paradis fiscaux POLITIQUE INTERNATIONAL

POLITIQUE INTERNATINALE N° 91 – PRINTEMPS 2001
LE CHARME DISCRET DES PETITES ILES
 
Article de Marc-Antoine PEROUSE DE MONTCLOS
Politologue.

Les micro-Etats insulaires de l’hémisphère Sud projettent une image de carte postale touristique, en même temps qu’ils sont affligés d’une réputation sulfureuse, alimentée par les films de James Bond ou les romans d’espionnage de John Le Carré. A l’instar de la Suisse, ils apparaissent comme des «pays sans histoire», font rarement la Une de l’actualité et abritent souvent les grandes fortunes de puissances occultes. A condition d’avoir atteint un certain niveau de développement, ces petites îles permettent, en effet, de blanchir de l’argent sale et de domicilier le siège social d’entreprises douteuses. Sur le plan diplomatique, stratégique et économique, elles revêtent un intérêt inversement proportionnel à leur taille, qu’il s’agisse de gagner une voix à l’Assemblée générale de l’ONU, d’obtenir des facilités du point de vue militaire ou de s’assurer une position avantageuse sur les grandes routes maritimes de ce monde.

Les attributs étatiques de ces petits territoires, conjugués à leur vulnérabilité intrinsèque, excitent la convoitise des gouvernements du monde industrialisé comme des organisations criminelles. On constate une corrélation très forte entre l’exiguïté des micro-Etats insulaires, leur instabilité politique et le risque d’une criminalisation de leur économie. L’analyse de ce cocktail explosif et des dangers qui en découlent pour la communauté internationale requiert une double lecture, politique et géographique.

Des Etats si fragiles …

Les micro-Etats insulaires rencontrent généralement d’énormes difficultés pour mettre en place une administration digne de ce nom sur des îlots épars et parfois déserts, ainsi que sur des zones maritimes dont la surveillance nécessite des moyens hors de proportion avec les ressources des gouvernements concernés. Les gardes-côtes ne peuvent guère inspecter efficacement des espaces immenses.

Administrations défaillantes

Des innombrables îles que comptent les Samoa occidentales, par exemple, neuf seulement sont véritablement habitées, représentant 90% de la superficie du pays et plus de 80% de sa population. De même, les Seychelles recensent plus d’une centaine d’îles, inhabitées pour la plupart, et dont certaines se trouvent à un millier de kilomètres de la capitale. La Guinée équatoriale s’étend, elle aussi, sur de vastes étendues. Sa capitale se dresse sur le cratère d’un volcan éteint: l’île de Bioko est la partie émergente d’une chaîne de montagnes qui commence au Cameroun et se prolonge vers le sud-ouest, au-delà de São Tomé, jusqu’à Annobón. Anciennement connu sous le nom de Pagalù, Annobón est un petit îlot qui dépend de la Guinée équatoriale. Avec une seule localité, Palé, et un dispensaire géré par des missionnaires, il ne compte que 2000 habitants, principalement des pêcheurs, et n’est même plus ravitaillé par avion depuis 1992 – année au cours de laquelle la coopération espagnole a supprimé le vol mensuel qu’assurait un appareil militaire (1). En 1988, il a été question d’y déverser des déchets nucléaires et la population demande, depuis lors, son autonomie …

Les contraintes de la géographie compliquent indéniablement la gestion d’archipels éclatés ou d’Etats «à cheval» entre le continent et la mer. Les tentatives de fédération ont généralement échoué. Formée en 1958, la fédération des West Indies n’a pas survécu au départ de la Jamaïque dès 1961, de Trinidad en 1962, puis de La Barbade en 1966 (2). Elle a fini de se décomposer au début des années 1970, quand ses autres membres ont à leur tour revendiqué leur indépendance pour des questions d’égalité plus que de démocratie. D’Antigua à la Dominique en passant par Grenade, Montserrat, St Kitts & Nevis, Anguilla, Ste Lucie et St Vincent, ces territoires n’ont jamais réussi à dégager un autre dénominateur commun que la proximité géographique. Espagnoles d’origine, françaises de tradition et britanniques d’adoption, leurs cultures pourtant hybrides et métisses n’ont pas fait bon ménage.

Pour les peuples marins, l’eau est certes avant tout une voie de passage. Mais elle devient aussi un obstacle lorsque les institutions étatiques importées par les Occidentaux se révèlent fragiles. Mandatés par l’ONU pour gérer des îles souvent découvertes par les Espagnols puis colonisées par les Britanniques ou cédées aux Allemands et occupées par les Japonais, les Américains en fournissent un bon exemple après la Seconde Guerre mondiale avec leur Trust Territory of the Pacific Islands. Les îles Mariannes du Nord étaient commandées par Saipan, une «capitale» qui tenait plus du baraquement militaire que d’une ville à proprement parler. De même, le chef-lieu des îles Marshall, Majuro, a mis longtemps à s’imposer face à Kwajalein, une base de missiles. Quant aux îles Carolines, elles répondaient à l’autorité de quatre centres administratifs éparpillés sur plus de trois mille kilomètres: Ponape, Yap, Truk et Koror.

Instabilité politique

Cette région du Pacifique offre, il est vrai, des cas extrêmes. Aux îles Gilbert – devenues indépendantes sous le nom de Kiribati – , Tarawa est une capitale artificielle et d’autant moins viable, économiquement, qu’à cinq cents kilomètres de là, les ressources en phosphates du pays sont pratiquement épuisées. A Fidji, les deux principales îles s’ignorent superbement, avec Lambasa sur Vanua Levu au nord et Suva, la capitale officielle du pays, sur Viti Levu au sud. Ailleurs, les tensions ont pu tourner à l’affrontement armé: en Papouasie-Nouvelle-Guinée, Port Moresby est ainsi confronté aux velléités sécessionnistes de Bougainville où sont exploitées des mines de cuivre à ciel ouvert, parmi les plus importantes au monde. Les coups d’Etat en série qui ont secoué les îles Fidji et Salomon, au mois de mai 2000, ont montré à quel point ces territoires n’avaient plus rien de … pacifique!

La fragilité politique des micro-Etats insulaires n’affecte pas que l’océan Pacifique. En Afrique, l’archipel du Cap-Vert connaît des tiraillements similaires. En février 2000, la question de la succession du premier ministre a mis à nu les dissensions entre les factions Sampadjudo du nord et Baduista du sud: la première comprend les élites formées sur l’île où se trouvait l’unique lycée du pays avant l’indépendance, tandis que la seconde représente les intérêts de l’actuelle capitale, Praia. Toujours sur la côte occidentale de l’Afrique, São Tomé est confronté à des problèmes analogues: les émeutes autonomistes de 1981 à Príncipe ont finalement débouché sur la mise en place d’une Assemblée régionale en 1994. Les partisans de l’autonomie tiraient argument de l’importance que la «petite» Príncipe avait pu prendre au XVIIIe siècle, quand le colonisateur portugais y avait installé sa capitale (Santo António), pour échapper aux querelles sanglantes de São Tomé.

De l’autre côté du continent Noir, Mayotte a d’abord refusé de participer à l’indépendance des Comores en 1975, préférant rester sous tutelle française après que le chef-lieu de l’archipel fut transféré de Dzaoudzi à Moroni. Ensuite, Anjouan a quitté la république islamique des Comores pour revendiquer son autonomie et, même, un retour dans le giron colonial de la France – demande qui embarrasse fort le Quai d’Orsay mais comble d’aise un Jean-Marie Le Pen!

