LES RESAUX PASQUA … BARBOUZES MERCENAIRES SERVICES SECRETS …

Le réseau suisse

JC Marchiani Étienne Leandri C Pasqua Quand la gauche frnçaise se financait allègrement à coup de frégates et de chars Leclercs aux Emirats ( en y laissant la aussi une facture de 10 miiliards de FF aux français qui ont du subir sur leurs impots la recapitalisation du GIAT accordée par un M Jospin reconnaissant ) le réseau suisse tournait encore trés bien après le décès de E Léandri qui pour le compte de Thomson jouait les requins … Voir plus bas.

JC Marchiani

En 1992 Adjoint de A Gomez !

Retour sur l’itinéraire d’un préfet atypique, expert dans l’art de manier tantôt l’humour,

tantôt la menace, qui cultive à souhait le mystère. Fils aîné d’un fonctionnaire des impôts

et d’une institutrice, Jean-Charles Marchiani, 59 ans, visage mobile, accent à la fois chantant

et rocailleux qui laisse deviner ses origines corses, obtient une licence en droit en 1966,

à la faculté d’Aix-en-Provence. Le jeune homme, qui n’a jamais caché ses opinions très

«Algérie française», effectue son service militaire à l’Ecole d’infanterie de Montpellier.

Promu sous-lieutenant le 1er novembre 1967, il est affecté au Sdece (Service de documentation

extérieur et de contre-espionnage) – l’ancêtre de la DGSE – où il reste après son service,

à titre civil. A 27 ans, le jeune agent peut – déjà – revendiquer quelques faits d’armes

glorieux. Dans les années 1968-1970, il participe, fait peu connu, à l’exfiltration,

via Rotterdam, de juifs polonais en butte aux attaques antisémites de plus en plus

nombreuses en Pologne. En Afrique – sa terre de prédilection, déjà – il livre des

armes aux rebelles biafrais.

En janvier 1970, il quitte la «Piscine» (le siège du Sdece) à la suite des remous suscités

par l’affaire Markovitch; il n’en poursuit pas moins ses activités d’homme de l’ombre,

comme «honorable correspondant». De 1970 à 1983, il est successivement en poste

chez Peugeot, à la Servair ou au groupe Méridien, deux filiales

d’Air France. En 1982, Marchiani, qui travaille encore pour la chaîne hôtelière – il la

quittera en 1983 sur ordre

de Charles Fiterman, ministre des Transports, pour «chiraquisme primaire»! – rencontre

un jeune homme d’affaires libanais, Iskandar Safa. Tous deux, fidèles partisans des

chrétiens du Liban, sympathisent. Marchiani travaille ensuite pour le groupe

Thomson, présidé par Alain Gomez.

Aux hommes du Hezbollah :

«Attention, ne me

causez pas d’ennuis.

Car mes amis corses

sauraient réagir»

En 1986, sous l’égide de Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur de Jacques Chirac,

Jean-Charles retrouve son ami Iskandar. Les deux hommes lient alors leurs destins

pour une mission quasi impossible: la libération des otages français. Plusieurs mois

durant, Marchiani s’active. Grâce à ses bons contacts avec les services secrets moyen-

orientaux, mais aussi avec les milieux chiites, rencontrés lors de séjours en Afghanistan,

Marchiani discute avec le

c le Hezbollah, Marchiani craint pour sa sécurité. Sachant qu’il risque sa peau, il n’hésite pas à employer la menace. En prévenant les hommes du Hezbollah: «Attention, ne me causez pas d’ennuis. Car mes amis corses sauraient réagir.» Un discours musclé, qui marche. Marchiani informe régulièrement Pasqua, toujours en langue corse, pour éviter que certains services secrets ne comprennent leurs conversations.

Finalement, le miracle. Le 5 mai 1988, entre les deux tours de l’élection

présidentielle, Alexandre Stefani – nom d’emprunt de Marchiani – débarque à

Paris avec les trois otages encore vivants, Marcel Carton, Marcel Fontaine et

Jean-Paul Kauffmann. Treize ans plus tard, voici que cette histoire resurgit.

D’une étrange façon. Par une note de la DST, qui révèle, grâce aux confidences

d’un informateur anonyme, qu’une rançon aurait pu être versée aux ravisseurs (lire l’article).

Une mission de bons offices
Marchiani prend goût aux missions secrètes. D’autres vont suivre. Comme celle

que lui confie, en Angola, à la fin de 1994, Charles Pasqua, revenu Place Beauvau.

Ce dernier souhaite tout faire pour aboutir à une réconciliation entre le président

marxiste angolais, Eduardo Dos Santos, et le chef des rebelles de l’Unita, Jonas Savimbi,

qui se livrent une guerre sans merci depuis vingt ans. Pour y parvenir, il confie une

mission de bons offices à Marchiani. Lequel, à la fin de 1994, s’envole pour Luanda,

Où il rend visite à Dos Santos, ainsi qu’au chef des services secrets angolais,

le général Miala. Les entretiens se déroulent dans la plus grande cordialité.

L’envoyé de Pasqua promet, sous l’égide des Nations unies, d’oeuvrer pour

la paix et de sceller un accord entre Dos Santos et Savimbi.

De retour à Paris, Marchiani rend compte à son ministre du déroulement de

son séjour en Angola. Dans les mois qui suivent, le général Miala lui adresse

cinq lettres de remerciement. Dans la cinquième, reçue le 29 mars 1995, voici ce

qu’écrit le général à son «illustre ami», Jean-Charles: «J’aimerais vous apporter encore

une fois mon soutien pour vos efforts dans ces élections et nous continuerons à faire

de notre mieux pour que les bonnes personnes soient aux bonnes places.»

Le courrier se termine: «Nous saurons comment vous rembourser pour tout dans le futur,

quand nous serons en paix.» Entre la galaxie pasquaïenne et l’Angola, serait-ce le

début d’une lune de miel? A en juger par le ton de la lettre du général Miala,

décidé à aider l’action politique menée par Pasqua, cela en a tout l’air…

La référence aux élections – vraisemblablement l’élection présidentielle de mai 1995 –

crédibilise cette impression. Un homme est chargé de mettre en musique les bonnes

intentions de l’Angola. C’est Pierre Falcone, déjà mandataire du président Dos Santos

pour les livraisons d’armes.

En octobre 1995, un an après son voyage à Luanda, Marchiani se voit confier une nouvelle

mission. Pas par Pasqua – il n’est plus ministre de l’Intérieur – mais par le président Chirac:

le rapatriement de deux pilotes français, le capitaine Frédéric Chiffot et le lieutenant José Souvignet,

prisonniers de l’armée serbe de Bosnie dans la région de Pale, et qui, depuis le 30 août, croupissent dans

des geôles surveillées par des proches de Ratko Mladic, chef d’état-major de l’armée serbe.

