Pierre Legendre ANTHROPOLOGUE SOCIOLOGIE


émission du lundi 15 octobre 2007
Pierre Legendre avec Philippe Petit
 

  Réalisation de Dominique CostaPierre Legendre est né le 15 octobre 1930 en Normandie. Attaché à cette origine, il aime à se définir aujourd’hui comme « un homme du passé et de l’avenir ». Son parcours est atypique et son œuvre monumentale. Les livres ont toujours été sa patrie. Il fit ses universités à Paris et à Rennes. À la fin des années 40, on composait son menu au gré de ses penchants. On avait le choix, dit-il, « de devenir un idiot ou de se construire ». Il a choisi la deuxième hypothèse … C’est ainsi qu’il est devenu un expert de la civilisation du droit civil, de la normativité, un anthropologue intransigeant, un penseur de l’État et des institutions…
C’est en Afrique au début des années 1960 que l’auteur de Jouir du pouvoir (1976) a commencé à s’interroger sur les nouvelles formes d’occidentalisation du monde et s’est mis à l’école de ses « maîtres nègres ». C’était au temps où les experts internationaux vendaient du « développement » à tout-va et se targuaient d’émanciper les Africains de leurs coutumes ancestrales, faisant fi des paroles de l’écrivain Hampaté Bâ disant que lorsqu’un vieux meurt en Afrique, c’est une bibliothèque qui brûle.
Depuis ces longues années d’apprentissage Pierre Legendre met à nu ce que remuent le Management et la littérature gestionnaire : le défi, le challenge, l’efficiency. Quoi encore ? Le forçage qui consiste à nouer, à la façon d’une théologie, l’ordre du marché et l’ordre du pouvoir…



lundi


– 1 : ENFANCE ET ADOLESCENCEPierre Legendre n’aime pas s’étendre sur sa vie personnelle. Il fait ici exception à cette règle. Il parle de sa lignée paternelle où l’on était boulanger de père en fils et de son père imprimeur. Il évoque ses ascendances anti-cléricales du côté de sa mère, et surtout la détresse économique qu’il connut enfant. Au travers de plusieurs anecdotes, il redonne vie à la fracture du regard chez l’enfant, et se souvient de la férocité sociale qu’il dut affronter. Il se remémore aussi ses années de guerre, le lycée jusqu’en 1948, sa lecture de Gratien, et le hasard qui lui fit étudier le droit. Reçu premier à l’agrégation en 1957, il termine cet épisode par l’évocation de son entrée dans la vie sociale : un cabinet de conseil.

mardi


– 2 : ANTHROPOLOGIE DOGMATIQUEPourquoi avoir repris ce terme maudit ?
Par quel biais traiter de la notion de Société ?
Le mot dogme n’est pas chez Pierre Legendre un concept parachuté. Il est au cœur de sa doctrine de la société comme Texte et de son usage de la psychanalyse. Il s’en explique dans le détail et nous fait part de ses rencontres intellectuelles au début de sa carrière : Jacques Rueff, le conseiller économique du général de Gaulle, François Perroux, Jacques Berque. Puis, il expose le lien qui unit la dogmaticité, sa définition, et la psychanalyse. Étudiant à la fin des années 50, il a eu vent de l’existence de la psychanalyse et a commencé à fréquenter un divan. Legendre précise alors ce que la psychanalyse lui a apporté et ce qu’il apporte à la psychanalyse. Il réfléchit ensuite sur les conséquences du chambardement généalogique tel qu’il est promu aujourd’hui dans les nouveaux codes de la famille, en Espagne, et surtout au Québec…

mercredi


3 – FABRIQUE DE L’HOMME OCCIDENTALComment rendre compte du style occidental qui institue la raison de vivre ? Car là où les humains ne supportent plus la parole réapparaît le massacre. Voilà ce que les Occidentaux industrialistes, très souvent, ignorent. Ils vivent dans le bruit et font preuve de démesure. Legendre s’insurge contre le sacrifice humain de masse. Il revisite la notion d’autorité et de normativité. Il s’aventure à donner son avis sur les événements de 1968. Il expose sa vision du pouvoir. Il condamne avec force le darwinisme social. Il reformule sa conception de l’histoire sédimentaire. Il rend hommage à Leroi-Gourhan. Il parfait sa conception des cultures humaines.