Les problèmes ne sont pas moins criants dans le cas des îles administrativement rattachées au continent. Après l’indépendance, en 1975, l’Etat commun à l’archipel du Cap-Vert et à la Guinée-Bissau – qui avaient combattu ensemble le colonisateur portugais – a tenu cinq ans, seulement, avant d’éclater en deux entités séparées. Aujourd’hui, les «continentaux» de Guinée équatoriale se plaignent quant à eux de la mainmise de Malabo, la capitale située sur l’île de Bioko qui abrite moins d’un tiers de la population. Bien que les deux seuls présidents qu’ait connus le pays depuis l’indépendance soient des Fang du continent, les habitants du Rio Muni, «coincés» entre le Gabon et le Cameroun, supportent mal le dynamisme économique des Bubi de l’île. Ils ont récemment obtenu un transfert «provisoire» du siège du gouvernement à Bata, sur leur territoire. Parallèlement, s’est développé à Malabo un courant séparatiste: le Movimiento de Autodeterminación de la Isla de Bioko, qui dénonce la clique présidentielle du clan fang des Esangui.

En Tanzanie, c’est Zanzibar qui rechigne à être gouvernée depuis le continent et qui rêve de sa grandeur passée. En 1840, les sultans d’Oman, à Mascate, en avaient fait la capitale d’un empire qui s’étendait du golfe Persique jusqu’aux abords de Madagascar. L’île avait le quasi-monopole mondial du clou de girofle et s’était enrichie grâce à la traite négrière. Mais l’indépendance, proclamée le 10 décembre 1963, n’a duré que 33 jours. Une insurrection de la population africaine a chassé le sultan et a été suivie de mutineries au sein de l’armée au Tanganyika, sur le continent. Une fois l’ordre rétabli par les troupes britanniques, le Tanganyika et Zanzibar ont formé la République Unie de Tanzanie, en avril 1964. La ville de Zanzibar y a perdu son statut de capitale et son indépendance.

A la faveur de l’introduction du multipartisme, au début des années 1990, le groupe Kamahuru de Seif Sharif Hamad a réclamé une révision de l’Acte d’Union. Bien que les partis régionalistes fussent interdits, le président du mouvement, le prince Mahinja-Bajenda, n’a pas hésité à affirmer qu’il considérait Zanzibar comme «une nation au même titre que l’ancien Tanganyika» (3). Il a noué des contacts avec la Convention nationale pour la construction et la réforme – qui s’était créée sur le continent en 1992 pour affronter le parti de la révolution au pouvoir, le Chama Cha Mapinduzi. A la fin de l’année 2000, le truquage des élections a exacerbé les tensions sur l’île.

La police du continent y a été déployée pour réprimer les troubles et le gouvernement tanzanien maintient en permanence 80000 hommes de troupe sur le territoire insulaire – soit 11% de la population de Zanzibar et l’un des encadrements sécuritaires les plus denses de la planète (4).

Le comble est qu’au terme de ces processus de division cellulaire, on a pu assister à la fragmentation de territoires parfois minuscules. Avec Chypre et l’Irlande, l’Europe n’a guère de leçons à donner dans ce domaine, sans parler des conséquences de la guerre froide sur la péninsule coréenne. Dans les pays du Sud, le plus souvent, de telles divisions résultent des «hasards» de la colonisation, à l’image de Timor, bien sûr, mais aussi de Hispaniola, avec Haïti et la République dominicaine, ou de la Nouvelle-Guinée, avec la Papouasie et Irian. L’Océanie présente, là encore, un palmarès bien fourni. Du nord-ouest vers le sud-est, l’archipel des Salomon se compose, d’une part, de Bougainville et de petits îlots gérés par la Papouasie et, d’autre part, d’un Etat qui s’est débarrassé de la tutelle britannique en 1978 et qui a pour capitale Honiara, sur l’île de Guadalcanal. De même, les Samoa sont-elles partagées entre un royaume indépendant et une possession américaine dont les «capitales» respectives, Apia et Pago-Pago, ne sont distantes que de 130 kilomètres.

Au total, l’insularité apparaît comme un puissant facteur centrifuge. Les îles ont représenté jusqu’à 30% des nouveaux Etats créés après la Seconde Guerre mondiale, au risque de donner lieu à des absurdités comme Nauru, devenue indépendante avec 7000 habitants, alors que les îles Salomon, trente fois plus peuplées, restaient britanniques (5). Aujourd’hui encore, les îles constituent la plupart des 35 Etats comptant moins de 500000 habitants et siégeant néanmoins à l’ONU. Les Nations unies ont d’ailleurs dû abaisser les seuils qui définissaient la catégorie des micro-Etats insulaires, à savoir une population et une surface inférieures à 200000 habitants et à 2000 kilomètres carrés, contre un million d’habitants et 4000 kilomètres carrés au début des années 1980.

Un intérêt stratégique magnifié par la guerre froide

Naturellement, des entités aussi petites sont incapables de résister à l’appétit des puissances, moyennes ou grandes. Il y a une disproportion flagrante entre la dimension lilliputienne des micro-Etats insulaires et l’intérêt que ceux-ci peuvent susciter. Exemple type: Diego Garcia, îlot mauricien dont les Britanniques avaient expulsé l’intégralité des 1400 habitants à l’indépendance (6) et où les Américains ont établi une importante base militaire …

Sous le folklore des ralliements aux supergrands …

La simple possession de territoires isolés présente, en soi, des avantages certains, qu’il s’agisse d’y stocker des produits toxiques ou d’y reléguer des citoyens indésirables. C’est même une fonction traditionnelle des îles «lointaines» que de servir de bagnes. La Réunion, la Nouvelle-Calédonie, tout comme l’Australie, ont été colonisées par des forçats. Vide d’habitants lorsque les Portugais l’occupèrent, São Tomé constitue, de ce point de vue, un cas éloquent. Lisbonne y déporta d’abord les éléments rebelles de ses colonies africaines sur le continent, puis les opposants au fascisme, tel un Mario Soares, futur premier ministre et président, qui y fit un séjour forcé de huit mois en 1970. São Tomé a ensuite accueilli un «terroriste» basque dont l’Espagne voulait se débarrasser – au prix, dit-on, d’une coopération dont le budget annuel approchait les quatre millions de dollars dans les années 1980 (7).

Ce dernier exemple est révélateur. Du temps de la guerre froide, l’aide à destination de la Guinée équatoriale, des îles du Cap-Vert et de São Tomé a compté parmi les plus élevées au monde, rapportée au nombre d’habitants. La Guinée équatoriale a ainsi importé presque tous les biens de consommation courante dont elle avait besoin malgré le déficit de sa balance des paiements (elle est l’un des seuls Etats d’Afrique noire à ne pas disposer de sa production de bière locale!). En exagérant la valeur stratégique de ces territoires, la rivalité Est-Ouest a permis aux petites îles sans ressources de monnayer leur ralliement à Moscou ou à Washington.