Une tâche périlleuse. Pour réussir, Marchiani a bien conscience qu’il n’a qu’une solution:

entrer en contact avec les services secrets serbes. Il s’adresse alors à Arcadi Gaydamak,

le milliardaire russe qu’il a rencontré par l’intermédiaire de Pierre Falcone.
Grâce à ses entrées auprès de l’ex-KGB soviétique, qui, lui-même, entretient des

rapports étroits avec les services de renseignement du frère slave, la Yougoslavie,

Gaydamak va être le joker de Marchiani. Sans perdre de temps, le Russe s’envole

pour Moscou et rencontre le colonel Vladimir Koulitch. C’est un as du renseignement.

Il a été, pendant vingt-cinq ans, chargé des questions yougoslaves au sein du KGB.

Quelques jours plus tard, Gaydamak informe Marchiani de son entretien avec Koulitch.

Selon ce dernier, et malgré l’affirmation contraire de la DGSE, les deux pilotes sont bien vivants.

L’Elysée a été averti.

Le 29 octobre, le conseiller de Pasqua et Gaydamak s’envolent du Bourget à bord d’un

Mystère 20 à destination de la c

apitale yougoslave. De leur côté, Koulitch et deux officiers russes partent de Moscou,

également pour Belgrade.

Arrivées sur place, les équipes française et russe logent à l’Intercontinental, où ils ont

réservé deux chambres.

Un ultime coup de bluff
Premiers contacts avec les services de renseignement de Milosevic. Déception et

avertissement: «Si vous recherchez des pilotes français, nous considérerons que

vous menez, sur un territoire étranger, une opération hostile. Vous risquez

d’être emprisonnés», préviennent les Serbes. Atmosphère tendue. Koulitch

se démène en quittant, tôt le matin, l’Intercontinental pour aller aux nouvelles.

Au début de novembre, le colonel russe annonce à ses deux partenaires qu’il a

vu les pilotes français. Bien vivants.
Le 12 novembre, le duo franco-russe rencontre le président de la République

serbe de Bosnie, Radovan Karadzic, à Pale, près de Sarajevo, puis, le 25,

le général Ratko Mladic. Lequel a déjà rencontré, le 17 novembre, un autre

émissaire français, dépêché par Raymond Nart, n° 2 de la DST, le général Pierre Gallois…

Le 12 décembre, c’est le dénouement. Grâce à un ultime coup de bluff de Marchiani.

La veille, il a menacé Karadzic: «Si vous ne libérez pas les deux pilotes, les troupes françaises

évacueront les quartiers serbes de Sarajevo, qui seront à la merci des Bosniaques.»

Ça a marché. Le 12, donc, les pilotes sont remis au chef d’état-major des armées,

le général Jean-Philippe Douin, qui a spécialement fait le voyage de Paris.

Dans la soirée, ils embarquent dans le Mystère 20. Jean-Charles Marchiani

les accompagne. Deux heures plus tard, à l’aéroport de Villacoublay,

le président de la République, Jacques Chirac, et son ministre de la Défense,

Charles Millon, accueillent les deux officiers. «Bravo, bravo!» lance

chaleureusement le président à Marchiani. Lequel peut désormais se consacrer à la

préfecture du Var, où il vient d’être nommé en novembre.

Très vite, le nouveau préfet montre que la langue de bois n’est pas sa tasse

de thé (lire ci-contre). En juillet 1997, à la suite du retour au pouvoir de la gauche,

il quitte son poste pour occuper, à Paris, celui de secrétaire général de la zone

de défense. Un placard doré qui lui laisse quelques plages de liberté. D’abord,

pour préparer les européennes de 1999, ensuite pour être candidat à la mairie de

Toulon en 2001. S’il entre au Parlement de Strasbourg, il échouera dans sa conquête toulonnaise.

Au cours de l’été 2000 éclate l’affaire Falcone. En décembre, le juge commence à tourner autour de Marchiani. Le soupçonnant d’avoir reçu, sous le pseudonyme de Robert, 450 000 dollars de Falcone destinés au financement de la liste Pasqua-Villiers pour les européennes de 1999. Marchiani se défend: «Robert, ce n’est pas moi. Il s’agit d’un pseudonyme collectif qui regroupe des représentants de divers services secrets.» Falcone dit la même chose. L’ex-assistante de ce dernier, Isabelle Delubac, affirme le contraire: «Pour moi, Robert, c’était Marchiani.» C’est aussi la conviction des enquêteurs, qui ont découvert que les numéros de téléphone du mystérieux Robert correspondaient à celui du portable de Marchiani et à ceux de la préfecture du Var ou du secrétariat général de la zone de défense de Paris.

Quelques mois plus tard, nouveaux doutes du juge Courroye. Cette fois à propos

de l’ordre national du Mérite remis à Gaydamak, le 14 juillet 1996, par Jean-Charles

Marchiani, dans les locaux de la préfecture du Var. Or, quarante-huit heures plus tôt,

Falcone, via sa société Brenco, a adressé un don de 1,5 million de francs à une association,

France Afrique Orient (FAO), fondée en 1988 par Pasqua. Interrogation du magistrat

: ce versement a-t-il un lien avec la remise de l’ordre du Mérite à Gaydamak?

En clair, Falcone a-t-il voulu remercier Pasqua d’avoir promu Gaydamak pour le

récompenser de son rôle joué dans la libération des otages de Bosnie? Là,

Marchiani se fâche. Entendu par la brigade financière, le 12 avril 2001, l’ex-préfet

du Var ne mâche pas ses mots: «Il est saugrenu et insultant de penser que les plus

hautes autorités de l’Etat soient obligées de remettre une distinction pour obtenir

une subvention à une association de 1901.» Il précise: «Ce million et demi

apparaît en comptabilité comme une subvention du gouvernement angolais […].

Celui-ci a subventionné FAO afin de maintenir la politique de la France et de notre

mouvance politique en Afrique.»

Quant à Charles Pasqua, il juge «carrément aberrant» de penser un seul instant

qu’il existe un lien entre ce 1,5 million de francs versé par Brenco – dont il n’a jamais

été informé – et la distinction accordée

à Gaydamak. Et l’ancien ministre de l’Intérieur d’ajouter que, depuis 1991,

il n’occupe plus aucune fonction à FAO.

Galopent les mois. Lorsque survient un coup de théâtre. En juin 2001, le juge

Courroye apprend qu’un autre émissaire a également été dépêché en Bosnie pour

sauver les pilotes français, à la demande du n° 2 de la DST, Raymond Nart.

Il s’agit du général Pierre Gallois. Malgré son grand âge – 90 ans – il est parti le 16

novembre 1995 en Bosnie pour quarante-huit heures, où il rencontrera Radovan

Karadzic et Ratko Mladic.

Le 17 novembre, le général Gallois a un long entretien avec Mladic, non loin de

Pale. Ce dernier lui certifie que les deux pilotes recouvreront la liberté si un militaire français de haut rang vient lui rendre visite. De retour à Paris, Gallois est confiant. Les otages, croit-il, seront libérés dans les tout prochains jours. Or rien ne se passe. Ce n’est que trois semaines plus tard, le 12 décembre, qu’ils reviennent en France en compagnie de Marchiani.

