bien la suspension du juge Renard à cause du «scandale des fichiers». Mais en janvier 2002, le Conseil supérieur de la Magistrature ne lui inflige qu’une réprimande. «C’est une très grande victoire», exulte Michel Cardix. Les partisans de Montgolfier, eux, ont une autre explication et pointent l’influence des réseaux maçons au sein même du CSM. Maigre consolation pour le procureur: le juge Renard finit par être muté quelques mois plus tard, à… 22 kilomètres de là, à Antibes.

Mais Montgolfier n’a encore rien vu. Juin 2003, les enquêteurs de l’IGSJ remettent enfin leur rapport. Leurs conclusions sont stupéfiantes: ils réclament la tête… du procureur! Constatant «une réelle disproportion entre la suspicion exprimée et les manquements susceptibles d’être finalement retenus, (…) les mises en cause portent sur des fondements contestables, des interprétations hâtives, voire de simples ragots», notent-ils. En clair, Montgolfier serait un fou furieux paranoïaque. Plus hallucinant encore: le rapport est mis en ligne sur le site internet du ministère de la Justice, accessible à tous. Du jamais-vu! La décision a été prise au plus haut, par le cabinet du garde des Sceaux, Dominique Perben.

Dans les jours qui suivent, tous les médias titrent sur le désaveu du procureur. Les faits lui ont donné tort, il doit partir. A bien lire le rapport, pourtant, les pratiques du juge Renard sont également critiquées. Ses relations avec des personnalités du milieu, avec des élus maçons impliqués dans des affaires, son «manque de prudence»… Presque tous les faits stigmatisés aujourd’hui par Vincent Lamanda sont énumérés. Seule la conclusion diffère: il faudrait sans doute déplacer le juge Renard dans «un ressort plus éloigné géographiquement de la région dans laquelle il a contribué à la dégradation de l’image de la justice», suggère l’inspection! Rien de plus.

Acte IV – La revanche du procureur

A Nice, Montgolfier accuse le coup. Les magistrats qui le soutiennent sont dégoûtés. Ils ne rêvent que de changer de juridiction. Mais le procureur, lui, s’accroche. «Je ne partirai pas», répète-t-il, contrairement à ce qu’il avait imprudemment annoncé avant le déclenchement de la mission. La chancellerie ne peut pas le muter de force. Aucune faute de sa part ne le justifie. Il y a en revanche dans le rapport de l’IGSJ, même édulcoré, mille fois de quoi engager des poursuites disciplinaires contre le juge Renard. Mais les semaines passent. Et rien ne vient. En tout cas, pas depuis Paris. Car, enfin, un homme finit par bouger: c’est le premier président de la cour d’appel d’Aix-en-Provence, Bernard Bacou. Fraîchement débarqué dans le Sud, il est sidéré par le contenu du rapport. Sidéré aussi par l’assourdissant silence du pouvoir politique. Bien que la loi l’y autorise, Bacou se refuse dans un premier temps à saisir, seul, le Conseil supérieur de la Magistrature. «Etant donné le niveau de gravité des actes reprochés au juge Renard, il me semblait plus approprié que ce soit la chancellerie qui effectue cette saisine. D’autant que je ne possédais pas tous les éléments», explique-t-il aujourd’hui au «Nouvel Observateur». Bernard Bacou fait alors savoir qu’il attend une réaction du ministère jusqu’au mois de janvier 2004. Las. La chancellerie ne donnant toujours pas signe de vie, le magistrat décide de monter seul au créneau. Mi-janvier, il saisit de lui-même le CSM, qui devrait rendre sa décision dans l’affaire Renard, avant la fin de cette semaine.

Epilogue

Au-delà de l’avenir professionnel du juge Renard, une question se pose aujourd’hui: comment expliquer l’inertie de la chancellerie dans cette affaire? La première explication tient à la personnalité du procureur de Nice. Montgolfier est considéré comme un dangereux ovni dans la planète judiciaire. Excessif, égocentrique, incontrôlable. Il est à couteaux tirés avec son supérieur hiérarchique, le procureur général d’Aix-en-Provence, Gabriel Bestard, qui lui a diminué sa prime de moitié cette année et lui reproche de ne pas l’informer suffisamment. Montgolfier ne s’en défend pas. Bien au contraire, il le revendique: «L’obéissance a des limites, nous disait-il il y a quelques mois. Informer, oui. Mais non pas prévenir quand l’information donnée pourrait nuire à la procédure. Dois-je avertir qu’il y a des écoutes dans telle affaire au risque de les priver d’effet?» Une manière à peine déguisée de dire que son procureur général pourrait entraver sa mission de «nettoyeur».