Les dictatures insulaires n’ont pas toutes rejoint le camp soviétique. A São Tomé e Príncipe, les Russes avaient installé deux radars, tandis que des conseillers cubains et un contingent angolais étaient venus soutenir cette république – l’une des plus jeunes du camp «socialiste». Pour autant, le pays n’a pas versé dans le communisme de guerre. Dans les rues de la capitale, on pouvait aisément croiser le président Manuel Pinta da Costa au cours de ses promenades à pied, sans gardes du corps ni escorte armée. L’un des paradoxes du régime, et pas le moindre, était que les soldats angolais qui traînaient leurs guêtres sous le soleil côtoyaient des hommes d’affaires sud-africains dans leurs voitures climatisées. Or, à la même époque, Cubains et Sud-

Africains se faisaient la guerre en Angola.

La Guinée équatoriale, elle, a connu un sort bien plus funeste mais qui n’en est pas moins révélateur des enjeux insulaires, si l’on en croit le nombre invraisemblable d’ambassades représentées à Malabo – capitale d’un pays qui compte à peine 400000 habitants. Arrivé au pouvoir en 1968, au moment de l’indépendance, Francisco Macías Nguema s’est assez vite rapproché de Moscou. La brutalité du dictateur finit toutefois par semer le trouble dans le camp soviétique. Près de la moitié de la population tenta de fuir l’enfer tropical d’un régime sanguinaire, ce dont témoignent encore aujourd’hui les épaves des bateaux coulés par les gardes-côtes dans la rade de Malabo. Tant et si bien que les Cubains aidèrent au renversement de Francisco Macías Nguema, tandis que les Roumains et les Nord-Coréens essayèrent de le remettre en place (8) ! Teodoro Obiang Nguema, qui prit le pouvoir lors du «Golpe de la Libertad» en 1979, était un neveu du dictateur évincé et il ne montra pas plus d’inclination pour la démocratie que son prédécesseur. Son culte de la personnalité lui valut d’être surnommé El Colgado, c’est-à-dire «le suspendu», à cause de l’omniprésence de ses portraits dans les administrations et les magasins. Il a muselé l’opposition en exil, la Convergencia para la Democracia Social, et s’est doté d’un parti unique, le Partido Democrático de Guinea Ecuatorial. Il s’est fait régulièrement réélire à la tête de l’Etat avec des scores écrasants et sa crainte d’être victime d’un coup d’Etat était le signe de sa popularité!

En dépit d’un piètre bilan en matière de droits de l’homme, Teodoro Obiang Nguema put se targuer d’avoir su mener, à son avantage, un virage pro-occidental à 180°. La France, en particulier, a beaucoup misé sur la Guinée équatoriale. En 1985, l’abandon de la monnaie locale, l’ekuele, et l’entrée dans la zone franc furent présentés comme un succès et comme une sorte de revanche sur l’ancien colonisateur espagnol. Paris fit construire un impressionnant blockhaus en guise de chancellerie et inaugura un centre culturel flambant neuf, censé ridiculiser son homologue espagnol, logé dans des bâtiments préfabriqués. Justifiée par la présence du Cameroun et du Gabon voisins, la francophonie est devenue le mot d’ordre des autorités qui reprochaient à la coopération espagnole de ne pas en faire assez … ou, au contraire, d’en faire trop depuis que Madrid avait facilité la fuite des auteurs d’une tentative de coup d’Etat en 1983.

…perce l’influence des poids lourds régionaux

Ces luttes d’influence ont également impliqué les pays de la région. Peuplé d’une bonne centaine de millions d’habitants, le Nigeria a sans doute été le plus envahissant de tous les voisins de la Guinée équatoriale. Dès la fin des années 1950, les 35000 Nigérians exploités dans les plantations de l’île avaient servi d’argument pour demander l’annexion d’un territoire, Bioko, que les Espagnols appelaient encore Fernando Poo. Lors de la sécession biafraise, en 1967, les avions qui ravitaillaient les rebelles, la nuit, partaient justement de Bioko. Cet épisode a d’ailleurs inspiré le roman de Frederick Forsythe, The Dogs of War, qui met en scène des mercenaires de l’époque … L’auteur y soutient que le chef de la sécession, Odumegwu Ojukwu, aurait sérieusement songé à se replier en Guinée équatoriale et à y créer un Etat-refuge pour les Ibo encerclés dans le réduit biafrais (9).

Evidemment, le Nigeria a mal digéré ces complicités forcées ou tacites. En 1976, les massacres d’immigrés nigérians n’arrangèrent pas les choses. La pression militaire se fit directe. A plusieurs reprises, Lagos a dépêché à Malabo des troupes aéroportées pour ramener à la raison le gouvernement Nguema à propos d’un projet de décharge nucléaire ou de la présence d’agents du régime de l’apartheid. Il faut dire que les infiltrations de l’Afrique du Sud n’ont pas été qu’un prétexte inventé par le Nigeria. Dans le jeu Est-Ouest de la guerre froide, l’outsider sud-africain a souligné, à sa façon, la dimension prioritairement régionale des enjeux insulaires. Soumis aux sanctions de la communauté internationale, Pretoria a en effet élaboré une véritable stratégie de contournement qui utilisait les îles entourant le continent (10). Dans l’épaisse forêt des montagnes de Bioko, l’Afrique du Sud a, par exemple, installé une ferme expérimentale que le Nigeria a accusée d’abriter une base de missiles et d’espionnage. Lagos a obtenu l’expulsion des «conseillers agricoles», bientôt revenus sur place avec d’autres passeports.

Les Seychelles, les Comores, Maurice et São Tomé ont aussi fait les frais des visées de Pretoria. Les services de sécurité sud-africains ont notamment commandité le coup d’Etat destiné à renverser le gouvernement «socialiste» du président France Albert René, aux Seychelles en novembre 1981. Dirigé par Mike Hoare, un mercenaire d’origine irlandaise, le commando débarqua à l’aéroport déguisé en équipe de rugby et fut piteusement démasqué après que les douaniers eurent découvert des armes de gros calibre dans ses bagages (11)! Aux Comores à partir de 1979, le régime de l’apartheid a entretenu les mercenaires qui, sous la conduite de Bob Denard, devaient former la garde personnelle du président jusqu’en 1990 (12). L’Afrique du Sud n’a pas, non plus, épargné ses efforts sur le plan diplomatique: elle est parvenue à rallier à sa cause le président du gouvernement régional de Madère, Alberto João Jardim, qui a fait pression sur Lisbonne pour atténuer les sanctions internationales contre Pretoria.

Parallèlement, la pénétration sud-africaine sur ces îles a revêtu une dimension économique. A São Tomé, la majeure partie des biens de consommation courante provenait du pays de l’apartheid: des matériaux de construction au Coca-Cola, en passant par la bière qui rivalisait avec la marque locale Rosema. Le premier financier sur place, Christian Hellinger, représentait les intérêts des Sud-Africains dans l’île: il rapatriait vers l’Afrique du Sud les bénéfices tirés des mines de diamant angolaises et renseignait Pretoria sur les mouvements de troupes cubaines que ses appareils convoyaient vers le continent.

