INVESTIGATIONS PALESTINE ISRAEL

JÉRUSALEM
CORRESPONDANT
« J’ai décidé de tuer un Arabe. »
C’est, selon la presse israélienne,
ce qu’a déclaré aux policiers
Julien Soufir, Franco-Israélien de
25 ans, appréhendé, lundi 14 mai,
dans une rue de Tel-Aviv. Alors
qu’il était en compagnie de son
frère Jonathan, âgé de 21 ans, leur
attitude, jugée bizarre par les forces
de l’ordre, et le fait que l’aîné
avait des traces de sang sur ses
vêtements ont conduit les forces
de l’ordre à les interroger.
Julien Soufir a déclaré aux policiers
« qu’il avait fait quelque chose
dans l’appartement » et leur a
demandé de les suivre. C’est alors
qu’ils ont découvert le corps sans
vie d’un chauffeur de taxi palestinien
de 35 ans, Taysir Karaki,
domicilié à Beit Hanina, dans la
banlieue de Jérusalem.

Ce père de quatre enfants avait
la gorge tranchée et son corps portait
de nombreuses traces de
coups de couteau. Les deux frères
ont immédiatement été embarqués
au poste de police.
D’après les premiers résultats
de l’enquête, Julien Soufir aurait
accompli seul cet assassinat raciste.
Il aurait décidé de se rendre à
Jérusalem parce qu’il pensait être
plus facile d’y trouver un Arabe
qu’à Tel-Aviv. « Nous ne savons
pas si cela a été décidé deux heures
à l’avance ou quelques semaines
auparavant », a déclaré le brigadier
général Hagai Dotan au quotidien
Haaretz. Toujours est-il
qu’une fois dans la Ville sainte, il
a choisi de prendre un taxi
conduit par un Palestinien pour
revenir à Tel-Aviv. Il a ensuite
invité le chauffeur du véhicule
dans l’appartement où il a été tué.
Le taxi a été retrouvé dans la rue.
D’après les enquêteurs, son frère
n’était pas présent lors des faits.
Mardi matin, la garde à vue des
deux frères a été prolongée. Il
semble que Julien Soufir ait loué
cet appartement il y a peu de
temps. Selon des voisins, le jeune
homme serait devenu récemment
extrêmement religieux et se rendait
fréquemment à la synagogue.
Sa famille est installée àNetanya,
au nord de Tel-Aviv, ville où
se trouve une importante communauté
française.On ignore depuis
combien de temps les deux frères
vivaient en Israël. ….

………………………..

JÉRUSALEM
CORRESPONDANT
« Les quarante dernières années ne
sont qu’un début », a déclaré
Ehoud Olmert, premier ministre
israélien, devant le mur des
Lamentations, dimanche 13 mai,
au cours d’une cérémonie marquant
le début des festivités pour
célébrer le 40e anniversaire de la
« réunification » de la Ville sainte
à l’issue de la guerre de 1967.
La partie orientale fut conquise
par l’armée israélienne, puis
annexée le 30 juillet 1980.
Proclamée « capitale éternelle
et indivisible » d’Israël, elle n’a
jamais été reconnue comme telle
par la communauté internationale.
M. Olmert a affirmé qu’il allait
s’évertuer à faire accepter la souveraineté
d’Israël sur cette cité
emblématique, tout en respectant
son caractère sacré pour les trois
religions monothéistes.
Pour le moment, aucun pays
n’a ouvert d’ambassade à Jérusalem.
Les deux seuls Etats qui
avaient maintenu la leur, le Costa
Rica et le Salvador, se sont repliés
sur Tel-Aviv lors de la guerre du
Liban de l’été 2006. Les ambassadeurs
des Etats-Unis et de l’Union
européenne n’ont pas participé
aux cérémonies, ni assisté à la
séance plénière qui s’est déroulée
lundi à la Knesset (Parlement).
Le « jour de Jérusalem », qui
sera célébré mercredi, ne le sera
donc que par les Israéliens. La
« réunification » n’est pas du
goût de tout le monde. Et la
« reconquête » tant attendue est
loin d’être une réalité.
Certes, le gouvernement israélien
fait le maximum pour établir
son emprise, tant sur la vieille ville
que sur la partie orientale de
Jérusalem. M. Olmert a annoncé,
à l’issue du conseil des ministres
de dimanche, que le gouvernement
allait investir 5,75 milliards
de shekels (1,05 milliard d’euros)
dans un plan de développement.
Les implantations se développent
dans la partie annexée. Plus de
200 000 juifs vivent déjà sur ces
terres conquises.
Plus 257 %depuis 1967
Il est prévu de construire
20 000 logements, en violation
des résolutions internationales. Le
« mur »dit« de sécurité »est pratiquement
terminé. Il va englober
tous les grands blocs de colonies
qui enserrent la ville. Il rend la vie
impossible aux Palestiniens et en
isole 60 000 de la Cisjordanie.
« Tout est fait pour détruire la
vie sociale, culturelle et économique
de la société palestinienne et réduire
le nombre des habitants pour faire
progresser celui des juifs », explique
Ziyad Abou Ziyad, ancien
ministre chargé de Jérusalem de
l’Autorité palestinienne.
Malgré ces efforts, la bataille
démographique n’est pas en
faveur de la communauté juive.
Et si la tendance actuelle se poursuit,
« le prochain maire de Jérusalem
pourrait bien être un Palestinien
», comme le fait remarquer
Moshé Amirav, auteur du livre
Le Syndrome de Jérusalem.
En
effet, depuis quarante ans, la
population arabe a augmenté de
257 %, passant de 68 000 à
245 000 alors que, pour les juifs,
le taux de croissance a été de
140 %, les faisant passer de
200 000 à 475 000.
Si la tendance se poursuit, l’actuel
ratio de 66 pour 34 sera, d’ici
vingt ans, de 50 pour 50. Les Arabes
seront aussi nombreux que
les Juifs. Et cela bien qu’il soit très
difficile pour les Palestiniens de
construire sur leurs terres en raison
de l’impossibilité d’obtenir
des permis.
Pour ne pas perdre, au bout de
sept ans, leur droit de résidence à
Jérusalem, de nombreux Palestiniens
quittent leur domicile à la
périphérie de la ville et s’entassent
dans des appartements exigus
afin de conserver le précieux
sésame, la carte d’identité de couleur
bleue……………….