jeudi


4 – L’ÉTAT DE L’ÉTATLa France : ce vieux pays catholique qui regrette les censures et pratique la langue de bois !
Pourquoi l’ENA ? Pourquoi voir la France à travers l’ENA ?
Le film sur l’ENA de Pierre Legendre est un film sur la France, l’état de l’État en France. Fort de cette approche, l’auteur parle de la France comme une URSS qui aurait réussi. Il s’interroge sur les féodalités françaises, ce qu’est la France vis à vis de l’Europe, sur la spécificité française…
Il ne suffit plus de raisonner selon lui sur la notion de Démocratie. Il faut se demander si le principe étatique est en train d’affronter, lui aussi, la concurrence…
Une évolution qui, en Occident, paraît inscrire l’État comme un chaînon historique entre la féodalité et l’émergence du Management omnipotent ?
Mais pour ne pas simplement verser dans la critique, Legendre propose un geste fécond : la suppression du département. Une explication pleine de surprise….

vendredi


5 – DOMINIUM MUNDI : L’EMPIRE DU MANAGEMENTQu’est-ce que la gestion ? Legendre fait l’histoire de cette notion et définit le management.
Il donne son avis sur les ONG et sur l’OMC. Il se demande qui sont les maîtres du monde et pourquoi l’allégresse publicitaire s’est emparée du théâtre social. En un mot, il précise pourquoi le Management a pris possession de la planète, s’est approprié l’autorité du faste, la sensualité des rituels…
Il en profite aussi pour préciser le sens de ses trois films et de sa méthode de travail.
Il établit le lien qui unit les rituels d’entreprises et la religion.
Les rapports de forces mondiaux sont décortiqués à l’aune de ces remarques

 

 
           
les livres
 
 
 
   

 
Pierre Legendre
L’amour du censeur : essai sur l’ordre dogmatique
Seuil – Collection : Champ freudien – 2005
 


En cette Europe occidentale où se sont échafaudées les bureaucraties nationalistes, interpréter l’autorité implique une remontée plus loin, aux origines : or ce qu’un tel retour désigne comme source historique essentielle, ce n’est rien d’autre que le droit canon et la théologie scolastique.
Qu’y découvrons-nous ? Une liturgie de la soumission, doublement caractérisée. D’une part, la loi se développe en système, avec son commentaire, ses docteurs, ses excommunications ; d’autre part, le censeur est érigé en omniscient : d’être le pontife, il a droit à l’amour.
À ce modèle n’échappe pas même le discours de l’analysant, qui se présente aussi rigoureusement qu’un droit traditionnel, avec sa rhétorique de la loi et sa religion du pouvoir. Et la psychanalyse se doit de relever cette analogie entre l’écriture d’une tradition juridique et la technique du texte de l’analysant. Aussi bien, en chaque cas, ce qui transparaît, ce sont l’ordre et la symbolique sexuels. P. L.
– 4e de couverture

 
 
   

 
Pierre Legendre
Sur la question dogmatique en Occident : aspects théoriques
Fayard – 1999
 


Ce livre réunit les principaux textes que Pierre Legendre a récemment consacrés aux invariants culturels qui, explique-t-il, déterminent la structure des institutions humaines. Entre deux Leçons, il s’agit pour Pierre Legendre d’apporter sa contribution aux débats en cours sur le PACS, le mariage des homosexuels, l’égalité des sexes.
– Présentation de l’éditeur –

 
   

 
Pierre Legendre
Sur la question dogmatique en Occident, vol. 2 :Nomenclator
Fayard – Essais – 2006
 


Ce livre poursuit l’entreprise de reconsidérer le concept occidental de société, mis à mal par l’excès de confiance en la démystification scientifique universelle.
Si l’on se tient éloigné des poncifs répandus sur le pouvoir, sur le droit, sur les institutions et caetera, la Question dogmatique nous ouvre le chemin de la perplexité, autant dire les détours nécessaires vers la réalité du fait.
Non programmable en dépit de tant d’annonces, l’évolution planétaire appelle une certaine démarche pour explorer les sédiments historiques, l’en-dessous qui à son tour fait le présent de toute civilisation, à plus forte raison le présent de la communauté mondiale. Ici, j’étudie le terrain occidental. P. L.
– 4e de couverture –

 
 
   

 
Pierre Legendre
De la société comme texte : linéaments d’une anthropologie dogmatique
Fayard – collection : Essais – 2001
 


Ce livre rassemble les éléments définissant un nouveau champ. Après l’Anthropologie physique ou biologique, puis sociale, est venu le temps, pour la réflexion contemporaine, d’une anthropologie dogmatique. P. L .