Officiellement consul des Philippines et pourvu, vraisemblablement, de la double nationalité sud-africaine et allemande, sous le nom de Christian Rippert, Hellinger avait acheté la moitié des parts d’Equatorial, la compagnie nationale d’aviation, et avait quasiment monopolisé le secteur des importations par le biais de Transafrik, une entreprise de fret aérien. Outre d’importants intérêts économiques en Angola et en Namibie, il avait par ailleurs investi dans la construction et le tourisme en ouvrant un village de vacances à São Tomé et en créant un club pour milliardaires sur Príncipe, le Bombom Island Resort …

Les enjeux de la micro-insularité à l’ère de la mondialisation

La stratégie de l’Afrique du Sud traduisait bien la permanence d’enjeux insulaires qui allaient survivre à la fin de la guerre froide. En effet, l’extension des zones exclusives en matière de pêche, de réserves marines ou de prospection pétrolière a largement contribué à rehausser l’importance des petits Etats insulaires au regard de leur puissance réelle, notamment dans les régions où ont été découverts des gisements d’hydrocarbures prometteurs. La Guinée équatoriale et São Tomé s’efforcent ainsi de marcher dans les traces de Trinidad et Tobago. A São Tomé, Mobil s’est mis sur les rangs pour l’exploitation du pétrole offshore qui devrait débuter dès que les contestations frontalières du Nigeria et de la Guinée équatoriale sur les zones économiques exclusives se seront estompées. A Malabo, l’enrichissement soudain de la Guinée équatoriale, nouvel «émirat africain», a également ravivé de vieux conflits à propos de la délimitation des eaux territoriales avec le Cameroun, le Nigeria et le Gabon, qui revendique l’île de Corisco. Sur le continent, un litige frontalier assez similaire entre le Cameroun et le Nigeria, autour de la péninsule de Bakassi, a laissé le champ libre à la Guinée équatoriale pour exploiter le pétrole dans la zone contestée et vendre son gaz liquéfié au Ghana. L’ouverture de nouveaux gisements a mis aux prises Elf du côté nigérian et Mobil du côté équato-guinéen …

Cependant, les lois du marché et une compétition accrue, n’ont pas favorisé l’agriculture des petites îles, ainsi qu’en ont témoigné la difficile renégociation des accords de Lomé et les rencontres de la Commission de l’océan Indien à propos du sucre, de la banane ou du cacao – des filières souvent essentielles à l’échelle d’économies lilliputiennes. D’une manière générale, ni les ressources naturelles ni les positionnements stratégiques, qui constituaient deux atouts classiques de la géopolitique bipolaire, n’ont suffi à assurer des rentes de situation dans le contexte d’une globalisation grandissante. Du coup, les micro-Etats insulaires ont dû opérer une sorte de reconversion en cherchant à vendre au plus offrant des parcelles de leur souveraineté.

Les attributs de la souveraineté mis à l’encan

São Tomé, par exemple, a négocié avec Taiwan son droit de vote à l’Assemblée générale des Nations unies en échange d’une coopération avoisinant les dix millions de dollars par an. En 1997, la petite île accréditait un ambassadeur de Taipeh et mettait fin au contrat des quelque cinquante médecins chinois qui dispensaient, tant bien que mal, les soins en milieu rural. En représailles, Pékin a décidé de rompre ses relations diplomatiques avec São Tomé … La représentation commerciale des

Seychelles à Hong Kong a écoulé de son côté, tout à fait officiellement, des passeports vendus 25000 dollars l’unité. Les acquéreurs chinois et russes pensaient, grâce à ces papiers, pouvoir émigrer en Europe. Suite aux protestations occidentales, le gouvernement seychellois a dû se montrer plus regardant: il a décidé de relever de 10000 dollars le prix d’achat du passeport et d’imposer le dépôt d’une caution de 500000 dollars aux candidats à la citoyenneté des îles. Ce qui n’a nullement empêché des responsables comoriens de fournir, selon des rapports du FBI, des passeports et des explosifs aux terroristes qui ont fait sauter les ambassades américaines à Nairobi et à Dar es-Salaam en 1998. Les militaires comoriens à l’origine du coup d’Etat de 1999 ont, quant à eux, fait la tournée des puissances arabes pour tenter de vendre des passeports de leur pays et résorber ainsi les arriérés de salaires des fonctionnaires!

Les risques d’une dérive criminelle

Que peuvent donc offrir de plus des micro-Etats dépourvus de ressources naturelles en dehors du tourisme ou d’une spécialisation agricole (la vanille aux Comores, la canne à sucre à Maurice et le girofle à Anjouan)? Faute de pouvoir négocier les alliances d’antan, ils en sont réduits à brader leurs pouvoirs régaliens en proposant des «prestations de services» très spéciales, telles que le «stockage», «l’écran de fumée» ou «l’impunité» …

De fait, les terres inoccupées se prêtent tout particulièrement à une fonction d’entrepôt pour les trafiquants. Dans les Caraïbes, de minuscules îlots servent de point de ravitaillement aux avions qui transportent de la cocaïne sud-américaine. Les îles de l’océan Indien, elles, font transiter de l’héroïne et du mandrax en provenance d’Asie (13). L’île de Mafia, petite cousine de Zanzibar, mérite désormais son nom puisqu’on y aurait repéré des mafiosi italiens y stockant de l’héroïne!

Autre spécialité des micro-Etats: la fonction d’écran. Depuis que le Congo «démocratique» des Kabila père et fils a replongé dans la guerre, en 1998, la contrebande de diamants bruts y a fait florès et l’île Maurice s’est imposée comme une filière majeure de réexportation vers Anvers – principal centre mondial du négoce et de la taille des pierres précieuses. Dans le même ordre d’idées, une compagnie offshore enregistrée aux Seychelles a pu relayer des trafics d’armes à destination de la Libye (14). Les Seychelles ont aussi permis de contourner l’embargo des Nations unies et de vendre du matériel de guerre au gouvernement intérimaire du Rwanda pendant le génocide de 1994. Par la suite, les autorités seychelloises ont affirmé que ces armes avaient été déclarées comme étant destinées au Zaïre.

Dans bien des cas, la collusion des Occidentaux et des autochtones est patente. En témoigne le scandale dans lequel s’est trouvé impliquée la société transalpine Intertrade: les Italiens avaient noué une alliance avec des Comoriens pour écouler de la marchandise dans un pays insolvable avant de la revendre en sous-main à des Sud-Africains, tout en prétendant toucher un remboursement des assurances concernées, à savoir la Sace – organisme gouvernemental de crédit à l’exportation et équivalent de la Coface française.

Toutefois, il serait trop facile de présenter les micro-Etats insulaires comme de simples victimes des trafics auxquels ils sont parties prenantes. Il y a conjonction d’intérêts, et pas seulement au niveau des gouvernements. Les parties utiles des archipels étant souvent surpeuplées – avec des densités qui dépassent les 200 habitants au kilomètre carré – , de forts courants migratoires ont créé des diasporas qui relaient les flux de biens illicites. La moitié de la population du Cap-Vert et pas moins de 200000 Comoriens vivraient à l’extérieur de leur pays. Tandis que des Capverdiens ont été arrêtés pour trafic de drogue en Hollande, des Mauriciens d’outre-mer inondent la France de contrefaçons locales dont le volume, selon les statistiques douanières, n’a rien à envier à la part de la Thaïlande ou de la Chine sur le marché hexagonal.