……………………….

Deux mois après le
retrait israélien de
Gaza, le 12 septembre
2005, qui mettait
finà38ansd’occupation
militaire et de
présence de colons,
Ariel Sharon décide
de profiter de l’avantage
politique que lui donne cette évacuation
pour lancer son propre parti.
Annoncée le 21 novembre, cette rupture
n’a pas été une surprise. Le rapatriement
forcé de 8 000 colons avaient provoqué
d’énormes dissensions au Likoud (droite
nationaliste). Une frange importante,
menée par l’ex-premier ministre Benyamin
Nétanyahou, n’a jamais accepté ce
qu’elle considère comme une trahison des
idéaux de la formation fondée en 1973 par
MenahemBegin. Ce 21 novembre, M. Sharon
demande la dissolution de la Knesset
(Parlement). Quelques jours plus tard, il
lance son parti, Kadima (« En avant »).
Celui-ci se veut « centriste » et attire, dès le
départ, des personnalités travaillistes comme
Shimon Pérès, mais surtout des pontes
du Likoud, comme le responsable de son
comité central Tzachi Hanegbi, le ministre
de la défense et ancien chef d’état-major
Shaul Mofaz, la politicienne quimonteTzipi
Livni, ou encore Avi Dichter, ex-chef du
Shin Bet (services de sécurité intérieure).
Bien que le paysage politique israélien
soit déjà très éclaté, ce nouveau navire
prend la mer avec du vent dans les voiles.
Pragmatique et prudent, M. Sharon se garde
de définir avec précision un programme
axé sur l’idée de « séparation » d’avec les
Palestiniens. Cela lui permet
de recueillir davantage de
nomsautour de sa stature, que
l’abandon de la bande de
Gaza, soutenu par l’opinion, a
confortée au niveau national
et international. La congestion
cérébrale dont il fut victime
le 4 janvier 2006, et dont il
ne s’est jamais relevé, a été un
premiercroc-en-jambedudestin
; à peine créé, son concepteur était incapable
de mener Kadima à sa première
bataille : les législatives du 28 mars 2006.
C’est tout naturellement qu’un de ses
proches, Ehoud Olmert, ex-ministre des
finances, qui avait plaidé la rupture avec le
Likoud, prend en main les centriste pour
les conduire à la victoire électorale.
Malgré une campagne apathique et la
victoire du Hamas, le Mouvement de la
résistance islamique, aux élections législatives
palestiniennes du 25 janvier, venue
perturber le débat, Kadima l’emporte. Il
obtient 29 députés dans la nouvelle Knesset.
Soit bien moins que les 40 sièges dont
les sondages l’avaient, un temps, crédité.
Manifestement, le projet avancé par
M. Olmert d’évacuer de nouvelles colonies
en Cisjordanie et le désir d’établir, d’ici à
2010, les « frontières définitives
» de l’Etat juif n’ont pas
séduit une grande majorité
d’électeurs. La participation
électorale (63,2 %)est la plus
faible de l’histoire d’Israël.
Mais pour la première fois,
après diverses tentatives
sans lendemain, un parti qui
se veut centriste domine
l’échiquier.
En raison de la courte victoire de Kadima,
des alliances sont nécessaires pour
constituer une coalition de plus de
60 députés (la Chambre en compte 120).
Les 19 travaillistes ne suffisant pas,
M. Olmert s’entend également avec le parti
ultraorthodoxe séfarade Shass (12 parlementaires)
et le Parti des retraités (7 élus).
Les tractations ont été des plus laborieuses
pour formerun gouvernement pléthorique