Histoire troublante. Sur laquelle nous avons tenté – en vain – de recueillir

le point de vue de Jean-Charles Marchiani.
Cette affaire, pourtant, risque d’empoisonner la vie de l’ancien préfet du Var,

qui décline, depuis plusieurs mois, les convocations du juge. Agacé, celui-ci a

demandé la levée de l’immunité du député européen. Le magistrat attend

d’autant plus cette échéance qu’il a de nombreuses questions à poser sur des

millions de francs découverts en Suisse.

Décidément, avec Jean-Charles Marchiani, rien n’est simple.

E Léandri

Les requins de Julien Caumer,

Un réseau au cœur des affaires, Flammarion, 1999


 Un livre foisonnant, bourré d’informations, et souvent passionnant. Le fil conducteur en est un personnage hors du commun, Étienne Leandri (1915-1995), que l’auteur a personnellement connu et dont il narre les nombreuses fortunes et relations. Antisémite et anticommuniste, passé par la collaboration, par la mafia (ambassadeur de Lucky Luciano auprès de la CIA) et par le SAC (Service d’action civique), il devint un spécialiste des montages parallèles, des contrats d’armement, des paradis fiscaux et des commissions grand format. Il représentait Elf, Thomson et Dumez.C’était un intime de la famille Pasqua, en particulier du fils Pierre-Philippe, qu’il emmenait faire  » des virées à la Scala de Milan, et des affaires d’armes en Afrique « . Étienne dirigeait à cet effet plusieurs sociétés, dont la très officielle Sofremi (Société française d’exportation du ministère de l’Intérieur), tandis que Pierre-Philippe œuvre dans une discrète officine, la Cecri.Un certain nombre d’amis de Leandri rejoignent la trame. Citons trois brasseurs de milliards :– Alfred Sirven, le munificent marionnettiste d’Elf, qu’on ne présente plus. Sauf que, nous confirme Caumer, c’est un « honorable correspondant » de la DGSE, dont les officiers traitants successifs furent le colonel Pierre Léthier (au cœur du volet allemand de l’affaire Elf, le dossier Leuna-Minol) – puis le lieutenant-colonel Olivier ;– le richissime financier irako-britannique Nadhmi Auchi, qui fit fortune dans l’installation de pipe-lines, en association avec le groupe Elf, puis dans les ventes d’armes lors du conflit Irak-Iran ;

– André Guelfi, habitué aux méga-commissions comme Étienne Leandri, ne faisait pas partie des intimes de ce dernier, mais partageait plusieurs amis communs. À commencer par Sirven. Guelfi aussi est décrit par les Renseignements généraux comme  » très proche de M. Charles Pasqua, qu’il a financé à plusieurs reprises « . Il serait, selon les RG,  » devenu « indispensable » à M. Loïk Le Floch-Prigent, dont il sera le « banquier » spécial pour des opérations de financement politique au Congo et en Angola, en collaboration avec l’homme de Charles Pasqua chez Elf, M. Alfred Sirven  » (l’intéressé assure que les RG racontent n’importe quoi).

Beaucoup d’autres amis de Leandri nous sont présentés . Avec eux, on relie nombre d' »affaires » de ces quinze dernières années : la splendeur et la chute de l’industriel textile Maurice Bidermann (787 millions), les scanners de Georgina Dufoix, la vente des frégates à Taiwan (2,5 milliards de commissions), les sièges sociaux d’Elf en Afrique, l’entretien de la guerre civile angolaise, les marchés truqués du TGV-Nord (1,2 milliards de surfacturations), Jacques Toubon et la place d’Italie, sa belle-fille et la déconfiture d’Isola 2000 (253 millions amnistiés), la SEM 92 des Hauts-de-Seine, Coopération 92, les rames du métro parisien, son nettoyage (600 millions de surcoût), la rénovation des lycées d’Île-de-France, l’affaire Maillard & Duclos (avec ce mot manuscrit  » 1,8 M en Suisse. Pour Juppé « ), le « corbeau » et la commissaire Brigitte Henri, le duel familial Noir-Botton, Samaranch et le CIO, l’affaire Elf-Minol-Leuna bien sûr, le Fondo Sociale di Cooperazione Europea, la  » call-girl escroqueuse  » Anne-Rose Thiam (qui prétend avoir convoyé 500 millions d’Elf dans sa mallette en croco, au fil des arrosages de personnalités les plus diverses), le réseau de prostitution de luxe démantelé par le juge N’Guyen ( » les portables des filles du réseau avaient une fâcheuse tendance à se contacter de longues minutes sur des lignes directes de la tour Elf « ), Eurodif et le terrorisme iranien, la GMF et le gouffre de l’île Saint-Martin (plus de 2 milliards de pertes), les voltiges cannoises de Jean-Marc Oury et de l’Immobilière Phénix, etc.

Julien Caumer rappelle utilement ce propos de Loïk Le Floch-Prigent (Le Nouvel Observateur, 23/01/97) :  » Tout le monde sait que pour obtenir le droit de chercher du pétrole, il faut payer en liquide. Les mœurs de cette industrie n’ont rien à voir avec ce qui se pratique ailleurs. Les gens les plus rigoristes devraient en être conscients quand ils vont faire leur plein. […] Les arrangements avec la morale sont inévitables. […] Veut-on ou non que la France soit un acteur pétrolier majeur dans le monde ? Ce qui compte, c’est le solde global ! Le groupe Elf valait 52 milliards en Bourse à mon arrivée et 112 milliards quatre ans plus tard, quand je l’ai quitté « .

On peut cependant reprocher à l’auteur de ne pas contester cette notion de « solde global » (il y a d’autres modes de calcul). Et de ne pas discuter ce propos d’un négociant pétrolier aguerri, proche de Leandri :  » Quant aux pays d’Afrique, le pouvoir s’y obtient par les armes dans des luttes tribales terrifiantes, et la corruption est un mode de vie de tous les jours. Je grossis le trait, mais cela y ressemble : […] on ne peut pas s’installer, à 10 000 kilomètres de chez soi, sans jouer le jeu « . Il y a d’autres jeux possibles, fondés sur des raisonnements un peu moins bruts de pétrole.

Étienne Leandri . Cet intermédiaire de haut vol, proche de Pierre-Philippe et Charles Pasqua, ainsi que de Jean-Charles Marchiani, était jusqu’à sa mort, en 1995, un personnage central des affaires d’armes et de corruption en France. Collaborateur notoire, doté d’un uniforme de la Gestapo, il s’était enfui en Italie après la guerre. Il y était devenu trafiquant de cigarettes, de fausse monnaie et de drogue, branché sur la filière corse de trafic d’opium. Ami de Jo Renucci et Antoine Guerini, il se lie aussi au chef mafieux Lucky Luciano : il le représente auprès de la CIA, dont il rencontre plusieurs fois le patron, Allen Dulles. L’agence américaine apprécie son anticommunisme. Elle obtient en 1955 l’annulation de sa condamnation à vingt ans de travaux forcés pour collaboration.