De leur côté, les gouvernements de ces petites îles ont pu favoriser la criminalité organisée en libéralisant leur économie de façon à offrir des espaces d’impunité aux trafiquants d’envergure internationale. Dans les micro-Etats insulaires érigés en paradis fiscaux et en zones franches, les opérations de recyclage d’argent sale ont pris une dimension singulière. Fin 1995, les Seychelles ont poussé cette logique à son comble en envisageant – mais la tentative a finalement échoué – d’accorder une immunité judiciaire à tous les investisseurs étrangers s’acquittant d’un «droit d’entrée» de dix millions de dollars. Ce qui est bien peu, comparé au chiffre d’affaires du trafic de drogue par exemple.

L’espace bancaire offshore qu’a créé l’île Maurice a pareillement prêté le flanc à des opérations suspectes. Il a notamment accueilli un financier véreux, Ketan Somaia, qui fait l’objet de poursuites judiciaires au Kenya depuis la faillite frauduleuse de sa banque – la septième du pays. A travers son groupe Dolphin, basé à Dubaï, ledit Somaia a racheté à Maurice, en 1991, la succursale de la BCCI, un établissement dont la banqueroute avait, à l’époque, provoqué l’un des plus gros scandales financiers de l’après-guerre aux Etats-Unis. Devenue la Delphis Bank, cette filiale de la BCCI était sur le point de faire son entrée à la Bourse de Maurice, en 1999, mais la menace d’un mandat d’arrêt international lancé par les autorités kenyanes à l’encontre de Ketan Somaia a fait capoter l’opération.

Autre exemple: Giovanni Mario Ricci. Sa trajectoire constitue un cas d’école (15). Condamné pour fraude dans son pays, puis pour fabrication de fausse monnaie en Suisse, ce citoyen italien s’était enfui successivement au Mexique, à Haïti et en Somalie avant d’atterrir aux Seychelles. Là, il s’était lié d’amitié avec le président France Albert René et avait obtenu de ce dernier un droit de franchise l’autorisant à fonder une compagnie offshore en 1978 et à gérer le premier paradis fiscal privé du monde, à partir de 1981. Bénéficiant des bonnes grâces du gouvernement, il se lança parallèlement dans des entreprises douteuses, telle l’International Monetary Funding, dont le nom avait été choisi pour induire en confusion des investisseurs attirés par un acronyme célèbre (IMF).

En 1984, Ricci parvint même à se faire accréditer en tant que diplomate, représentant de l’Ordre copte des Chevaliers catholiques de Malte – vaste fumisterie déclarée au registre du commerce à New York mais qui n’avait, évidemment, aucun rapport avec les Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem! Les Seychelles ont d’ailleurs été le seul Etat du monde à reconnaître cet Ordre et le président René a ensuite eu beau jeu de dire qu’il avait été abusé.

Ricci ne devait pas en rester là. Il facilita les contacts aux Seychelles de la désormais célèbre loge P2, qui permit à la mafia d’infiltrer l’Etat italien et les finances du Vatican. Ricci devint aussi le confident et partenaire commercial d’un espion des services secrets sud-africains, Craig Williamson. Démasqué après avoir infiltré l’African National Congress en exil, Craig Williamson avait pris la fuite avec des fonds qui servirent à financer une base des escadrons de la mort du régime de l’apartheid, près de Pretoria (16) ! En 1985, il avait quitté la police pour devenir conseiller du président Pieter Willem Botha et se présenter – sans succès – aux élections législatives de 1987. Il se lança dans les affaires en s’associant à Ricci et en fondant une société de gardiennage, Longreach, qui se révélera être une officine des services secrets de l’armée sud-africaine.

Le mélange des genres rend très difficile la tâche des enquêteurs chargés de démêler, dans ces eaux troubles, les intérêts privés des intérêts publics, et les enjeux criminels des enjeux politiques. Qu’il s’agisse de contourner l’embargo contre Pretoria du temps de l’apartheid, ou contre les rebelles de l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola, à présent, les routes de la contrebande et les voies occultes d’approvisionnement ont souvent été entretenues par des mouvements politiques ou par les Etats eux-mêmes. Aujourd’hui, Ricci coule des jours paisibles en Afrique du Sud, et sa compagnie hôtelière, Simba, continue de détenir des intérêts aux Seychelles …

La défiscalisation, ressort essentiel du blanchiment

A travers la multiplication des paradis fiscaux, les micro-Etats insulaires portent une lourde responsabilité en matière de blanchiment. Evidemment, ils nient toute complicité. Les gouvernements visés arguent qu’ils ont été contraints de renoncer à des pans entiers de leur souveraineté pour pallier l’absence de ressources naturelles. De leur côté, les partisans du libre-échange soulignent que la réduction des prérogatives économiques de l’Etat n’encourage pas nécessairement la criminalité – phénomène contraire aux objectifs de la mondialisation du commerce.

Les procédures de défiscalisation offrent pourtant d’indéniables potentialités aux organisations criminelles en mal d’investissements. Pour mieux en comprendre les mécanismes, il n’est pas inutile de revenir sur la genèse et la prolifération des zones franches insulaires dans les années 1990. L’ouverture des petites îles au libre-échange s’est souvent conjuguée aux processus de démocratisation. L’exemple de São Tomé – un Etat autrefois classé, avec les Seychelles, dans le camp «socialiste» (17) – est à cet égard éclairant.

Le montage d’une zone franche à São Tomé remonte à mars 1990, date à laquelle un décret présidentiel a permis d’allouer des terrains gratuits à des investisseurs potentiels pour une période de 99 ans. Dans la foulée de l’introduction du multipartisme, le projet avait nécessité une révision de la Constitution et reçut tout naturellement l’aval de la Banque mondiale, qui négocia la suppression de 2000 postes de fonctionnaires – véritable révolution à l’échelle d’un pays de 130000 habitants. L’idée était d’attirer, par ce biais, les devises indispensables à une économie dont la monnaie locale, le dobra, ne valait rien et n’était pas convertible.

Diverses propositions avaient alors vu le jour. Les «réseaux corses» ont été un moment tentés d’y recycler les gains des jeux d’argent dont ils étaient propriétaires ailleurs sur le continent (18). Des financiers britanniques, sud-africains et malais ont ensuite pris le relais en visant, cette fois, la baie des Aiguilles sur l’île de Príncipe. A travers sa société Island Oil Exploration, basée dans les Iles Vierges britanniques, Christian Hellinger a proposé l’ouverture d’une zone franche et d’une base pétrolière à l’ouest du port de São Tomé. Un accord a finalement été signé en 1998 avec la Western African Development Corporation, une compagnie gérée par un ancien ambassadeur sud-africain au Gabon, William Steenkamp. Mais depuis lors, aucune activité n’a réellement démarré, qu’il s’agisse de banques, de réparation navale, de transport ou de magasinage.

Zones franches: miroirs aux alouettes ?

De fait, ces zones franches sont souvent des coquilles vides. Leur effet d’entraînement sur l’emploi est des plus négligeables. Pis encore, ces activités affranchies de toute supervision étatique se révèlent peu respectueuses du droit des travailleurs et des règles de protection sociale. A São Tomé, justement, Christian Hellinger a été suspecté d’exploiter des ouvriers philippins maintenus sous bonne garde après avoir été privés de leur passeport. L’affaiblissement de l’emprise économique de l’Etat est allé fréquemment de pair avec un abandon de souveraineté sur des pans entiers du territoire. L’industrie touristique, en particulier, fonctionne en circuit fermé. L’entrée des hôtels est soigneusement gardée et la clientèle s’y repose à l’abri des regards indiscrets. Le club Santana géré par Jacques Rigaud, un homme d’affaires français par ailleurs consul honoraire de São Tomé à Paris, est un bel exemple de ce genre d’enclaves.