de 27 membres où l’attribution
des portefeuilles a plus compté que le programme.
Le syndicaliste Amir Péretz, nouveau
chef du Parti travailliste, se retrouve
ainsi ministre de la défense. M. Olmert
refuse alors les avances d’Avigdor Lieberman,
du parti populiste de droite Israël
Beitenou (Israël notre maison). Celui-ci
n’aura qu’à attendre jusqu’au 23 octobre
2006 pour rejoindre une coalition majoritaire
totalement disparate, parfait reflet
de l’éclatement de plus en plus prononcé
de l’échiquier politique israélien.
Jusqu’à l’été 2006, alors que le Likoud
et l’extrême droite sont sortis considérablement
affaiblis des urnes, Ehoud Olmert a
le vent en poupe. Cet ancien maire de Jérusalem,
malgré un profil gris d’apparatchik,
semble promis à un avenir politique plutôt
serein. Les sondages en témoignent.
Mais, en quinze jours, tout va basculer.
Le 25 juin, le caporal Gilad Shalit est kidnappé,
au sud de la bande de Gaza, par un
groupe palestinien. L’armée décide de
reprendre une intense activité militaire
dans ce petit territoire, multipliant victimes
et destructions. Et surtout, le 12 juillet,
le Hezbollah capture deux soldats israéliens
à la frontière libanaise. Le chef d’étatmajor,
Dan Haloutz, propose immédiatement
d’intervenir massivement au Liban.
En une heure, M. Olmert et M. Péretz lui
donnent carte blanche. Pour les résultats
que l’on sait : cafouillages militaires et
échec politique. Aucun des objectifs fixés
n’est atteint ; ni la libération des soldats, ni
« l’écrasement » du Hezbollah, ni « la restauration
de la dissuasion » israélienne.
Avant même la fin des combats, l’opinion,
qui avait massivement soutenu l’intervention,
tourne le dos au pouvoir. Le
retournement s’effectue d’autant plus vite
que plusieurs membres du gouvernement
sont impliqués dans des scandales qui
achèvent de ruiner la crédibilité de l’exécutif.
M. Olmert lui-même est soupçonné
d’être mêlé à des affaires de corruption.
Le programme de Kadima, notamment
le « redéploiement unilatéral » en
Cisjordanie, n’est plus qu’un chiffon de
papier. Le gouvernement navigue à vue et
tente de parer les coups. Fin 2005, Kadimapouvait
apparaîtrecommeune tentative
de rénovation politique. Seize mois
plus tard, dans une ambiance délétère, le
rapport de la commission Winograd, le
30 avril, qui met le doigt sur les erreurs
nombreuses et les fautes graves dans la
gestion politique et militaire de la guerre
du Liban, scelle quasiment son destin.
EhoudOlmert refuse toujoursde démissionner
et s’appuie sur une majorité solide.
Mais son indice de popularité frôle le
zéro.Kadima est au plus bas. Les travaillistes
menacent de quitter un navire gouvernemental
qui prend l’eau. Amir Péretz
devrait perdre les primaires pour la direction
du Parti travailliste, le 28 mai. Benyamin
Nétanyahou est de nouveau le favori
des sondages. Ehoud Barak, ex-premier
ministre travailliste, est dans les startingblocks
pour diriger son parti.
Un cycle très court de la vie politique

israélienne semble se terminer. Les
anciens chevaux sont de retour. On a souvent
dit que l’opinion publique israélienne
était versatile. Peut-être ne sait-elle plus
vraiment à qui se vouer ? a
Michel Bôle-Richard
(Jérusalem, correspondant)
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