 
 
   

 
Pierre Legendre
Le crime du caporal Lortie ; Traité sur le père
Flammarion – collection : Champs – 2000
 


Le 8 mai 1984, un jeune caporal de l’armée canadienne faisait irruption dans l’Assemblée nationale du Québec, avec l’intention de tuer le gouvernement. Courant dans les corridors, tirant à l’arme automatique sur les gens qu’il croisait, Denis Lortie arrivait bientôt à la Chambre où se réunissent les députés. Mais, ce jour-là, l’Assemblée ne siégeait pas et la salle était vide. Il alla s’asseoir dans le fauteuil du Président. Une négociation s’ensuivit pour le désarmer. Après sa reddition, on compta trois morts et huit blessés. La doctrine du meurtrier s’est dite en une formule :  » Le gouvernement du Québec avait le visage de mon père.  » Ces Leçons VIII étudient ce cas de parricide. Faut-il donc que de nos jours le rapport des montages normatifs à la tragédie ne soit plus représentable qu’à l’occasion des mises en acte ? Le temps nous presse. Comment faire face, pour notre temps, à la nécessité de mettre en paroles la scène humaine de l’inceste et du meurtre, afin d’en déjouer l’accomplissement dans la vie quotidienne ? L’interdit est avant tout un problème de vérité – la vérité de la différenciation humaine. Tel est le sens de l’office du père, indissociable du principe de Raison dont il est, en somme, la traduction juridique. Tout parricide le dévoile : le meurtrier s’attaque à la construction même de la Raison.
– 4e de couverture (de l’édition brochée)

 
 
   

 
Pierre Legendre
La balafre : discours à de jeunes étudiants sur la science et l’ignorance [: à la jeunesse désireuse …]
Mille et une nuits – Collection : Summulae – 2007
 


« À l’âge de ceux auxquels je m’adresse aujourd’hui, je vivais la perplexité du jeune étudiant devant l’Himalaya des savoirs. Je pris le parti de jouer à la loterie. Et la roue du destin s’arrêta sur une case qui ne manquait pas d’être énigmatique : « Droit ». Ainsi commença ma navigation, par l’apprentissage juridique, lequel, en ce temps-là, comme je le découvris par la suite, était une voie, si je puis dire royale, pour entrer dans la compréhension de la civilisation industrielle enfantée par l’Occident. La bonne fortune aidant, je tombai un jour sur la dédicace de l’empereur Justinien en introduction à ce manuel de droit romain si célèbre dans l’histoire de la culture européenne, appelé Institutiones : « À la jeunesse désireuse des lois » (« Juventuti cupidoe legum »). Cette amicale formule m’est devenue inoubliable. De ces premiers mots, que je reçus alors comme un emblème, je fais ici matière à réflexion, pour remettre en honneur le désir de savoir, que menace d’ensevelir, de tout temps, le bourrage de crâne, mais aussi, à notre époque, son inverse symétrique, c’est-à-dire la vacuité promue au nom de la circulation des connaissances. D’où mon adresse : À la jeunesse désireuse…
Mais que veut dire désirer savoir ?» P. L.
La Balafre est le texte de la conférence prononcée par Pierre Legendre sur le savoir et l’ignorance, en octobre 2006, devant des élèves de classes préparatoires, au lycée Louis-le-Grand à Paris.
– 4e de couverture –

 
 
   

 
Pierre Legendre
La fabrique de l’homme occidental – suivi de – L’homme en meurtrier
Mille et une nuits – La petite collection – 1996
 


Pourquoi l’interdit ? Pourquoi les lois ? Qu’est-ce que l’État ? Comment séparer le juste de l’injuste ? État, Religion, Révolution, Progrès, ces artifices sont emportés dans le déchaînement du Management scientifique promis à la terre entière. La peur de penser en dehors des consignes a fait de la liberté une prison. Philosophe, historien du droit et des institutions, Pierre Legendre explique avec lucidité comment l’homme raisonnable organise le monde pour tenter d’échapper à l’abîme de son origine introuvable, ce mur de nuit auquel il s’adosse.
– 4e de couverture –