Les autres expériences du genre n’ont pas été tellement plus fructueuses pour les îles de la région. Si les facilités offshore accordées au secteur industriel ont pu contribuer à la croissance économique de Maurice, il en va tout autrement de sa zone franche financière. Celle-ci s’est développée en tirant parti 1) d’un accord fiscal de non-double imposition avec l’Inde, 2) d’un positionnement commercial à mi-chemin avec l’Afrique du Sud et 3) de la bonne réputation d’un pays peuplé d’Africains autant que d’Asiatiques. Du coup, Maurice a attiré des hommes d’affaires moins soucieux d’investir dans l’île qu’en Afrique australe ou sur le sous-continent indien. Conséquence: la zone franche financière a peu profité à une économie locale que lésaient, par ailleurs, les franchises d’impôts sur les dividendes, le libre rapatriement des profits, l’absence de contrôle des changes, la réduction de moitié des impôts sur le revenu pour le personnel expatrié, l’exemption des droits de succession sur les actions héritées, et le non-paiement de droits de douane pour les matériels de bureau ou les articles ménagers et voitures importés par les employés des compagnies offshore.

Le cas des Comores tient pratiquement de la plaisanterie. Malgré l’extrême instabilité qui y règne – l’archipel est champion d’Afrique pour la fréquence de ses coups d’Etat – , ces îles ont su séduire des hommes d’affaires américains tels que Lucien Forbes. Classé parmi les plus grandes fortunes du monde, cet homonyme du célèbre magnat de la finance (Steve Forbes) avait conçu un projet portant sur des centaines de millions de dollars, en vue de réaliser un port de pêche en zone franche à Anjouan, avec un aéroport, un chantier de constructions navales, des ateliers d’entretien, des entrepôts frigorifiques, des usines de traitement du poisson, etc. Mais le projet est, si l’on peut dire, tombé à l’eau du fait de la sécession d’Anjouan. Qu’à cela ne tienne: en mars 1999, les indépendantistes ont adopté une loi autorisant les compagnies offshore, à raison d’un capital minimum de 1000 FF et d’un droit de 8000 FF par an. Les candidats à une domiciliation anjouanaise peuvent consulter le site Internet (www.anjouan.net) d’une société de services sise à Vanuatu, dont le représentant local habite La Réunion et dont le descriptif des prestations arbore fièrement le drapeau des indépendantistes anjouanais!

La compétition, dans ce domaine, est si aiguë qu’elle a pu entraîner une véritable fuite en avant. La concurrence de l’île Maurice, par exemple, a obligé les Seychelles à essayer d’attirer les investisseurs en leur promettant encore moins de taxes et de contrôles. Véritables pavillons de complaisance, les droits d’entrée y sont ridiculement bas et les impôts de l’ordre de cent dollars par an. N’importe qui peut ainsi créer une entreprise offshore sous la forme d’une simple boîte aux lettres. Il suffit d’aller sur les sites Internet (www.atolnet.com; http://www.ocra.com; http://www.paradis-fiscaux.com) de sociétés comme Advanced Trading Offshore Ltd ou Overseas Company Registrations Agents Ltd (qui a son siège social dans un autre paradis fiscal bien connu, l’île de Man, et qui dispose d’une succursale à Maurice) (19).

Il existe, cependant, des différences essentielles entre les zones franches à caractère industriel ou purement financier. En effet, l’économie de l’île Maurice repose sur une réelle base industrielle qui permet d’investir l’argent sale dans des circuits sains. L’économie des Seychelles, en revanche, est beaucoup plus factice. Elle ne peut guère proposer qu’une fonction d’écran, dite d’«empilage», en termes financiers, c’est-à-dire de brouillage à l’intérieur d’une chaîne de transactions financières entre plusieurs pays. Sur place, les seules activités de service offrant des possibilités de recyclage se limitent à l’industrie touristique et aux jeux d’argent, voie d’entrée royale pour les fonds d’origine douteuse.

Offrant la possibilité d’injecter des liquidités importantes, les casinos, en particulier, sont intrinsèquement liés aux opérations de blanchiment – quoi qu’il en soit, par ailleurs, de la responsabilité des gérants du lieu. Là encore, les petites îles «paradisiaques» de l’hémisphère Sud sont au rendez-vous. Citons, entre autres, Maio au Cap-Vert et les petites îles lusophones de la côte mozambicaine, où les milieux d’affaires sino-portugais de Macao auraient à présent l’intention de transplanter les activités de leurs établissements – communauté de langue et rétrocession à la Chine obligent.

En guise de conclusion …

Comment s’étonner du potentiel que recèlent les micro-Etats insulaires en matière de blanchiment, alors qu’un simple îlot suffit pour domicilier une banque, quand bien même ce rocher serait immergé la plus grande partie de l’année? Le journal Le Monde, en date du 21 août 1999, a publié une carte éclairante à ce sujet. Elle indique les principaux paradis fiscaux de la planète et montre clairement qu’une très grande majorité de ces places financières sont des Etats de petite taille et, dans 73% des cas, des îles.

En d’autres termes, la dimension lilliputienne et l’insularité conjuguées à l’ultra-libéralisme sont particulièrement propices au blanchiment. Et si la vulnérabilité politique de ces entités n’est pas une condition sine qua non de l’expansion des réseaux criminels – qui se déploient aussi bien dans des régimes autoritaires que démocratiques et dans des situations de guerre comme de paix – , l’une facilite très certainement l’autre. Tous les Etats pauvres se prêtent potentiellement à des opérations de blanchiment parce qu’ils sont fragiles et avides de devises, quelle qu’en soit la source. Encore faut-il qu’ils offrent des services financiers adéquats. Ce n’est pas pour rien que la famille du dictateur Sani Abacha au Nigeria a détourné des fonds publics par l’intermédiaire d’une société basée dans les Iles Vierges britanniques. Les micro-Etats insulaires font souvent la différence grâce à leurs zones franches et à la qualité de leurs télécommunications. A Maurice, par exemple, 23% de la population dispose d’un téléphone, contre une moyenne d’environ 1% sur le continent africain.

A l’évidence, la défiscalisation et les zones franches sont liées, très étroitement, au blanchiment d’argent. Les grandes puissances occidentales ont fini par l’admettre en créant le GAFI (Groupe d’action financière internationale) à l’issue du G7 de 1989 à Paris. En France même, le ministère de l’Economie s’est doté d’un nouveau service: le Tracfin (Traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins). Ces organismes spécialisés se heurtent à la sophistication grandissante des techniques financières de recyclage qui tirent profit de la mondialisation. Le milieu criminel a étendu ses ramifications sur l’ensemble de la planète afin de standardiser les marchandises illicites et battre en brèche les petits opérateurs qui essayeraient de monter des affaires pour leur propre compte. Autre difficulté de taille: les réseaux mafieux se sont développés à l’ombre du pouvoir, soulignant l’interdépendance des filières de recyclage avec le financement des partis politiques et l’imbrication entre économie formelle et illégalité.