En avril 2003, Eric de Montgolfier sera convoqué à la chancellerie, juste avant la publication du rapport de l’IGSJ sur internet. «On m’a fait comprendre, affirme alors Montgolfier, que Dominique Perben souhaitait ma mutation comme avocat général à Versailles. Deux informations judiciaires que je venais d’ouvrir agaçaient en haut lieu: celle concernant les marchés truqués de la mairie de Nice et celle pour viol susceptible d’impliquer Johnny Hallyday.» En réalité, l’inspection réclamée par Montgolfier a fonctionné comme un piège. Car l’IGSJ n’a aucune autonomie. Elle ne dépend même pas du ministère, mais du ministre lui-même. «Elle rédige en toute indépendance, proteste un membre du cabinet de Dominique Perben. D’ailleurs, le magistrat qui menait l’inspection à l’époque avait été nommé par le précédent gouvernement Jospin!» Lors des auditions, certains «inspectés» ont eu le sentiment de ne pas avoir été écoutés. L’avocat Franck de Vita par exemple, qui avait tenté en vain d’intervenir en faveur de Renard avant de se fâcher avec lui depuis, assure que certains de ses «propos ont été occultés». Le juge d’instruction niçois Philippe Dorcet a lui été sommé de fournir des preuves de ce qu’il avançait, alors que c’était justement le rôle de l’inspection d’enquêter (le rapport Lamanda reprend d’ailleurs largement les informations qu’il avait données et que l’inspection avait qualifiées de «ragots»). «Il y a eu au moins trois versions du rapport», assure un magistrat de Nice. «A lire la conclusion, ajoute un autre, il est évident qu’elle a été rajoutée in extremis. Il fallait enfoncer Montgolfier et sauver Renard.» Eric de Montgolfier est un magistrat indiscipliné, fort en gueule, qui indispose. La chancellerie a profité du rapport de l’IGSJ pour essayer de le déplacer.

A-t-elle redouté aussi une réaction incontrôlable du juge Renard? Pour l’instant, le magistrat a sombré seul. Mais pendant ces vingt-deux années passées dans les Alpes-Maritimes, il aurait accumulé suffisamment de «munitions» contre suffisamment de personnes, franc-maçonnes ou pas. Il serait une «bombe vivante» dont la possible déflagration ferait trop de dégâts et ruinerait l’image de la justice. Son avocat Michel Cardix hausse les épaules: «Mon client paie à lui seul la mauvaise réputation que l’on fait depuis plusieurs années à la justice niçoise prétendument corrompue. Il fait un bouc-émissaire parfait.» La longévité de Renard doit aussi beaucoup au corporatisme de la magistrature – l’USM, syndicat majoritaire modéré, avait applaudi le rapport de l’IGSJ. Mieux valait une éviction en douceur plutôt qu’un déballage au grand jour.

Une dernière hypothèse court dans les couloirs du tribunal de Nice. De nombreux magistrats ne comprennent pas non seulement pourquoi l’IGSJ a rendu un rapport aussi «abracadabrantesque» au printemps 2003 mais aussi pourquoi la chancellerie a mis autant de temps à réagir. Certains évoquent, bien sûr, les «réseaux maçons» qui irradient toute la magistrature. Jusqu’à l’IGSJ? Jusqu’au CSM? En 2000, quand le juge Murciano de Grasse a été convoqué par l’instance disciplinaire, il a carrément mis en cause un des magistrats qui siégeait, en évoquant son appartenance à la même loge que Michel Mouillot. Le magistrat, qui a démenti, a été jusqu’à faire circuler des attestations de sa présence à la messe le dimanche, pour se défendre. Aujourd’hui, à Nice, l’ambiance est devenue si passionnelle sur la question que certains en viennent à s’interroger sur une possible initiation du garde des Sceaux, lui-même (cf. encadré).

Ce que l’on sait avec certitude, en tout cas, c’est qu’il aura fallu un an avant que le ministère prenne à bras le corps l’«affaire Jean-Paul Renard». Grâce à Bernard Bacou, plutôt marqué à gauche, et à Vincent Lamanda, qui a le profil politique exactement inverse.

Marie-France ETCHEGOIN et Olivier TOSCER

Olivier Toscer,Marie-France Etchegoin

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2 Réponses to “ALAIN BAUER LA FRANC MACONNERIE”

  1. Vous avez quitté les francs-maçons à temps. Vous avez perdu le plaisir facile de dépouiller autrui le restant de vos jours. C’était pour vous un avenir assuré dans une vie confortable. On appelle cela l’affairisme mafieux des francs-maçons. Bien sûr selon votre niveau de soumission, vous seriez contraint de rendre aussi des services comme des faux témoignages, trouver un emploi fictif rémunérateur pour un frère, commettre des meurtres… Un service en vaut un autre bien entendu. C’est une société à part, un état dans l’état avec ses propres lois. Depuis 11 ans ils m’ont dépouillé en utilisant ceux qui sont chargés de la sécurité des biens et des personnes. Au stade où ils sont arrivés par la corruption généralisées dans nos instituions, il n’y a qu’une révolution qui peut mettre un terme à toutes ces dérives. J’ai publié sur mon site http://www.trafic-justice.com. Il faut que les gens comprennent que ce sont toutes ces dérives qui apportent la crise actuelle avec le déluge de suicides qu’ils entrainent.

  2. Pourquoi rendre l’appartenance à la FM publique? Tout simplement pour éviter l’impunité de criminels. La police et la justice regorgent de francs-maçons qui protègent envers et contre toute humanité leurs « frères » et « soeurs ». Ma fille de 2 ans victime d’un pédocriminel franc maçon, aurait probablement bien aimé qu’au lieu d’être traitée avec mépris et remise dans les mains de son tortionnaire, justice lui soit rendue.

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