Étienne Leandri rentre en France, il est avec son compatriote corse Charles Pasqua l’un des cofondateurs du célèbre SAC (Service d’action civique). Il se lance dans l’immobilier, puis dans les contrats d’armement, avec sa société Tradinco. C’est alors qu’il devient l’ami inséparable du milliardaire irako-britannique Nadhmi Auchi. Opérant souvent depuis Londres, comme Auchi, il y représente officiellement les intérêts d’Elf, Dumez et Thomson – trois groupes où les commissions dépassent parfois allègrement la centaine de millions de francs. Ses propres pourcentages le transforment en nabab, intime entre autres du roi Fahd d’Arabie saoudite. En fait, malgré les inquisitions du fisc, Leandri vit en France. Vu ses clients, il y bénéficie des plus hautes protections. Et même d’un droit de regard sur la Sofremi, une officine parapublique de vente d’armes et d’équipements, sise rue de Messine et dépendant du ministère français de l’Intérieur. Il a par ailleurs initié au monde des ventes d’armes le fils de Charles Pasqua, Pierre-Philippe.

La famille Falcone, comme la famille Pasqua, est donc l’amie de cet Étienne Leandri – allez savoir pourquoi . Elle serait aussi au mieux avec la famille Bush, selon Airy Routier . Avant de devenir président des Etats-Unis, George Bush senior dirigea la CIA. Avant d’accéder à son tour à la Maison blanche, George Bush junior, gouverneur du Texas, aurait fréquenté, à Scottsdale en Arizona, le somptueux ranch des Falcone – qui ont financé sa campagne. Son épouse serait d’ailleurs devenue l’amie de Sonia Falcone, l’épouse d’origine bolivienne de Pierre Falcone junior. Les Bush sont très proches du lobby pétrolier américain, surinvesti en Angola . Les Falcone surarment le régime angolais.

En 1985, les Falcone créent à Paris la société Brenco, une SARL au capital initial de 50 000 francs, puis deux ans plus tard Brenco Trading International Limited,  » basée sur l’île de Man  » – dont la SARL devient la filiale, sous le nom de Brenco-France. Ils se lancent dans les ventes d’armes, en commençant par la Colombie . Puis ils représentent la Sofremi en Amérique latine (notamment l’Argentine, l’Équateur et le Mexique, outre la Colombie). Ils acquièrent le statut de résident à vie au Brésil, mais peuvent aussi mobiliser des capitaux équatoriens et colombiens . Ils sont présents à Londres et Montréal. Ils étendent leurs activités commerciales vers l’Asie, puis vers l’Afrique. Brenco aurait traité vers 1988 un marché de gaz de combat avec l’Irak (dont est originaire l’ami Auchi), gaz qui aurait servi dans la région du Kurdistan. À Pékin, elle est représentée par Thierry Imbot, fils de l’ancien patron de la DGSE . Au Vietnam et en Birmanie, on l’a vu, Brenco et Setraco mêlent leurs savoir-faire pour placer des équipements militaires est-européens.

En 1993, via Charles Pasqua, Étienne Leandri a fait nommer deux proches à la tête de la discrète Sofremi : deux anciens de Thomson, Bernard Poussier (Corse par sa mère, originaire du même village que Charles Pasqua) et Bernard Dubois. Après coup, Poussier admet que la Sofremi n’est qu’ » un outil dont le seul but est d’éviter les appels d’offres internationaux « ,  » une imposture commerciale et juridique « . Le jeune Falcone est en cheville avec la Sofremi depuis 1989, sur la recommandation d’un collaborateur de Pasqua, Yan Guez . Dans ce qui est devenu un cocon pasquaïen, où il est désormais  » l’unique interlocuteur « , omniprésent, il peut donner la mesure de son talent :

 » Avec Marchiani, Pierre Falcone a contribué à la conclusion d’un accord franco-angolais de sécurité et de police conclu, avec l’aval de la présidence de la République française, après le retour de Pasqua au ministère de l’Intérieur, en mars 1993. Négocié sur place par Marchiani, il comprenait notamment un volet « technique » géré par la Société française d’exportation de matériels, systèmes et services (Sofremi) relevant du ministère de l’Intérieur. […] À l’époque, son conseiller pour les affaires angolaises n’est autre que Pierre Falcone qui, avec son partenaire Gaïdamak, va veiller à la livraison d’armes. L’accord passé entre les sociétés angolaises et françaises stipulait alors que les armes en question ne devaient pas transiter par la France, que les exportations devaient être en règle et enfin que les sociétés d’exportation mises à contribution ne devaient pas avoir leur siège en France « .

Il n’était pas interdit, par contre, de « dégager » de belles marges en fourguant des matériels de fin de série ou d’occasion. Pierre Falcone Jr a bien appris les leçons de Leandri. Ayant déniché en Italie du matériel de communication soldé, il l’aurait revendu pour 300 millions de francs à l’Angola, via la Sofremi. Trois fois le prix. 50 % de commissions . Falcone obtient de la Sofremi  » des commissions exorbitantes « , confirme le préfet Henri Hurand , futur directeur de cet office.

Peut-on faire des affaires en Angola sans négocier du pétrole ? Falcone a un ranch en Arizona. Il y accueillait entre autres le gouverneur du Texas, George W. Bush, futur président des Etats-Unis, très proche du lobby pétrolier américain. Il a établi à Panama une holding pétrolière, Falcon Oil & Gas. Avec les 10 % obtenus dans le bloc 33, opéré par Exxon, ce pétrolier d’occasion a décroché un pactole .

Falcone codirige aussi la société angolaise Simportex, qui avait le quasi-monopole de la nourriture et de l’habillement des Forces armées angolaises (FAA) . Simportex est étroitement liée au principal acheteur d’armes des FAA, le général Manuel Helda Vieira Dias, alias Kopelipa.

En 1997, Simportex et Kopelipa ont acheté en Europe de l’Est pour quelque 3 milliards de francs d’armes, munitions et fournitures diverses. Heureux courtiers : Pierre Falcone et Arcadi Gaydamak (ce qui conduit le fisc français à leur réclamer 1,25 milliards de francs ). Ingénierie financière : Glencore et Paribas (chef de file d’un pool d’une dizaine de banques dont la BNP, Worms, la Banque populaire… ) . Cette société suisse et cette banque française sont au cœur d’un système de prêts gagés sur le pétrole futur de l’Angola. On peut bien appeler cela une pompe à fric, vu les usages de ces prêts, et leur taux élevé. L’ancien « Monsieur Angola » de Paribas, Jean-Didier Maille, est devenu le directeur financier de Glencore. Après la chute du mur de Berlin, celle-ci a gagné des milliards de francs suisses sur le pétrole de l’ex-URSS, en association avec Menatep, la banque russe au cœur du « Kremlingate ». Glencore a transféré son expertise en Angola, au service de l’équipe Falcone .