Dans un tel contexte, comment donc prouver la mauvaise foi du blanchisseur et l’origine criminelle des fonds? Les législations occidentales ne sont même pas d’accord entre elles. La France s’en tient à une définition plutôt restreinte de la criminalité organisée et de la conspiration. Visant les classiques «associations de malfaiteurs», elle réprime essentiellement les actes punissables par la loi. Le Japon est encore plus laxiste en la matière. Jusqu’en 1983, les gangs de yakuza avaient le statut d’entreprises légales; il a fallu attendre 1991 pour que le législateur réprime le blanchiment d’argent lié aux seuls trafics de drogue, et 1992 pour que la police puisse officiellement combattre les «associations de malfaiteurs», désignées sous le terme administratif de boryokudan. Les Américains, eux, ont créé une catégorie plus spécifique, dite RICO (Racketeer Influenced and Corrupt Organizations), dont l’intérêt est de cibler les entreprises «tendant» potentiellement au racket, avec toutes les variantes du genre: extorsion, trafic de drogue, kidnapping, jeux d’argent, proxénétisme, etc. Les dispositions RICO permettent de condamner plus facilement les établissements bénéficiant indirectement du revenu de ces activités.

Le problème de l’harmonisation des législations renvoie finalement les Occidentaux à leurs propres contradictions, en particulier sur la question du secret bancaire au sein même de l’espace européen, à Luxembourg, en Suisse ou à Monaco. Les anachronismes hérités de l’Europe médiévale – qu’il s’agisse d’un centre de contrebande à Andorre ou d’une place financière au Liechtenstein – sont autant d’arguments mis en avant par les micro-Etats insulaires pour justifier leurs zones franches et récuser des pressions diplomatiques taxées d’impérialisme ou d’ingérence. Pourtant, ce sont ces pressions qui ont contraint les Seychelles, par exemple, à renoncer à leurs projets les plus manifestement criminels … La lutte contre le blanchiment d’argent sale gagnerait certainement en crédibilité et en efficacité si les pays développés commençaient par «balayer devant le pas de leur porte».

 
Notes de :

(1) Gorozpe, Iñaki, « Reivindicación política y particularismo en Annobón », in Lusotopie (ed.) : Transitions libérales en Afrique lusophone, Karthala, 1995, pp. 251-257.
(2) Bell, Wendell, « New States in the Carribbean : a grounded theoretical account », in Rokkan, S. & Eisenstadt, S.N. (ed.) : Building States and Nations, Beverly Hills & Londres, Sage, 1973, vol. 2.
(3) Le Monde du 23 décembre 1992.
(4) Le Monde diplomatique, juillet 1996, p. 21.
(5) Jean Gottmann, Centre and periphery, spatial variations in politics, Sage, Londres, 1980, pp. 135 et suiv.
(6) Jean-Louis Guébourg, Petites îles et archipels de l’océan Indien, Karthala, 1999.
(7) Trajectoire étonnante que celle de ce « terroriste » basque. Nous avons pu la reconstituer grâce au témoignage de l’intéressé, sur la base d’un entretien conduit sur place à São Tomé. Alfonso Etxegarai, sympathisant de l’ETA et militant d’un syndicat nationaliste, est entré dans la clandestinité à Bayonne après avoir tenté un coup de force sur le chantier de la centrale nucléaire de Lemoniz, près de Bilbao. La régularisation des sans-papiers par le gouvernement Mitterrand, en 1982, lui évita la menace d’une reconduite à la frontière et lui permit de demander l’asile politique en France. Mais les négociations sur l’adhésion de l’Espagne à la CEE s’accompagnaient régulièrement d’expulsions de réfugiés basques, quand ce n’était pas des assassinats purs et simples commis par les Groupes antiterroristes de Libération (les escadrons paramilitaires de la police espagnole).
« Nous servions de monnaie d’échange, raconte Alfonso Etxegarai. Les expulsions coïncidaient avec la venue des délégations espagnoles à Paris. La mienne est tombée pendant la visite du roi Juan Carlos, en juillet 1985. Ce jour-là, la police de l’air et des frontières avait besoin de trois réfugiés basques. Par manque de chance, je sortais juste de la préfecture de Bayonne, où j’étais venu régulariser mon statut. On a donné mon signalement et un hélicoptère a survolé la ville pour me retrouver. Au passage, les forces de police ont arrêté trois malheureux quidams qui portaient le même pantalon rouge et la même chemise beige que moi ! »
Alfonso Etxegarai fut d’abord déporté en Équateur. Détenu pendant un mois dans une caserne, puis assigné à résidence dans une villa près de Quito, il parvint à déjouer la surveillance policière pour convoler avec une Française, Christiane Etxaluz. Un curé des bidonvilles vint bénir les époux. L’expulsion de Christiane Etxaluz, la disparition du registre de mariage et, finalement, l’enlèvement d’Alfonso Etxegarai — torturé, vraisemblablement par la Guardia Civil espagnole — ont déclenché une intervention du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. L’agence onusienne obtint le transfert du Basque à São Tomé, via Francfort et Lisbonne, en août 1986.
« Sur la piste de l’aéroport à Lisbonne, explique Alfonso Etxegarai, les Portugais ont semblé longuement hésiter ; ils m’ont placé successivement dans plusieurs avions sans parvenir à se décider. On m’a fait monter à bord d’un appareil, redescendre d’un autre, et j’ai même cru qu’on voulait m’emmener en Espagne lorsque j’ai vu un avion aux couleurs d’Iberia atterrir à proximité. A ce moment-là, des agents de la sécurité nous ont entourés, moi et mes deux accompagnateurs de la police équatorienne, et ont demandé qui était le terroriste ! Après s’être assurés qu’il n’y avait pas erreur sur la personne, ils m’ont embarqué vers une destination inconnue, dans une voiture bourrée d’hommes en armes. Je croyais ma dernière heure venue. Je ne savais même pas si j’étais entre les mains des Espagnols ou des Portugais. Nous sommes arrivés dans un parking souterrain, puis nous avons emprunté de longs couloirs. Finalement, je me suis retrouvé enfermé dans une pièce nue, sans fenêtres ni poignées de portes, avec juste un matelas au sol. Je n’ai été rassuré que lorsqu’on m’a vacciné contre la fièvre jaune, pour aller à São Tomé. »
(8) Michael Radu, « Romania and the Third World : the dilemmas of a “free rider” », in Michael Radu (ed.), Eastern Europe and the Third World, New York, 1981, p. 272.
(9) Karl Maier, This house has fallen : midnight in Nigeria, New York, PublicAffairs, 2000, p. 285.
(10) Sur le continent, les États ayant servi de couverture aux activités commerciales de l’Afrique du Sud ont été beaucoup plus rares. A l’exception du Zaïre et de la Côte d’Ivoire, il s’agissait généralement de pays pauvres, telle la Somalie, et plutôt petits, tel le Rwanda, où les droits d’atterrissage des compagnies aériennes ravitaillant l’Afrique du Sud rapportaient quelque dix millions de dollars par an au régime Habyarimana.
(11) Mike Hoare, The Seychelles Affair, Londres, Corgi, 1987.
(12) Terrill W. Andrew, « The Comoro Islands in South African Regional Strategy », Africa Today, vol. 33, no 2-3, 1986, pp. 59-70.
(13)Voir La géopolitique mondiale des drogues, Observatoire géopolitique des drogues, rapport annuel 1997-1998, pp. 43-49. Voir aussi Jérôme Lauseig, « New Security Challenges in the Indian Ocean : Instigators, Flows and Factors of Instability », African Security Review, vol. 8, no 1, 1999, pp. 20-30.
(14) François d’Aubert, L’argent sale : enquête sur un krach retentissant, Plon, 1993, pp. 148-151.
(15) Stephen Ellis, « Africa and International Corruption : The Strange Case of South Africa and Seychelles », African Affairs, vol. 95, no 379, avril 1996, pp. 165-196.
(16) Jacques Pauw, In the Heart of the Whore, Halfway House, Southern Book Publishers, 1991, pp. 59-60.
(17) Gerhard Seibert, Comrades, Clients and Cousins. Colonialism, Socialism and Democratization in São Tomé and Príncipe, Leiden University, CNWS Publications, 1999. Sur la période antérieure, voir : T. Hodges & M. Newitt, São Tomé and Príncipe : From Plantation Colony to Microstate, Boulder, Westview Press, 1988.
(18) Stephen Smith et Antoine Glaser, Ces Messieurs Afrique n°2, Des réseaux aux lobbies, Calmann-Lévy, 1997, pp. 224-228.
Le Monde diplomatique, juillet 1996, p. 21.
(19) Francis Soler, communication personnelle, Paris, 14 janvier 2000. Voir, aussi, les précieux comptes-rendus de la Lettre de l’océan Indien