 
 
   

 
Pierre Legendre
Jouir du pouvoir : traité de la bureaucratie patriote
Minuit – collection : Critique – 1976
 


Comment le pouvoir s’y prend-il pour nous faire ? Tous les discours délirent, dès lors que s’agite cette question, imaginairement résolue ; notre enfance là-dessus ne se dément pas. Instituer une reproduction suppose un savoir édifié sur le sexe, et la passion pour cette espèce de vérité. Au sujet des institutions nationales est imposé un discours prêt-à-parler, qui vide la question de la parole.
L’amour politique constitue le sujet du nationalisme, ce sujet qui n’a rien à dire, résonnant seulement du désir inspiré. Les chefs légalement parlent à sa place, d’un paradis sans différences, où se déclasse la guerre civile elle-même. L’État pur est ainsi la pureté même, et les chefs nous rendent le service du salut. Ainsi délire le centralisme, sublime doctrine d’un monde sans coupure, où personne ne marche sans la référence aux idoles.
Le régime industriel ne saurait se répandre hors d’une telle barbarie. La plus moderne technocratie se nationalise en France, à l’aide du vieux discours de l’amour dévorant. Aucune manipulation n’est plus efficace que celle-là. Pour le reconnaître, il faut descendre jusqu’au Texte, au point précis de la dogmatique où travaillent les légistes ; la croyance centraliste, inescamotable et totalement incomprise, se montre là en un style d’innocence, décrétant sur la jouissance.
– 4e de couverture –

 
 
   

 
Pierre Legendre
Miroir d’une nation : l’École nationale d’administration – suivi de – Les collages qui font un État
Mille et une nuits – Arte Éditions : La petite collection – 1999
 


À l’heure de l’empire universel des affaires et de la métamorphose des États par le Management, le modèle français d’exercice du pouvoir et l’École qui assure son renouvellement sont remis en cause. Objet de haine et de fascination, l’ENA est le miroir de la Nation française et le témoin de ses modernités successives. Pour l’auteur, qui a inauguré en France l’histoire de l’Administration comme discipline, le repli des États et la perspective d’une reféodalisation planétaire laissent pendante l’interrogation sur l’homme et ses attaches. P.L.
– 4e de couverture –

 




Pierre Legendre
La passion d’être un autre : étude pour la danse
Seuil – Champ freudien – 1978


préf. inédite de l’auteur
La danse est la forme la plus animale de ce que nous appelons art. Déchiffrer le discours muet des corps danseurs et, dans le cas occidental, repérer jusque dans les chorégraphies ultramodernes l’anatomie mystique signée du marquage chrétien, tel est l’exercice.
En cette affaire – affaire d’inconscients aussi -, s’agitent les questions de la pratique cérémonielle et d’un vaste enchaînement de références au Sexe fabuleux. Les danses s’inscrivent comme proclamations mythologiques du sens, au cœur d’une légalité sociale.
Ce livre a inauguré une voie d’étude sur la danse et les systèmes chorégraphiques, à la croisée des chemins pour l’anthropologie : esquisse déjà d’une anthropologie dogmatique. P.L.

 
 
   

 
Pierre Legendre
Dominium mundi : l’empire du management
Mille et une nuits – juin 2007
 


Le Management est un Empire mou ; c’est là sa force. Des myriades de pouvoirs en réseaux volatilisent les formes inaptes à la compétition.
La Globalisation-Mondialisation a semblé l’ultime étape de l’occidentalisation de la planète. Avec, à la clé, la folklorisation des cultures qui résistent encore et l’alignement des individus sur la maquette euro-américaine.
Mais quelque chose se durcit dans les rapports mondiaux, quelque chose de guerrier, qui déborde la techno-science-économie et touche aux ressources généalogiques, à la Terre intérieure de l’homme. P.L.

– 4e de couverture –

           
les films, DVD et vidéos
 
 
 
 

 
Gérard CAILLAT
Dominium Mundi , l’empire du management
Paris, Idéal audience international – 18 septembre 2007
 


Film documentaire réalisé par Gérald Caillat, conçu avec Pierre Legendre et Pierre-Olivier Bardet, pour la chaîne ARTE, qui complète le triptyque qui comporte La Fabrique de l’homme occidental (1997) et Miroir d’une Nation. L’École Nationale d’Administration (2000).

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