En septembre 1999, cette sympathique prospérité a été troublée par une alerte rouge. Dix ans plus tôt, les USA avaient battu l’URSS par jet de l’éponge. Depuis, la mafia tenait le haut du pavé dans une Russie exténuée – qu’il fallait quand même aider. D’un coup, la réalité est revenue en boomerang : la mafia captait l’essentiel des prêts du FMI, elle a « recyclé » 10 milliards de dollars d’aide internationale, elle s’est même permis, avec cet argent, de circonvenir l’une des plus vieilles banques américaines. Nombre de dirigeants occidentaux se laissent volontiers corrompre, avec leurs amis du Sud, par les facilités paradisiaques des îles Vierges ou Caïman. Mais ils découvrent qu’à ce jeu-là – la loi de la jungle -, la mafia russe est aussi imbattable que ses compatriotes aux échecs.

Les Américains et le FMI s’agitent. Ils ne sont pas les seuls. Le 30 septembre 1999, La Lettre du Continent publiait un éditorial Angola : Une affaire « franco-russe » ?, où elle signalait d’autres gens soucieux. Arcadi Gaydamak en a fait condamner certains termes. Mais pas d’autres :

 » Depuis que l’affaire du « Kremlingate » a éclaté à Moscou, on dort mal au Palais de Futungo, à Luanda, et on s’inquiète à Paris chez les initiés du village franco-angolais. […] Une réunion informelle sur ce dossier s’est même tenue à l’Élysée […] entre des militaires de haut rang, des responsables des services de renseignement et des diplomates. La lancinante question était de savoir si la France ne risquait pas, un jour, d’être impliquée dans une extension du « Kremlingate » en Angola. […]

À l’origine de ce malaise, on trouve l’équipe franco-russe constituée dans les années 80 entre Arcadi Gaïdamak, très actif dans le complexe militaro-financier russe […], et l’homme d’affaires français Pierre J. Falcone, président de Brenco […]. Les deux hommes sont devenus les piliers incontournables des relations franco-angolaises […]. Le vrai patron de l’équipe est […] Arcadi Gaïdamak […], ancien émigré russe en Israël, naturalisé français en 1975 sur l’intervention de Robert Pandraud […].

Plusieurs grands groupes angolais ont leurs comptes à la Bank of New York qui est accusée par le FBI d’avoir « recyclé » 10 milliards $ d’argent russe. […] Des sociétés liées à Menatep ont aussi opéré dans les circuits de financement du pétrole angolais « .

Résumons : Glencore a gagné des milliards sur le pétrole russe, de concert avec les héritiers de la nomenklatura soviétique, ce qui a creusé d’autant la faillite financière de la Russie. Ce même groupe d’héritiers sans scrupules a aussi bradé l’arsenal de l’Armée rouge, les stocks stratégiques d’aluminium, d’engrais , etc. (avec des profits astronomiques ), ainsi que les créances du pays , et dix milliards de dollars du FMI. Une part de ces flux (pétrole, armes, dettes) ont pu être brassés entre la Bank of New York et les recettes du pétrole angolais, grâce à la gestion parfaitement occulte du régime de Luanda. Pierre Falcone est constamment en affaires avec Glencore et Paribas – entre lesquels Jean-Didier Maille a fait la navette. Au printemps 2000, Glencore a encore levé 3 milliards de dollars de prêts gagés à l’Angola, avec des banques comme Paribas, la Société générale, la Dresdner Bank Luxembourg, etc.

À propos de Paribas. Dans un rapport confidentiel envoyé à son ministère, le 26 novembre 1996, l’ambassadeur de Belgique au Luxembourg explique qu’existe au Grand-duché  » un circuit dans lequel de « l’argent criminel » est blanchi « . Il passe par la Banque Continentale du Luxembourg (BCL), ou « Conti ». Celle-ci a appartenu conjointement à Paribas et au groupe Auchi de 1982 à octobre 1994. À cette date, Paribas a repris les parts de son associé, avant de céder le sulfureux établissement en 1996 à une consœur flamande, la Kredietbank (KB) . Selon la note diplomatique belge,  » des analystes financiers au Luxembourg ont l’impression que, via la « Continentale », de grandes banques telles que la […] KB, Paribas, Suez,… profitent chacune à leur tour de ce circuit noir « .

Longtemps copropriétaire de la « Conti », Nadhmi Auchi en était aussi l’ingénieur financier. Ce multimilliardaire irako-britannique partageait avec Pierre-Philippe Pasqua un grand ami commun : Étienne Leandri , décédé en 1995. Le trio représentait un capital exceptionnel d’expérience dans les ventes d’armes et leur financement. Auchi a  » fait fortune dans le commerce des armes pendant la guerre Iran-Irak, explique un businessman moyen-oriental installé à Paris. Les contrats transitaient par la société Tradinco, rebaptisée plus tard Concepts in Communication « . Il avait commencé de s’enrichir en construisant des pipelines dans son pays natal, l’Irak, avec une filiale d’Elf. Puis c’est devenu un acrobate de la finance, un précurseur de la connexion entre paradis fiscaux.  » Ses sociétés sont domiciliées au Luxembourg et à Panama, ce qui soulage considérablement les démarches administratives… « , mais ne l’aide pas à démentir les accusations de blanchiment dont il est régulièrement l’objet. Dans une de ses sociétés luxembourgeoises, la Pan African Invest, Auchi domicilie une filiale d’Elf. Il en est devenu le cinquième actionnaire de la compagnie pétrolière, avec 1 % des parts.

Le rapport de l’ambassadeur belge a suscité une enquête de l’hebdomadaire bruxellois Le Soir Illustré :


 » Sous « l’ère Auchi », la Banque continentale du Luxembourg a accueilli les comptes en banque de dictateurs notoires : Saddam Hussein, Bokassa, Houphouët-Boigny, Bourguiba, Kadhafi et l’inévitable Mobutu. […] Plusieurs holdings de droit luxembourgeois auraient été créés par un de ses hommes de confiance […] Jean-Pierre Bemba, le fils du patron des patrons zaïrois : Saolona Bemba [aujourd’hui ministre de Kabila]. […] La tristement célèbre Radio Mille Collines […] était financée par des capitaux provenant des comptes ouverts auprès de la Banque Continentale du Luxembourg qui possède, soit dit en passant, des filiales au Zaïre et au Rwanda. […] La Conti semble donc être le passage obligé, depuis une quinzaine d’années, d’opérations de blanchiment à l’échelle internationale « .

Auchi est un relais considérable des réseaux françafricains. Paribas est fortement engagée dans leurs acrobaties financières. Elle a le chic de surendetter les pays en guerre civile, comme le Congo-Brazzaville ou l’Angola, où le mélange armes-pétrole domine les flux financiers. Jusqu’à son absorption en 1999 par la BNP, son actionnaire de référence était… Nadhmi Auchi, avec 7,1 % du capital. La BCL donc, filiale de Paribas et de la nébuleuse Auchi, a été mêlée aux épisodes les plus sombres de la région des Grands Lacs, avec une forte clientèle mobutiste.