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Anjouan: le Liechtenstein en pire

Ecrit par jftournoud

Les deux dernières semaines ont été marquées par la publicité faite autour de la fraude fiscale au Liechtenstein. Il faut quand même rappeler que la principauté est un Etat souverain, membre de l’ONU. On jugera comme on voudra le fait qu’un puissant Etat se permette de faire de l’espionnage dans les banques d’un bien plus faible que lui. De même, la liste des “Etats non coopératifs” vise les plus facilement atteignables (essentiellement en Europe, comme par hasard). Sur d’autres, comme la minuscule et ruinée île de Nauru, dans l’océan Pacifique, qui a un temps abrité 400 banques offshore, il a suffit d’exercer pressions et menaces.Mais il y a aussi les Etats auto-proclamés sur lesquels les pressions internationales ont peu de poids. Ils sont nombreux comme le Somaliland en Afrique, et plusieurs dans le Caucase. Mais il y en un qui est peu connu: Anjouan. Officiellement, cette île fait partie de l’Union des Comores, même si une grande partie de la population fuit la misère pour se réfugier sur la voisine Mayotte, demeurée française, menaçant gravement son équilibre démographique et économique. Dans les faits, Anjouan se comporte comme un Etat indépendant, sur la férule du Colonel de gendarmerie Bacar, “Président de l’île autonome d’Anjouan” (http://www.anjouan.gouv.km/content_fr/index.html). Sa réélection en juin 2007 n’est pas considérée comme valide par le gouvernement central et l’Union africaine. Faute de ressources, l’île a décidé de se promouvoir en centre financier offshore depuis 1997, et le nombre de banques y atteint 300, sans qu’on sache si elles sont virtuelles ou bien servent à des transferts illicites. Sur le site officiel indiqué plus haut, l’île revendique ouvertement être un centre offshore, ajoutant que “le seul agent autorisé est l’Anjouan Corporate Service Limited” (avec toutes les informations nécessaires en français en en anglais).Mais bien difficile d’intervenir à Anjouan comme au Liechtenstein. Seule solution: la force. L’Union comorienne préparerait une opération militaire, appuyée par l’Union africaine et la France. Gageons que si cela se fait, ce qui n’est pas sûr, les banques offshore disparaîtront, mais la stabilité de l’archipel, dont l’histoire n’est qu’une longue suite de coups d’Etat et de soubresauts depuis son indépendance en 1975, n’y gagnera pas.

Anjouan: le siège de la présidence des Comores aux mains de dissidents armés

MORONI – Les forces loyales au président sortant de l’île comorienne autonome d’Anjouan, qui refuse de quitter son poste, ont pris le contrôle de la représentation des autorités fédérales des Comores à Anjouan, après les violences de mercredi, a-t-on appris jeudi de source officielle.
« Les hommes de Mohamed Bacar (président sortant de l’île d’Anjouan) contrôlent le bâtiment abritant la présidence de l’Union des Comores » à Mutsamudu, capitale d’Anjouan, a affirmé jeudi à l’AFP le premier vice-président de l’Assemblée nationale de l’Union des Comores, Youssouf Saïd.
« La trentaine de militaires représentant la branche de l’armée comorienne à Anjouan a dû battre en retraite faute de moyens et de munitions », face à l’attaque d’hommes armés loyaux à M. Bacar, a déclaré M. Saïd.
Selon lui, M. Bacar dispose « de près de 500 hommes bien armés ». « Cela ressemble à un putsch », a-t-il commenté.
« La situation paraît grave, c’est une rupture avec le processus de réconciliation nationale », a déploré M. Saïd.
De son côté, le représentant de l’Union africaine (UA) aux Comores, Mourad Taiati, a confirmé à l’AFP que « les locaux de la présidence (de l’Union des Comores à Mutsamudu) ont été abandonnés ».
Le gouvernement de l’Union des Comores a affirmé jeudi qu’il « n’a jamais opté ni pour un affrontement ni pour une option militaire (à Anjouan) dans le souci d’épargner à la population anjouanaise de nouvelles souffrances et pour le maintien d’un climat de sérénité, propice à un processus électoral apaisé ».
Dans ce communiqué, le gouvernement confirme que des hommes loyaux à M. Bacar ont attaqué mercredi « la présidence de l’Union, le domicile (familial à Anjouan) du président de l’Union et les militaires du commandement régional de l’Armée nationale de développement en place à Anjouan ».
« Le gouvernement de l’Union condamne fermement et énergiquement ce coup de force mené contre la légalité constitutionnelle », poursuit le communiqué.
Jeudi, aucun tir n’était signalé sur l’île d’Anjouan.
Par ailleurs, le bureau du chef d’état-major de l’armée comorienne, le lieutenant-colonel Saïd Hamza, situé dans le camp militaire de Kandani (nord de Moroni, capitale de la Grande-Comore) a été visé par des coups de feu tirés par des soldats mécontents. Les autorités comoriennes ont ensuite limogé le lieutenant-colonel Hamza de son poste et l’ont remplacé par un comité de trois officiers, a-t-on appris de sources concordantes.
« Un certain nombre d’officiers remettent en cause la façon dont le chef d’état-major gère cette crise » anjouanaise, a expliqué M. Saïd.
Ces tensions interviennent à un mois des élections des présidents des îles de l’Union prévues les 10 et 24 juin, où M. Bacar se représente.
Les violences de mercredi, qui n’ont pas fait de victimes, ont éclaté après la nomination la semaine dernière d’un président intérimaire en remplacement de M. Bacar, la justice ayant déclaré que son mandat de cinq ans avait expiré.
M. Bacar, arrivé au pouvoir à Anjouan lors d’un coup d’Etat en 2001, avait ensuite été élu président de cette île le 31 mars 2002 et avait pris ses fonctions le 14 avril 2002, un peu en avance par rapport aux présidents des deux autres îles (Grande-Comore et Mohéli) qui composent l’Union.
(©AFP / 03 mai 2007 17h12)

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