Revenons à Pierre Falcone. Par-delà la Sofremi, il est surtout le dirigeant du groupe Brenco International – une société  » très proche de M. Jean-Charles Marchiani « , le négociateur tout-terrain de Charles Pasqua. La filiale Brenco-France, dont le capital a été porté à 1 500 000 francs, est installée 64 avenue Kléber, Paris 16e, dans des locaux somptueux. Grâce à ses  » appuis au sein de la DST ou dans des groupes comme Thomson, le Giat ou la Compagnie des Signaux « , Falcone était Pierre Falcone est devenu  » l’un des plus grands marchands d’armes du monde  » et, depuis Paris,  » le chef d’orchestre incontestable  » des ventes d’armes à l’Angola . Via Brenco. Ou la société de droit slovaque ZTS-Osos,  » dont Brenco pourrait n’être qu’une « excroissance » française  » :  » les juges ont découvert effectivement des versements sur son compte [ZTS-Osos] dans une agence parisienne de Paribas, et une impressionnante série de marchés d’armes (chars, bazookas, missiles, orgues de Staline) avec l’Angola « .

 » En septembre dernier [2000], les juges avaient mené de discrètes perquisitions dans les superbes appartements de Falcone, avenue Montaigne et avenue Kléber. […] Les logiciels de ses principaux collaborateurs (eux aussi incarcérés) livrèrent des comptes rendus fort instructifs de réunions, dont certaines tenues en présence du président angolais Dos Santos. Il y était question de ventes d’armes pour la bagatelle de quelques centaines de millions de dollars, de mouvements de fonds associés au nom de Marchiani et plus généralement de bienveillance pour Pasqua et ses amis « .
Il y en a eu au total pour 633 milliards de dollars : des hélicoptères et des chasseurs Mig ont été rajoutés au menu . Les premiers sont une spécialité maison, on l’a vu à propos des activités de Roussin, Brenco, Total et Cie en Birmanie.

 » De nombreux anciens des services travaillaient pour Brenco comme Thierry Imbot, décédé le 10 octobre. Le fils de l’ancien patron de la DGSE était ces derniers temps chargé d’opérations de change – de francs CFA en dollars – pour des chefs d’État africains comme le président congolais Sassou II, grand ami du président angolais « .
L’on restait en effet très proche des affaires d’État dans la nébuleuse Falcone-Brenco :  » les frontières entre Brenco et la Sofremi ont longtemps été plus que floues, Falcone, le patron de Brenco […] ayant longtemps joué quasiment officiellement les VRP pour la Sofremi  » ;  » Brenco et la Sofremi collaboraient tant et si bien qu’ils ont offert conjointement une voiture blindée [une Safrane] au président angolais, en marge des contrats de « sécurité » « .

Pierre Falcone a été aussi l’intermédiaire dans une exportation illégale de matériels d’interception de sécurité par la société Communication & Systèmes (CS, ex-Compagnie des Signaux),  » ayant donné lieu à 7 millions de dollars de commissions occultes. Ces matériels, officiellement destinés à l’Angola, auraient été finalement livrés à la Yougoslavie, fin 1999 « . Le juge Marc Brisset-Foucault enquête sur cette affaire. En perquisitionnant le 9 mai 2000 au siège de CS, il ne pensait pas déclencher un tel hourvari.

C’est que CS est une firme spéciale, où ont « pantouflé » d’anciens hauts responsables de la DST (l’ancien n° 2 Raymond Nart et son adjoint Jacky Debain), ainsi qu’un brillant stratège du Secrétariat général de la Défense nationale, le général Claude Mouton. Sous la houlette d’un ancien du groupe Bolloré, Yazid Sabeg. Lorsque Arcadi Gaydamak intente un procès en diffamation – une arme qu’il dégaine systématiquement –, Raymond Nart vient volontiers témoigner  » des nombreux services  » que le Russo-Israëlien a rendus à la France .

La réexportation vers la Serbie d’une partie des matériels d’écoute ultra-perfectionnés livrés au régime angolais n’a rien d’invraisemblable. On est très philoserbe chez les anciens de la DST, comme dans le réseau Pasqua. William Goldnadel, l’avocat commun à Nart et Gaydamak, préside aussi une « Ligue internationale contre la désinformation » qui a organisé fin 2000 au Sénat un colloque historique. Vladimir Volkoff y a assuré qu’au Kosovo,  » on a péniblement trouvé deux cents cadavres dont on ne sait s’ils sont serbes ou albanais  » (les enquêteurs approchent en fait du chiffre de 10 000 victimes albanaises). D’ailleurs,  » en Russie la liberté de la presse est incroyable, alors que tout est manipulé en France  » .

Le même avocat a participé à la fameuse mission d’observation partie cautionner au Gabon la réélection truquée d’Omar Bongo, fin 1998. Le foccartissime Robert Bourgi a dépêché aux frais de la princesse une escouade de treize gens de robe, dont l’avocat élyséo-africain Francis Szpiner et William Goldnadel, conduite par le magistrat Georges Fenech, président de la très droitière APM (Association professionnelle des magistrats). L’équipée fit scandale pour diverses raisons. Entre autres parce que fut intercepté à Roissy  » un familier des dossiers africains […], porteur d’une mallette contenant une très importante somme en argent liquide. Il avait expliqué que ces fonds provenaient de la « présidence du Gabon » et qu’ils étaient destinés au Club 89 « , animé par Robert Bourgi. En 1997 déjà, un compte suisse de la société Brenco, du tandem Falcone-Gaydamak, a versé 100 000 francs à la revue Enjeu justice de l’APM…

Ce tandem pourtant, malgré sa générosité et la protection d’une importante faction de la DST, n’a pas que des amis. Dès  » le 12 décembre 1996, une centaine de policiers ont perquisitionné simultanément tous les locaux professionnels et privés de Falcone et Gaydamak à Paris, ainsi qu’à la banque Paribas (où étaient ouverts les comptes de ZTS-Otzos, contrôlée par le Russe) « . Lors de ces perquisitions,  » selon certains, des documents et des bandes magnétiques « gênantes pour certains hommes politiques français » ont été saisis « . Il faudra attendre près de quatre ans et une nouvelle perquisition pour que ces noms-là ressortent…

Une semaine plus tôt, le 5 décembre 1996, L’Événement du Jeudi avait publié la photocopie d’un contrat de fourniture de matériel militaire russe d’un montant de 47 151 550 dollars, signé par Falcone avec le cachet de ZTS-Osos. De quoi équiper une division motorisée de 8 000 combattants, à vocation offensive (alors qu’en principe le gouvernement angolais appliquait l’accord de paix de Lusaka, avec la rébellion Unita) :

 » Voilà deux mois, l’EdJ (n° 622) a raconté dans quelles circonstances Falcone, associé à un ressortissant russe naturalisé français, Arkady Gaydamac, avait vendu des milliers de camions russes à l’Angola – les mêmes que ceux qui équipent l’armée russe. Nous avions déjà évoqué dans l’article l’existence du contrat d’armement entre la Russie et l’Angola.
Falcone et Gaydamac avaient juré le cœur sur la main n’être aucunement liés à ce marché, expliquant même que « le commerce des armes les révulsait ». Gaydamac, que plusieurs services français soupçonnent d’avoir des liens avec la mafia russe, reconnaissait simplement avoir mis les Angolais en rapport avec les bons interlocuteurs moscovites, « mais à titre purement gracieux ». Le contrat que nous publions le prouve : ils ont menti. […] [Jusqu’en 1993], la France […] a continué de privilégier l’Unita. […] [Puis Paris a résolu d’aider aussi] aussi discrètement Dos Santos sans que la France apparaisse officiellement. […]

Cette assistance militaire clandestine, ce sont Gaydamac et Falcone qui la mettent en place. Le tandem était en service commandé. D’ailleurs, ils s’en cachent à peine : « Il faut lire entre les lignes de ce contrat, tempête Falcone quand on le compare à un marchand d’armes. Nous sommes venus au secours d’un gouvernement légal, celui du président Dos Santos. La morale est dans notre camp ». Plus rusé, Gaydamac affirme ne pas avoir connaissance du contrat d’armement signé par son associé. « Mais si, d’aventure, il existe, souligne-t-il, vous remarquerez qu’il a permis de rétablir la paix. Cela seul compte ». […]

Hélas, la République est parfois ingrate avec ses serviteurs de l’ombre. Le fisc français estime que Falcone et Gaydamac, résidents français, doivent acquitter des impôts sur les 47 millions versés par l’Angola « .

Ce coup du fisc, comme la descente de police qui a suivi, montre que la République légaliste commençait d’affronter la « République souterraine » – celle qui, entre autres, gère les rentes pétrolières et les rétro-commissions sur contrats d’armement. Gaydamak a été  » protégé au-delà de toute prudence par la DST, en raison des portes qu’il lui ouvrait en Russie « .  » Falcone fut longtemps intouchable « . Mais  » un Pasqua vous manque et tout est dépeuplé « .

On est monté d’un cran deux ans plus tard, fin 1998 : selon Le Canard enchaîné du 23 décembre, Falcone  » vient de se voir menacer par les douanes d’une amende de 1,5 milliard de francs à la suite d’un achat d’armes en République tchèque pour le compte de l’Angola « . Ce qui donne un ordre de grandeur des transactions ainsi mises à l’amende…

Fin 2000, le tandem Falcone-Gaydamak est encore davantage « agressé ». Pierre Falcone est arrêté et incarcéré le 1er décembre, après la secrétaire de Brenco, Isabelle Delubac, et son gérant Jérôme Mulard. Bernard Poussier, l’ex-directeur de la Sofremi conseillé par Falcone, est mis en examen et écroué le 16 décembre : le fisc a mis en évidence des  » transferts de charges et de produits  » entre Brenco et la Sofremi . Arcadi Gaydamak fait l’objet, le 6 décembre, d’un mandat d’arrêt international . Il préfère se plaindre au Monde depuis Londres, avant de se réfugier en Israël :

 » En France, gagner de l’argent trop vite est suspect. […] Depuis des années, des dizaines de journaux m’ont présenté comme un trafiquant d’armes ou un mafieux. Je les ai tous fait condamner en diffamation par les tribunaux français. […] La France devrait me traiter en héros et elle me traite en bandit « .
Cette fois, la menace de procès en diffamation n’arrête plus la presse. Des noms sortent.  » Les enquêteurs soupçonnent le parti de Charlie [Pasqua] d’avoir bénéficié de largesses indues venant des sociétés créées par Falcone et par son associé Arkadi Gaïdamak « . Ils perquisitionnent le parti pasquaïen, le RPF et les bureaux du président du Conseil général des Hauts-de-Seine. L’occasion de découvrir qu’une résidente gabonaise, Marthe Mondoloni-Tomi, a fait un don de 7,5 millions de francs pour la campagne européenne du RPF, et s’est portée caution d’un prêt de 4 millions, par une banque monégasque. Ce n’est pas n’importe qui : à la tête du PMU gabonais, elle est la fille de Michel Tomi, général au Gabon de l’empire corsafricain des jeux des frères Feliciaggi : tout un pan du clan Pasqua, très proche de la sulfureuse banque Fiba et du régime angolais. Leurs comptes à Monaco sont l’objet d’une instruction pour  » blanchiment  » , par une justice locale guère réputée pour ses excès de zèle. Jean-Christophe Mitterrand, son ami Jean-Noël Tassez et Jacques Attali apparaissent eux aussi sur l’inventaire des commissions . Ils sont perquisitionnés les 30 novembre et 1er décembre. Les réseaux de la gauche mitterrandienne en prennent donc aussi pour leur grade. Et Yves Thréard, dans Le Figaro , fait une découverte :

 » Longtemps, les Français se sont demandés pourquoi François Mitterrand et Charles Pasqua entretenaient l’un pour l’autre une estime empreinte d’admiration. Quatre ans après la disparition du chef de l’État, l’actualité vient peut-être d’apporter une réponse. Et si le dénominateur commun était la face cachée des relations franco-africaines ? […]

Tous les personnages de ce nouveau feuilleton judiciaire sont bien connus du cercle de la « Françafrique », espèce de société secrète et informelle qui fit la pluie et le beau temps entre Paris et le continent noir jusqu’au milieu des années 90. […] L’Afrique, « pompe à fric » des partis politiques français ? On peut le dire « .

À peine perçue, cette réalité serait dépassée, d’au moins cinq années. Comme le truquage des marchés publics…

Pour corser le tout,  » l’enquête des policiers de la brigade financière […] les entraîne jusqu’à un réseau de call-girls. L’ensemble du système Falcone apparaît peu à peu. Des relations à bases financières, bâties dans les milieux les plus divers : show-biz avec Paul-Loup Sulitzer, médias avec l’ancien directeur-général de la Sofirad, Jean-Noël Tassez « .

La relance de l’enquête sur Falcone et Gaydamak se rapproche curieusement de l’affaire de la cassette de Michel Méry, avec son exposé posthume, explosif, des financements politiques occultes en Île-de-France. Brenco International et Michel Méry ont le même avocat, Allain Guilloux. Celui-ci est soupçonné de  » blanchiments de fonds entre la France et le Maroc « , en liaison avec un autre de ses clients, Henri Benhamou, mis en examen avec son partenaire Steve O’Hana pour  » blanchiment aggravé en bande organisée  » – de l’argent présumé  » issu du trafic de drogue « . En perquisitionnant chez Me Guilloux, les juges Courroye et Prévost-Desprez ont découvert  » plusieurs dossiers concernant MM. Falcone et Gaydamak « .  » Guilloux avait monté des structures immobilières sophistiquées avec le duo Falcone-Gaidamak, via des paradis fiscaux. Ainsi, le Russe serait le vrai propriétaire, via la SCI Point Carré, de l’appartement de l’avenue Raymond Poincaré gracieusement prêté à Allain Guillloux . C’est lui aussi qui a racheté, grâce à une cascade de sociétés écrans, la vaste demeure du promoteur Pellerin dans le midi  » – aussi pharaonique que la faillite dudit Pellerin.

C Pasqua

Les réseaux suisses qui font trembler la droite française – Jean-Claude Péclet et Sylvain Besson – Le Temps – 070302

Alors que les déclarations de Didier Schuller et le livre d’Eric Halphen enflamment la campagne, la justice met au jour les systèmes de financement occulte des partis français. Dans l’avion qui le ramenait à Paris le 5 février 2002, l’ancien conseiller général RPR des Hauts-de-Seine Didier Schuller, en fuite depuis sept ans, posait en père martyr. S’il avait décidé de se rendre à la justice, c’était pour reprendre en main son fils Antoine, qui avait dévoilé sur Canal+ sa cachette à Saint-Domingue, inspiré, selon son père, par des sectes et la chanteuse Marie Laforêt… Curieusement, depuis qu’il a été libéré sous caution vendredi dernier, le fugitif repenti n’a pas trouvé une minute pour appeler Antoine Schuller, qui vit à Genève et a tenté en vain de parler à son père. En revanche, l’homme qui dirigea l’office HLM des Hauts-de-Seine de 1986 à 1994 s’est montré plus loquace avec le juge Philippe Vandingenen et avec la presse. Au premier, il a confirmé le système de financement occulte du RPR par des commissions versées sur l’attribution des marchés publics.

Plusieurs millions de francs suisses ont abouti sur des comptes au Credit Suisse, à la banque Julius Bär et entre les mains du gérant de fortune genevois Jacques Heyer, en attente de procès pour faillite frauduleuse.

Missile Schuller – Aux journalistes, Didier Schuller déclare que l’avocat Francis Szpiner est «celui dont les conseils l’ont déterminé» à quitter la France en 1995, en pleine campagne présidentielle. Or Francis Szpiner n’est pas n’importe qui. Candidat à l’investiture RPR en Saône-et-Loire contre le socialiste sortant Arnaud Montebourg, il dirige la cellule de crise qui défend Jacques Chirac contre la curiosité croissante des juges. Interrogé à Saint-Domingue, Didier Schuller déclarait que les caisses noires n’étaient pas une spécialité du RPR. Apparemment, il a changé de tactique en lançant son dernier missile contre la garde rapprochée du président. L’événement intervient un mois et demi avant le premier tour de la présidentielle, tandis que la cote du candidat Chirac fléchit et que le juge Eric Halphen décrit dans un livre-réquisitoire les manoeuvres dont il a été victime pour bloquer ses enquêtes.

Le parcours de Didier Schuller ressemble à celui de Jean-Claude Méry, ancien cadre du RPR de la Ville de Paris, mort en 1999. Lui aussi a touché de l’argent des entreprises de construction sur des comptes suisses. Jean-Claude Méry travaillait avec une fiduciaire genevoise, Gestoval, et disposait d’un compte à UBS. «Un cadre de la Lyonnaise des Eaux a introduit Jean-Claude Méry chez Gestoval, se souvient un proche de la société. Il l’a présenté comme un cadre du RPR. Nous savions que l’argent de la Lyonnaise servirait à financer les permanences du RPR.» Pour acheminer l’argent à Paris, Méry le transportait lui-même, ou faisait appel à Interaf, une très discrète société genevoise de transferts de fonds.

Didier Schuller mène à un autre pan des réseaux politico-financiers français en Suisse – ce que le journaliste Nicolas Beau a appelé «La Maison Pasqua»*. Didier Schuller a fait carrière dans l’ombre de Charles Pasqua lorsque ce dernier était président du Conseil général des Hauts-de-Seine. Il invitait Pierre Pasqua, son fils, dans la chasse alsacienne que ses comptes suisses permettaient de financer. Pierre Pasqua a travaillé pour Jean-Claude Mimran, un puissant industriel actif en Afrique et résidant officiellement à Gstaad. Jean-Claude Mimran est lié à Eric de Lavandeyra, un financier genevois proche de Schuller, dont il fut le voisin à Saint-Domingue. «Je les connais, mais je ne les ai pas vus depuis des années», explique Jean-Claude Mimran.

Il y a d’autres liens entre les Hauts-de-Seine et l’Afrique, où Charles Pasqua a bâti un vaste réseau d’influence. Son bras droit au Ministère de l’intérieur, Daniel Leandri, un ancien policier, a été interrogé à Genève dans le cadre de l’affaire Elf. Il s’est décrit comme un «chargé de mission» qui percevait, lors de voyages au Gabon, au Congo ou en Angola, des commissions transférées ensuite sur des comptes suisses. Il a ainsi reçu d’Elf – dont la filiale genevoise lui versait, curieusement, un salaire – quelques millions de francs français provenant d’un contrat pétrolier avec le Cameroun. Elf a aussi souvent mis ses avions à disposition de Charles Pasqua pour ses déplacements.

Distributeur de commissions – La justice suisse a découvert des relations entre Pierre Pasqua et Etienne Leandri, qui n’est pas parent du premier. Mort en 1995, il était un partenaire en affaires de Pierre Pasqua. Il a financé le Quotidien du maire, une publication proche de Charles Pasqua. Travaillant avec des groupes français comme Thomson, cet intermédiaire a, selon un magistrat, servi de distributeur de commissions issues de grands contrats, notamment au travers d’une société écran administrée depuis Genève, Concept in communication. En 1994, GEC-Alsthom lui a versé plus de 2 millions de francs suisses, apparemment pour obtenir du Ministère de l’intérieur l’autorisation de déplacer son siège parisien en banlieue.
D’autres versements mènent des comptes suisses d’Etienne Leandri à ceux de l’ancien préfet Jean-Charles Marchiani. Vieil ami de Charles Pasqua, il a noué des liens fructueux entre le Ministère de l’intérieur et l’Angola, au travers d’un organisme parapublic, la Sofremi.

C’est sur mandat de cette société que l’intermédiaire Pierre Falcone, un ami d’Etienne Leandri, a livré des centaines de millions de dollars d’armes au régime angolais du président Dos Santos. A Genève, Pierre Falcone travaillait avec UBS et sa filiale Ferrier Lullin. C’est au travers de ses comptes suisses qu’il a financé le RPF. Il était assisté dans ses transactions angolaises par un autre client de UBS, le Russe Arkady Gaydamak, aujourd’hui réfugié en Israël. L’heure de vérité approche pour les réseaux Pasqua. La justice suisse vient de transmettre à la France un volumineux dossier concernant les activités d’«intermédiaire» d’Etienne Leandri. Le Tribunal fédéral va se prononcer sur l’envoi à Paris de documents concernant les activités de marchands d’armes du duo Falcone-Gaydamak.

Enfin, la justice genevoise a fait des découvertes qu’on dit «intéressantes» sur la revente en 1995, au prix très surfait de 17 millions de francs français, de la maison familiale des Pasqua à Grasse. L’argent de cette transaction serait passé par les comptes suisses du Libanais Antoine Tabet, actif au Congo et bénéficiaire lui aussi des largesses du groupe Elf. Ces trois dossiers pourraient réserver de bien mauvaises surprises à la droite française d’ici au deuxième tour de la présidentielle, le 5 mai prochain.

* La Maison Pasqua, Nicolas Beau, Paris, Plon, 2002

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :