historienne Annie Lacroix-Riz sociologie

2007-2009 « PENSER ET CONSTRUIRE L’EUROPE, 1919-1992 », HISTORIENS ET
GÉOGRAPHES
Annie Lacroix-Riz, professeur d’histoire contemporaine, université Paris 7
I. REMARQUES GÉNÉRALES, ADRESSÉES À ROBERT FRANK, JEAN-MICHEL GUIEU ET
JENNY RAFLIK
Le Pecq, le 20 septembre 2007
Chers collègues,
Je viens de prendre connaissance de la bibliographie parue dans Historiens et
Géographes sur la nouvelle question d’histoire contemporaine intitulée « Penser l’Europe,
1919-1992 », n° 399, p. 145-183.
Elle appelle des remarques que j’adresse tant au membre du jury d’un des deux
concours de recrutement, Robert Frank, qu’aux rédacteurs de ce texte dont il a dirigé la thèse,
Jean-Michel Guieu, maître de conférences à l’Université de Paris-1 et Jenny Raflik, PRAG à
l’université de Cergy-Pontoise. Mes remarques ont pour objet, puisque l’unilatéralisme
s’installe en histoire contemporaine, le respect du pluralisme scientifique à l’université et dans
l’enseignement secondaire, que rejoindront la plupart des candidats reçus à l’agrégation et
dont les manuels sont rédigés, sous l’égide des universitaires, dans le même esprit que les
bibliographies de concours.
La méthode de l’attribution des « étoiles » (une ou deux), pratiquée dans une
bibliographie antérieure (2003) à laquelle j’ai proposé à Historiens et Géographes un
complément critique, aussitôt rejeté 1, s’enracine : elle ne bénéficie qu’aux travaux relevant de
ce que le politologue conservateur britannique Pinto-Duschinsky a naguère qualifiés
d’« europtimistes ».
Ce courant caractérise la quasi-totalité de la production francophone, la
totalité quand il s’agit de colloques, tous financés en totalité ou en partie par les institutions
européennes officielles 2. Il est pratiquement seul représenté dans cette bibliographie
« officielle » – elle jouit de ce statut -, la bibliographie non « européiste » étant pratiquement
évincée.
Je signalerai quelques sommets de la caricature étoilée et de ce que je m’obstine à
considérer comme preuves de complaisance et de dépendance, liens qui font mauvais ménage
avec la liberté et la sincérité intellectuelles. Robert Frank, directeur de thèse des deux
rédacteurs en titre de la bibliographie (p. 145) et membre spécialiste du jury d’agrégation, se
voit décerner deux étoiles dans les paragraphes fondamentaux (sans parler du reste de sa
constellation) : « I. Outils de travail. A. Historiographie de la construction européenne », pour
un article de 12 p. (n° 3, p. 147), et « II. Généralités sur l’ensemble de la période » pour deux
articles de 15 et 20 p. (n° 61 et 62, p. 150). Gérard Bossuat, professeur d’histoire
contemporaine à l’université de Cergy-Pontoise, où exerce comme PRAG une rédactrice de la
bibliographie, cumule les étoiles, y compris ici (deux pour le n° 59, avec un ouvrage très
« europtimiste », Fondateurs de l’Europe unie). Pierre Gerbet, pour sa Construction de
l’Europe, ouvrage pour la rédaction duquel l’auteur n’a jamais consulté la moindre archive
originale (n° 64, p. 150), reçoit une étoile (et pourquoi donc une seulement?). Un des
sommets est atteint p. 160 de la bibliographie : figure ici, parmi des centaines d’autres
1 « Complément à la bibliographie de CAPES-agrégation 2003-2005 parue dans Historiens et
Géographes n°383 », La pensée, n° 336, octobre-décembre 2003, p. 137-157.
2 Annie Lacroix-Riz, L’histoire contemporaine sous influence, Pantin, Le temps des cerises, 2004, p.
62-66.
2
ouvrages ou articles du même type, l’ouvrage (n° 340) de Marie-Thérèse Bitsch, 1957-2007.
Cinquante ans de traité de Rome. 1957-2007 (sic). Pourvu d’une étoile, ce travail, qui n’est
pas encore publié (ce qui illustre la confiance absolue en Marie-Thérèse Bitsch des rédacteurs
de la bibliographie), le sera par les « Offices des publications officielles des Communautés
européennes [à paraître fin 2007] » – comme un certain nombre des travaux cités dans la
bibliographie. Les auteurs d’ouvrages financés et agréés par une instance officielle de l’union
européenne peuvent-ils être considérés comme ayant disposé en l’occurrence d’une totale
indépendance intellectuelle?
J’arrête la liste, pour ne pas lasser le lecteur, mais j’ai fourni là un échantillon fort
incomplet de ces façons dignes du « passe-moi le séné, que je te passe la rhubarbe », où les
commensaux de colloques « européens » trouvent tous leur place plus ou moins étoilée (Mme
du Réau, Mme Badel, M. Bussière 3, M. Schirmann, M. Dumoulin, M. Mioche, M. Soutou,
etc.). Si ces façons sont courantes, et même admises par consensus tacite dans les milieux
universitaires, elles n’en méritent pas moins vive critique, et je ne désespère pas de
convaincre un jour une partie de mes collègues de les dénoncer publiquement – alors qu’ils
les déplorent ou les critiquent volontiers oralement en privé.
Les étudiants, ainsi poussés à un conformisme « européiste », comprendront aisément
la ligne qui leur est dictée en vue de la réussite au concours. Rappelons pourtant que ce
courant « européiste » ne représente pas la totalité de la production scientifique, dont les
éléments « dissidents » sont en France, moi incluse, exclus depuis une quinzaine d’années des
colloques à financement « européen », supposés exclusivement scientifiques, que fréquentent
assidûment tous les historiens à une ou deux étoiles. On comprend à lire la bibliographie
l’enjeu « scientifique » des invitations (ou des non-invitations) à ces colloques « européens » :
elles conditionnent la « reconnaissance » académique en matière européenne. Le procédé est
d’autant plus choquant que les payeurs et décideurs ne sont pas ou pas strictement
universitaires. Cette reconnaissance impliquant valorisation unilatérale des collègues
« europtimistes » a pour contrepartie la quasi-exclusion des autres, ceux qui ne sont pas
invités dans lesdits colloques, bien qu’ils travaillent, aussi assidûment, dans les centres
d’archives et tirent de la consultation des fonds originaux des travaux respectant les normes
académiques.
Ces exclusions de la bibliographie « officielle » constituent l’autre volet de la
préparation à l’agrégation, celui de l’échec à éviter. Elles ne me visent pas seule, mais
frappent tout le courant non-« européiste ». Celui-ci est actuellement très faible, je l’admets,
en France, où aucun étudiant ne peut se lancer dans une thèse sur l’union européenne, à
quelque période que ce soit, s’il ne suit pas la doxa : aucun jury « agréé » ne pourrait être
formé pour examiner ses travaux (ce qui dispense d’évoquer la question de sa carrière
universitaire). Il est à cet égard significatif que des auteurs peu « européistes » au début de
leur carrière soient évincés de la bibliographie pour cette phase d’enfer ou de purgatoire, puis
cités dans leur phase de repentance : l’historien américain John Gillingham offre l’exemple le
plus frappant de cette impitoyable sélection.
Je ne retiendrai de la censure qui me frappe personnellement – si on compare la prise
en compte, considérable sinon exhaustive, des travaux des collègues « européistes » – que ce
qui constitue un scandale caractérisé, par comparaison avec les autres choix des rédacteurs.
J’ai fourni à ces derniers le 8 mai 2007 une liste, non exhaustive, de 35 travaux personnels
consacrés à la question, dont six livres – parmi lesquels trois de plus de 600 p. et étayés par
3 Notamment cité deux fois pour le même ouvrage, Paribas, l’Europe et le monde, 1872-1992, n° 226 et
627, dont la brève partie relative à l’Occupation est honnêtement indiquée comme puisée dans deux de mes
articles que je n’avais d’ailleurs, à tort, pas fournis aux rédacteurs : « Les grandes banques françaises de la
collaboration à l’épuration, 1940-195 », revue d’histoire de la deuxième guerre mondiale, « I. La collaboration
bancaire », n° 141, 1986, p. 3-44; « II. La non-épuration bancaire 1944-1950», n° 142, 1986, p. 81-101.
3
des milliers de notes puisées aux archives originales, centrés sur la question européenne
jusque dans leur titre 4. J’ai obtenu d’eux-mêmes et de Robert Frank l’assurance de leur
respect du pluralisme : des pièces (ou extraits) de notre correspondance de mai 2007, bornées
à mon premier courrier et à mon échange avec M. Frank, figurent à l’annexe 1 du présent
texte. Je remercie par avance les auteurs de la bibliographie de me préciser par écrit sur quelle
base quatre de mes articles ou communications ont été sélectionnés et aucun livre.
Ce nouvel exemple de l’hégémonie du « penser conforme », ici établie avec quelque
malice et grande habileté, souligne encore le caractère indécent d’une réponse qui vient d’être
adressée à Robert Soucy par Serge Berstein, au terme d’un débat publié par Vingtième siècle,
n° 95, juillet-septembre 2007. L’historien américain, très rudement attaqué par Michel
Winock dans Vingtième siècle, n° 90, d’avril-juin 2006, après avoir répondu dans le n° 95, et
subi une réponse de Michel Winock à sa propre réponse, se voit livrer un assaut final par M.
Berstein, avocat enflammé de M. Winock. M. Berstein classe Soucy dans la catégorie
inférieure « des historiens étrangers, acharnés à vouloir démontrer l’existence d’un fascisme
français »; cite un ouvrage (Michel Dobry, dir., Le mythe de l’allergie française au fascisme,
Paris, Albin Michel, 2003) dans des termes qui incitent les étudiants ou les collègues à ne
surtout pas le lire, évoquant « le terrorisme intellectuel appliqué par les staliniens zélés en une
époque qu’on voulait croire révolue » 5.
« Le terrorisme intellectuel » peut être soit violent et odieux, comme dans ce dernier
cas, qui atteste que « les historiens du consensus » ne sont pas aussi modérés qu’ils le croient
(l’allusion aux vilains « historiens étrangers » est fâcheuse dans la conjoncture actuelle), soit
feutré, comme dans notre bibliographie de concours. Dans Historiens et Géographes n° 399,
on n’assaille pas ouvertement les « dissidents », « acharnés à vouloir démontrer » que le
« Penser et construire l’Europe, 1919-1992 » est moins harmonieux que ne l’établissent ou le
postulent les « Offices des publications officielles des Communautés européennes »; on se
contente de ne les point nommer ou on s’arrange pour les caser, à dose homéopathique, à une
place telle que les étudiants n’iront pas les y chercher.
Il faut donc à nouveau constater :
– que les bibliographies de concours, accordant un monopole de fait, surtout par le
procédé des « étoiles », aux colloques et séminaires auxquels participent les rédacteurs de la
bibliographie et les professeurs nommés aux jurys de concours, deviennent un instrument
suprême pour recruter des historiens « conformes », non-« dissidents », en violation des
traditions libérales de l’université française (violation d’autant plus choquante en l’occurrence
que les citoyens français se sont récemment montrés majoritairement non européistes, cf.
infra);
– que notre historiographie dominante pratique désormais les méthodes de l’ancienne
École libre des Sciences politiques devenue Institut d’études politiques dans le but de former
des « élites » intellectuelles acquises sans réserves aux vertus du statu quo, en l’occurrence
« européen »;
– qu’il est anormal que les anciens étudiants et thésards du professeur nommé au jury
de l’agrégation en tant que spécialiste d’une question (spécialité que nul ne lui conteste) – cité
treize fois dans un cadre collectif et huit fois en nom propre – soient seuls en responsabilité de
la bibliographie correspondante;
– qu’il est aussi anormal que la subordonnée hiérarchique d’un professeur soit
rédactrice d’une bibliographie qui cite ce supérieur trente-cinq fois; mais aucun des ouvrages
d’un professeur « dissident » aussi qualifié sur l’histoire de l’Europe que le précédent;
4 Les trois ouvrages publiés chez Armand Colin, voir liste à l’annexe 2.
5 Serge Berstein, « Pour en finir avec un dialogue de sourds. À propos du fascisme français »?
Vingtième siècle, n° 95, p. 243-246, citations, p. 244.
4
– que la valeur scientifique des travaux et le respect des droits et libertés des citoyensétudiants,
futurs professeurs (dispensateurs d’enseignement civique) ou non, auraient requis
référence à un minimum plus décent d’historiographie non « europtimiste ». Les candidats au
concours qui ont voté comme la majorité des électeurs français au référendum sur la
constitution européenne de mai 2005 se sentiront particulièrement contraints et censurés.
Quelque ait été leur vote, tous seront interdits d’information équilibrée.
Munis d’un viatique étroit, unilatéral et prétendument consensuel, les nouveaux
professeurs seront en outre de plus en plus dépourvus des connaissances nécessaires pour
décrire à leurs élèves les réalités de l’Europe-sphère d’influence des États-Unis dans la crise
(celle de « l’Europe » incluse). N’accéderont de 2007 à 2009 au droit à l’enseignement de
l’histoire que des étudiants ralliés à une « histoire hagiographique, théologique, téléologique
de la construction européenne » 6. Il se confirme en histoire contemporaine que les esprits
critiques à l’égard de la vulgate « européiste » ou qui, plus simplement, ont conservé le goût,
naguère licite et même apprécié, de la disputatio auront beaucoup plus de peine que les autres
à franchir le cap de l’agrégation. On confrontera à la réalité de cette censure les propos
répétitifs mondains des jurys de concours déplorant l’ignorance crasse des divers courants de
pensée et d’analyse par les candidats : ces derniers sont non seulement incités à, mais
désormais contraints de fait d’en savoir le moins possible à ce sujet. Au point où nous en
sommes, l’exposé des contradictions inter-impérialistes, banal avant et pendant la Première
Guerre mondiale, et pas seulement chez Lénine 7, pourrait être explicitement proscrit. De ce
point de vue, « le terrorisme intellectuel » pratiqué par M. Berstein est plus honnête et clair
que la bibliographie officielle de Contemporaine.
Il serait évidemment convenable qu’Historiens et Géographes publie une
bibliographie complémentaire « critique », comme cela s’est parfois produit, en Moderne
notamment – pratique disparue, depuis longtemps, en Contemporaine. Je le demande
officiellement, sans illusion sur le verrouillage, attesté à plusieurs occasions, de la revue
corporative. Je suis disposée à ce que les rédacteurs de la bibliographie publient spontanément
mes compléments « en ligne » : cette méthode esquivera le refus prévisible de publication
imprimée d’Historiens et Géographes. Le refus éventuel confirmera en l’accentuant la
censure dont l’historiographie critique a été une fois de plus victime. Les professeurs de
l’enseignement secondaire, nombreux à déplorer la transformation des manuels en simples
instruments de consensus social et politique, devraient être informés, par leur association et
leur revue, du débat ou du complément critique que je sollicite. Le présent document figurera
sur mon site http://www.historiographie.info/menu.html, qui comporte également plusieurs de
mes travaux sur « penser et construire l’Europe ». Il va de soi que l’écho de ce modeste
moyen d’expression est incommensurable avec celui d’un rapport académique pourvu d’un
canal corporatif normal.
II. REMARQUES SUR LA BIBLIOGRAPHIE
Mes observations à ce sujet suivent la progression logique de la bibliographie.
« II. Généralités […]
C. La dimension économique de la construction européenne », p. 150
Mon article paru en allemand « Frankreich und die europäische Integration. Das
Gewicht der Beziehungen mit den Vereinigten Staaten und Deutschland, 1920-1955 » (« La
France et l’intégration européenne des années vingt aux années cinquante : le poids des
relations avec les États-Unis et l’Allemagne »), pourrait normalement figurer dans ce
6 Conception que Robert Frank m’a dit le 8 mai rejeter formellement, cf. infra.
7 Vladimir Lénine, L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, Paris, La Dispute, réédition, 1976.
5
paragraphe où M. Bussière est cité (n° 88), pour un article de 16 p. (et dans diverses autres
rubriques, d’ailleurs).
Le titre français de ce gros article figurait dans la bibliographie « européenne » que
j’ai envoyée le 8 mai 2007 aux rédacteurs de la bibliographie, à la suite de son intitulé en
allemand. La seule mention de la langue allemande relève d’autant plus de la censure que les
rédacteurs en ont reçu, également à cette date, le texte Word en français (et, peu après, le texte
imprimé en allemand). Je leur ai par ailleurs signalé le 27 juillet que ce texte allait paraître en
septembre sous forme d’un petit ouvrage : L’intégration européenne de la France. La tutelle
de l’Allemagne et des États-Unis, Pantin, Le temps des cerises, 2007, 107 p. (trop tard, m’a
répondu M. Guieu, la bibliographie étant alors « sous presse »). Je vous remercie de me
préciser pourquoi un travail général, consacré à la période 1920-1955, a été consigné dans la
liste (n° 820), au paragraphe « IX. Le rôle des politiques nationales dans la construction
européenne depuis 1945 », p. 176).
« D. Les “forces vives” », p. 151
Sur le Vatican, ne sont cités que des ouvrages cléricaux – qualificatif relevant du
constat, non de la polémique -, notamment celui, au n° 96 (De la chrétienté à l’Europe), de
Philippe Chenaux, « professeur d’histoire de l’Église moderne et contemporaine à l’université
du Latran à Rome ».
J’ai contribué, par mon ouvrage Le Vatican, l’Europe et le Reich de la Première
Guerre mondiale à la Guerre froide (1914-1955), Paris, Armand Colin, 1996, 540 p., réédité
en 2007, à éclairer sur la base de sources diplomatiques originales ou publiées la contribution
vaticane à l’histoire de l’Europe. Sur quel critère scientifique ce livre a-t-il été évincé de cette
bibliographie, rendu ainsi strictement monocolore? Les étudiants qui auront le souci de
présenter des « forces vives » une vision contrastée, incluant la mienne, seront-ils
sanctionnés? J’ai constaté que mon ouvrage, boycotté pendant plusieurs années par la
production cléricale, est désormais couramment cité dans les bibliographies de celle-ci, y
compris par M. Chenaux dans un de ses récents ouvrages (Pie XII, Diplomate et pasteur,
Paris, Cerf, 2003). Pourquoi a-t-il été exclu de la liste destinée à nos futurs professeurs de
l’enseignement public et laïque?

« III, L’entre-deux-guerres
A. Le contexte des relations internationales », p. 152
Pourquoi seule la thèse de Jacques Bariéty (n° 129) est-elle citée, et non l’article,
essentiel, rédigé avec Charles Bloch, « Une tentative de réconciliation franco-allemande et
son échec », Revue d’histoire moderne et contemporaine, vol. XV, juillet-septembre 1968, p.
433-465? Cet article pourrait être également cité en « G. Europe économique : problèmes,
projets et réalisations », p. 155, il ne l’est pas.
Pourquoi l’exclusion des deux travaux, essentiels, de Charles Maier? :
Recasting bourgeois Europe, Stabilization in France, Germany and Italy in the decade
after the First World War, Princeton, Princeton University Press, 1975
«The two postwar eras and the conditions for Stability in twentieth-Century Western
Europe», American Historical Review, vol. 86, n° 2, avril 1981, p. 327-365 (qu’on pourrait
également trouver dans « V. De 1945 à nos jours: généralités, A. Le contexte international de
la construction européenne »).
Pourquoi, alors qu’est mentionnée la thèse de Jean-Marie Soutou, n° 138, L’or et le
sang, ne trouve-t-on pas trace de celle de Fritz Fischer, traduite, Les buts de guerre de
l’Allemagne impériale 1914-1918, Paris, Trévise, 1970? D’une part, cette dernière, qui expose
la parfaite continuité de la politique extérieure allemande du Reich wilhelminien au Reich
hitlérien (en passant par la République de Weimar) a marqué de manière indélébile
6
l’historiographie allemande et internationale; et, d’autre part sa place s’impose ici par simple
honnêteté intellectuelle. M. Soutou la conteste en effet très vivement et postule la supériorité
de la sienne. Les étudiants sont donc incités à connaître une critique sévère de la
problématique de Fritz Fischer et à tenir cet assaut pour convaincant sans que l’ouvrage
incriminé leur soit rendu accessible par leurs tuteurs. Sur quelle base pourront-ils se faire une
opinion personnelle documentée?
Pourquoi ne trouve-t-on pas mentionné l’excellent ouvrage de John Gillingham, d’une
tonalité très différente de la production « européiste » qui a accompagné la progression de la
carrière et de la notoriété, au sein des milieux concernés, de cet historien américain, Ruhr
coal, Hitler and Europe. Industry and Politics in the Third Reich, London, Methuen, 1985?
Non seulement il traite des années 1933-1945, mais il éclaire aussi les motivations et le
caractère déterminant de l’influence du Comité des Forges dans la réconciliation francoallemande
ou la « politique douce » française (à l’égard du Reich) de la seconde moitié des
années vingt. Par son étude documentée de l’écrasement, à l’ère hitlérienne, du salaire des
mineurs, il est plus éclairant sur « la construction d’une Europe sociale » (thème reporté à
l’après 1945, « VI. Les architectures européennes de 1945 à nos jours. B ») que les ouvrages
cités p. 165-166.
Même remarque pour la non-mention de la thèse de Frank Costigliola, Awkward
Dominion: American Political, Economic and Cultural Relations with Europe, 1919-1933,
Ithaca, Cornell UP, 1984 (l’auteur est gratifié d’une petite consolation, la citation d’un article
mineur, avec faute de frappe sur son nom : Costigliora, n° 963, cf. infra). À elle seule, cette
omission suffirait à prouver le caractère défectueux du découpage de la bibliographie qui
suggère que la question du poids des États-Unis sur la « construction européenne » ne se pose
que depuis 1945 voire 1947 : un paragraphe qui devrait commencer avec la date initiale du
programme -, « X. L’Europe en construction et les autres », p. 181-183 – est cantonné ici à
l’après-1945. Qui saura que les « Quatorze points de Wilson » du 8 janvier 1918, une des
affirmations majeures de la politique américaine dite « de la Porte ouverte », constituent une
étape aussi décisive du « Penser et construire l’Europe » que le « discours de Harvard » de
Marshall du 5 juin 1947?
Pourquoi mon ouvrage Le Choix de la défaite : les élites françaises dans les années
1930, Paris, Armand Colin, 2006, 671 p., réédité en janvier 2007, que M. Guieu, spécialiste
de l’entre-deux-guerres, a reçu et dont il a accusé réception le 15 mai, n’est-il cité, ni ici, p.
152? Ni en « C. études sur l’idée européenne entre les deux guerres », p. 153? Ni en « D. Les
milieux intellectuels et l’idée européenne », p. 153? Ni en « E. Les milieux pacifistes, la
réconciliation franco-allemande et l’idée européenne », p. 154? Ni en « F. Les milieux
politiques et diplomatiques », p. 154? Ni en « G. Europe économique : problèmes, projets et
réalisations », p. 156? Ni dans « Autres mouvements » (paragraphe non numéroté), p. 157. M.
Guieu, spécialiste de « l’esprit » de la Société des Nations, se cite lui-même six fois (certes
modestement, sans étoile, à la différence de ses aînés), pour sa thèse (à paraître) et des articles
plus ou moins longs (n° 171, 172, p. 153; 186, 187, 199, p. 154; 257, p. 157).
On aimerait donc savoir sur quel critère les étudiants n’ont été pas incités à s’informer
aussi de la présentation – étayée par près de 3 500 notes presque exclusivement puisées aux
archives – que je fournis de l’engouement germano-européen des milieux dirigeants de
l’économie, des journalistes et publicistes et des élites politiques et militaires dans les années
trente. Et en quoi cet ouvrage est indigne de figurer auprès des 164 ouvrages et articles qui
sont proposés à la lecture des étudiants dans « III, L’entre-deux-guerres »?
L’exclusion frappe aussi deux gros ouvrages qu’on devrait trouver mentionnés soit en
« D. Les milieux intellectuels », p. 153, soit en « E. Les milieux pacifistes », p. 154, soit en
« F. Les milieux politiques », p. 154 :
7
Antoine Prost, Les Anciens Combattants et la société française, Paris, PFNSP, 1977, 3
vol.
Barbara Lambauer, Otto Abetz et les Français ou l’envers de la Collaboration, Paris,
Fayard, 2001, dont les quatre premiers chapitres traite de l’avant juillet 1940.
La bibliographie ne dit donc rien du rôle du Reich avant et surtout après février 1933
dans l’exploitation et le financement à fins « réconciliatrices » et « européennes » des milieux
d’anciens combattants, d’intellectuels et de publicistes. L’action politique depuis le tout début
des années trente d’Otto Abetz, futur ambassadeur d’Allemagne sous l’Occupation, et son
action corruptrice de la presse, considérable, de 1933 à 1939 – élément majeur du « Penser
l’Europe » à l’ère hitlérienne – sont absents de ce guide comme (presque totalement) des 19
volumes des Documents diplomatiques français, 2e série (1936-1939). Cette censure exclut de
la préparation la dimension hitlérienne de l’européanisme : les candidats au concours ne
sauront pas (ne doivent pas savoir?) que dès 1933 (et pas seulement sous l’Occupation) le
« Penser l’Europe » s’est déployé sous l’égide de l’Allemagne nazie. La même remarque vaut
pour les « projets économiques », sur lesquels on devrait trouver davantage de références
(« G. Europe économique »). La bibliographie devrait mentionner :
Scott Newton, Profits of peace : the political economy of Anglo-German
Appeasement, Oxford, Oxford University Press, 1996
Les candidats y relèveraient l’influence et l’intense activité « européenne » de l’Anglo-
German Fellowship, groupant, du côté britannique, les délégués de la grande industrie et de la
City. Ils pourraient comparer ce cas à celui de la France, dont le « Comité France-
Allemagne » de novembre 1935 fut le prolongement politique et la filiale du « Comité francoallemand
d’information et de documentation », groupement patronal fondé en septembre 1926
sous l’égide du cartel de l’acier d’Emil Mayrisch (et simultanément).
On peut s’étonner qu’une bibliographie de concours, déjà placée sous les auspices des
autorités européennes de l’édition, mentionne la biographie du couple Mayrisch de l’historien
luxembourgeois Gilbert Trausch (n° 239), édité par la « Banque de Luxembourg » (« banque
luxembourgeoise à caractère privé, spécialisée dans l’asset management (sic), la gestion de
patrimoine et de fortune », dont le principal actionnaire est le Crédit industriel et commercial),
sans signaler qu’il s’agit d’un ouvrage de commande et de communication, catégorie en
général destinée à l’encadrement des sociétés concernées.
Pourquoi pas?, du même auteur,
l’ouvrage de même type, publié l’année suivante, L’ARBED dans la société luxembourgeoise,
Luxembourg, ARBED, 2000, qui fait disparaître de son étude, entre 1937 et 1945, la société
officiellement luxembourgeoise, de fait très « européenne » et notamment franco-allemande,
p. 52.
« IV. La Seconde Guerre mondiale et l’idée européenne (1939-1945) », p. 158 sq.
Dans « A. Généralités », p. 158
Est cité un petit article (12 p.) de Jacques Willequet « Opinions belges sur l’avenir de
l’Europe » (n° 296), p. 158.
En revanche, la thèse de John Gillingham, également fort différente de sa production
« européiste » de la dernière décennie, Belgian Business in the Nazi New Order, fondation Jan
Dhondt, Gand, 1977, manque à l’appel. C’est fort dommage : elle éclaire aussi la décennie
trente et la façon dont le grand capital belge se prépara sous la houlette de la Société générale
de Belgique à l’Occupation et à une Europe germanique. Ainsi est confirmé le fait qu’il y a un
bon et un mauvais Gillingham. Le bon est réhabilité à partir de son ouvrage, plus
« européiste » (mais encore très documenté), n° 836, Coal, steel and the rebirth of Europe
1945-1955: the Germans and French from Ruhr conflict to economic community, Cambridge
1991. Est également mentionné l’ouvrage de la réhabilitation définitive, rédigé sans référence
8
aux archives, peu historique stricto sensu et très « européo-américain », le n° 353, p. 160 :
European Integration, 1950-2003, Cambridge University Press, 2003.
Pourquoi mon ouvrage Industriels et banquiers français sous l’Occupation : la
collaboration économique avec le Reich et Vichy, Paris, Armand Colin, coll. « Références »
Histoire, 1999, 661 p., n’est-il pas cité? L’économie, véritable fondatrice de « l’Europe » et
qui a procédé de 1940 à 1944 à des réalisations essentielles du « couple » franco-allemand, est
quasiment absente de la bibliographie. Or, l’ouvrage concerné étudie tous les aspects
économiques de ce qui constitua ensuite une base essentielle de l’Europe occidentale. Cette
absence de l’économie réelle doit-elle rendre plus comestible à nos futurs professeurs le
« manuel franco-allemand » de la réconciliation gommeuse des réalités historiques? À cet
égard, on comparera les activités capitalistiques de Robert Bosch en France occupée, avec
l’aval du Reichswirtschaftsministerium (Ministère de l’économie du Reich), à l’ouvrage de
Joachim Scholtyseck cité dans « III, L’entre-deux-guerres. G. Europe économique », au n°
238, p. 156 (dont je traduis ici le titre allemand), « Robert Bosch et la résistance libérale
contre Hitler 1933-1945 », posant Bosch en industriel « européen » et résistant.
Le découpage adopté atteint ici les sommets de l’absurde. « A. Généralités », p. 158,
est un fourre-tout. « B. Projets d’union franco-britannique » cite cinq travaux sur un néant, à
en juger par les archives originales (p. 158-159). « B. (sic) L’Europe des collaborateurs » se
borne à la collaboration politico-idéologique. Les auteurs de la bibliographie considèrent donc
la « collaboration économique » comme exclue de « l’idée européenne » : les cartels sont-ils
sans lien avec la suite d’après-guerre? Et les sociétés mixtes? Et le plan d’union monétaire
sous l’égide du Reichsmark du maître suprême de la haute banque sous l’Occupation, Henri
Ardant, une des évidentes origines de l’euro? Les étudiants ne doivent donc pas connaître les
vastes plans européens de ceux qui construisirent l’Europe bien plus que tous les idéologues
ou auxiliaires politiques, ici classés en « collaborateurs » et « résistants ». La « résistance »
(contre l’Allemagne hitlérienne occupante) des « Européens » fut parfois fort tardive : ayant
accompagné la nécessaire transition entre l’Europe du Blitzkrieg et les perspectives (au
tournant de 1941) d’une Europe de la Pax Americana, elle se confondit largement et souvent
exclusivement avec les liens anglo-saxons des intéressés. Le phénomène montre une fois de
plus que les États-Unis, qui furent les principaux mentors de ces « résistants », ne sauraient
être confinés à l’après 1945. Et pourquoi n’a-t-on pas évoqué l’européanisme des anciens
nazis (parfois jusqu’en 1944-1945) devenus démocrates « européens » convaincus,
« collaborateurs » devenus a posteriori « résistants » en somme? Cf. infra, « IX. Le rôle des
politiques nationales dans la construction européenne depuis 1945 »
On présente clairement « les plans soviétiques pour l’Europe occidentale » (« Soviet
plans for postwar Europe ») 8 en citant la communication de Vojtech Masny (en général
Mastny en français ou en anglais), isolée d’un ouvrage collectif (Antonio Varsori et Elena
Calendri, dir., n° 294, p. 158). Pourquoi n’a-t-on pas précisé le thème et l’auteur de la
communication sur les plans américains pour la Scandinavie que j’ai signée dans l’ouvrage
collectif Michel Dumoulin, dir., Plans des temps de guerre pour l’Europe d’après-guerre
1940-1947, Bruxelles, 12-14 mai 1993, Actes du colloque, Bruylant, Bruxelles, 1995, (n° 292,
p. 158)?: « La Scandinavie et l’Europe d’après-guerre: projets et prises de positions de la
guerre à 1947 », p. 527-562. Je ne cite à cet égard qu’un exemple, le procédé ayant été utilisé
systématiquement à mon encontre – à l’inverse de la méthode utilisée pour les historiens
agréés, dont les communications de colloques ou contributions à des ouvrages collectifs ont
été le plus souvent sinon toujours précisées et paginées.
8 Dans ce domaine, on verra plus loin une remarque relative à l’omission d’un ouvrage essentiel sur la
conception soviétique de l’Europe entre 1939 et 1953, celui de Geoffrey Roberts.
9
Autre habile procédé, mes quatre articles cités suggèrent que je n’ai pas travaillé sur la
construction européenne depuis le début des années 1990 – sauf l’article en allemand (n° 820),
datant de 2002, qu’aucun étudiant n’ira chercher ou ne pourra lire.
« V. De 1945 à nos jours : généralités
A. Le contexte international de la construction européenne », p. 160 sq.
Pourquoi l’étude de l’influence des États-Unis a-t-elle été reportée dans « X. L’Europe
en construction et les autres »? Les États-Unis ne sont pas « les autres » mais un bâtisseur
essentiel de l’union européenne, qui a concerné l’Europe de la sphère d’influence américaine
de 1945 (cf. infra).
Pourquoi ne trouve-t-on pas, aux côtés de William Hitchcock, France restored (n°
331), caricature idéologique « occidentale », deux ouvrages issus d’une importante recherche
en archives? :
1° mon ouvrage, tiré d’une thèse d’État, Le choix de Marianne: les relations francoaméricaines
de 1944 à 1948, Paris, Éditions sociales, 1986
2° Irwin Wall, L’influence américaine sur la politique française 1945-1954, Paris,
Balland, 1989.
A été exclu (il pourrait aussi figurer dans « IV. La Seconde Guerre mondiale »),
l’ouvrage fondamental de Lloyd C. Gardner, Spheres of influence. The great powers partition
Europe, from Munich to Yalta, 1938-1945, New York, Ivan R. Dee, Chicago, 1993.
Pourquoi l’ouvrage d’Alan Milward, The Reconstruction of Western Europe 1945-
1951, Methuen, London, 1984, essentiel sur le rôle des États-Unis, n’est-il pas classé dans
« A. Le contexte international de la construction européenne », p. 162? Ou dans « B. Les
constructions européennes depuis 1945 ». Il est rejeté dans « X. L’Europe en construction et
les autres », p. 181-183, et cité au n° 985, soit à l’avant-dernière page de la bibliographie.
Alors que M. Soutou, historien du loup-garou soviétique, est cité pour La guerre de
cinquante ans (n° 335, p. 160), n’ont pas été classés :
Arnold Offner, Another Such Victory: President Truman and the Cold War, 1945-
1953, Stanford, CA, Stanford University Press, 2002;
Michael Sherry, In the shadow of war : the US since the 1930’s, New Haven, Yale
University Press, 1995 (qui pourrait aussi bien figurer dans « VI. Les architectures
européennes de 1945 à nos jours. 1. Ouvrages généraux », p. 167).
Pourquoi dans « D. Témoignages sur la construction européenne », p. 161, a-t-on omis
Armand Bérard, un des diplomates les plus sincères (citant très largement sa correspondance
originale, je puis en juger personnellement), Un ambassadeur se souvient. Washington et
Bonn, 1945-1955, Paris, Plon, alors que les Mémoires de Jean Monnet, hautement fantaisistes
à tout propos (n° 391, p. 161), sont crédités de deux étoiles?
Jean Monnet, par ailleurs, constitue le thème, dans « VII. Les acteurs de la
construction européenne depuis 1945. G, Le rôle des grandes personnalités et décideurs dans
la construction européenne » (p. 172-174), au paragraphe « Le rôle de Jean Monnet », p. 174,
de 17 articles ou ouvrages d’inspiration essentiellement hagiographique, dont quatre signés de
Gérard Bossuat. Manque ici cruellement la vision d’un Jean Monnet plus « américain »
qu’« européen » : celle de nombreux diplomates, classés par ailleurs, dont Massigli, celle du
diplomate Armand Bérard et la mienne.
« VI. Les architectures européennes de 1945 à nos jours. D. La construction d’une
Europe de la Défense, 4. L’échec de la Communauté européenne de Défense », p. 168,
Pourquoi ne trouve-t-on pas, alors que Gérard Bossuat et Philippe Vial sont cités
chacun deux fois, mes articles :
10
« La France face à la puissance militaire ouest-allemande à l’époque du Plan Pleven
(1950-1954) », n° 45, Cahiers d’histoire de l’institut de recherches marxistes, 1991, p. 95-143.
« La perception militaire de l’URSS par l’Occident au début des années cinquante: peur
de l’Armée rouge ou “ogre soviétique”? », Cahiers d’histoire de l’institut de recherches
marxistes, n° 46, 1991, p. 19-61.
Je doute que ce soit seulement parce qu’ils proviennent d’une revue non agréée, les
articles publiés dans les revues agréées n’ayant pas davantage eu droit de cité, tel celui intitulé
« La France face à la menace militaire allemande au début de l’ère atlantique: une alliance
militaire redoutée, fondée sur le réarmement allemand (1947-1950) », Francia, vol. 16, cahier
n° 3, mai 1990, p. 49-71.
« F. La construction d’une Europe de la culture », p. 168-169,
En fonction de quel critère les étudiants ne sont-ils pas incités à lire l’ouvrage
important de Frances Stonor Saunders, traduit en français, Qui mène la danse, la Guerre
froide culturelle, Denoël, 2004? Il fournit une clé « américaine » à ce qui est ici qualifié
d’« Europe de la culture », donc présente une thèse que les candidats ignoreront.
L’ouvrage pourrait également figurer dans « VII. Les acteurs de la construction
européenne depuis 1945. D. Les milieux intellectuels et artistiques », p. 170, où a été cité
Pierre Grémion, auteur d’une thèse (Intelligence de l’anticommunisme, 1995, n° 646). M.
Grémion a très largement emprunté à la thèse pionnière, qui a été évincée, de
Peter Coleman, The Liberal Conspiracy : the Congress for Cultural Freedom and the
Struggle for the Mind of Postwar Europe, New York, Free Press, 1989.
« VII. Les acteurs de la construction européenne depuis 1945 », 169 sq.
« C. Forces syndicales »

La bibliographie, « européiste » en diable, ignore les syndicats qui ne le sont pas
(parfois majoritaires après-guerre, comme en France et en Italie) et évacue la recherche
internationale, qui converge sur le rôle décisif des États-Unis dans le remodelage du
syndicalisme ouest-européen et ses scissions depuis la fin de la guerre :
Anthony Carew, Labour under the Marshall Plan, Manchester, Manchester University
Press, 1987, ouvrage majeur et indispensable;
« The Schism within the World Federation of Trade Unions : Government and Trade
Union Diplomacy», International Review of Social History, 1984, part 3, p. 297-335;
Michael Fichter, Besatzungsmacht und Gewerkschaften. Zur Entwincklung und
Anwendung der US-Gewerkschaftspolitik in Deutschland 1944-1948, Opladen, Westdeutscher
Verlag, 1982;
Roy Godson, American Labor and European Politics. The AFL as a transnational
Force, New York, Crane, Russak & C°, 1976;
Annie Lacroix-Riz, outre Le choix de Marianne, inclus dans la bibliographie envoyée
aux rédacteurs,
« La reconstitution du syndicalisme ouest-allemand: stratégies occidentales et
triomphe américain 1945-1949 », Cahiers d’histoire de l’institut de recherches marxistes, « I.
1945-1946: débats de fond et prédominance de l’action souterraine », n° 36, 1989, p. 65-92;
« II. Vers la fusion syndicale trizonale: combats d’arrière-garde français et offensive
américaine, 1947-1949 », n° 39, 1990, p. 35-70
« Autour d’Irving Brown: l’AFL, le Free Trade Union Committee, le Département
d’État et la scission syndicale française (1944-1947) », Le Mouvement Social, avril 1990, p.
79-118;
Karl Lademacher, éd., Gewerkschaften im Ost-West-Konflikt : Die Politik der
American Federation of Labor im Europa der Nachkriegzeit, Melsungen, 1982;
11
Denis Mac Shane, International Labour and the Origins of the Cold War, Oxford, The
Clarendon Press, 1992;
Charles S. Maier, « Le plan Marshall et les syndicats », Le Monde, Liber n° 2,
décembre 1989;
Le Mouvement social, n°162 (n°spécial), janvier-mars 1993, « Syndicats d’Europe »;
Federico Romero, Gli Stati Uniti e il Sindicalismo europeo 1944-1951, Roma,
Edizioni Lavoro, 1989;
Peter Weiler, British Labor and the Cold War, Stanford University Press, Stanford,
1988;
« The United States, International Labor and the Cold War : the Break-Up of the
World Federation of Trade Unions », Diplomatic History, V, 1981, p. 1-22.
Je renonce, concernant le reste de « VII. Les acteurs », à mentionner la liste de mes
articles évincés (voir la bibliographie fournie le 8 mai 2007, annexe 2), sauf pour « E. Les
milieux religieux », p. 171 : règne toujours le monopole l’historiographie cléricale avec deux
titres de Philippe Chenaux, dont Une Europe vaticane?, n° 656 (absence confirmée du
Vatican, l’Europe et le Reich).
Je n’avais pas indiqué aux deux rédacteurs, mais il s’inscrit dans ce paragraphe, mon
article décrivant la brutale mutation démocratique et européenne, depuis mai 1945, des deux
églises chrétiennes allemandes :
« Églises et retour au statu quo en Allemagne occidentale (1945-1949) », guerres
mondiales et conflits contemporains, numéro spécial, « Les deux Allemagnes dans la Guerre
froide », n° 210, avril-juin 2003, p. 19-46 – numéro spécial, dirigé par le professeur Chantal
Metzger, qui aurait pu figurer dans le paragraphe qui suit.
IX. Le rôle des politiques nationales dans la construction européenne depuis 1945.
A. La France, l’Allemagne et la construction européenne », p. 176
Pourquoi Pierre Guillen, cité pour un article de 12 p. sur « La France et la construction
européenne dans les années cinquante » (n° 818, p. 176), ne l’est-il pas pour son excellent
manuel L’Allemagne 1945-1973, Paris, Hatier, 1979? Il décrit notamment la tactique ouestallemande
de « meilleur élève atlantique » et « meilleur élève européen » du « maître
d’école » américain (dernière formule figurant dans des archives diplomatiques que j’ai citées
dans tel article évacué de la bibliographie), appliquée avec succès en vue de balayer les
contraintes et limitations diverses imposées (aux conférences de Yalta et Potsdam) au Reich
vaincu.
Se trouvent également exclus les manuels du professeur Alfred Wahl (par opposition
aux agréés et étoilés, dont tous les manuels sont cités), notamment :
Histoire de la République fédérale d’Allemagne, Paris, Armand Colin, 1991, plusieurs
fois rééditée depuis ;
La seconde histoire du nazisme dans l’Allemagne fédérale depuis 1945, Paris, Armand
Colin, 2006, 335 p., étudiant les anciens nazis, dirigeants de l’économie et de l’appareil d’État
de 1933 (et auparavant) à 1945, devenus, aux mêmes fonctions, champions proclamés de
« l’Europe » et de la démocratie occidentale.
Autre bon exemple, exclu, de mutations brutales masquant une profonde continuité de
certains milieux « européens » de l’entre-deux-guerres à l’après-1945 :
Bernard Ludwig, « La propagande anticommuniste en Allemagne fédérale. Le “VVF”
pendant allemand de Paix et Liberté », Vingtième siècle, octobre-décembre 2003, p. 33-42.
« C. Le Royaume-Uni », p. 177-178
12
Alors que sont consacrés à la question très peu de travaux en langue française, a été
exclu l’ouvrage d’un collègue explicitement présenté dans une bibliographie d’il y a quelques
années (1997) comme « marxiste » (non-« marxiste » ou tout adjectif équivalent n’étant
jamais précisé). Au moins y figurait-il naguère.
Richard Farnetti, L’économie britannique de 1873 à nos jours, A. Colin, 1993.
Du paragraphe « Les relations américano-britanniques et la construction européenne »
a été évincée la bibliographie (pas toujours « marxiste ») qui établit, comme Richard Farnetti,
que le plus grand combat « européen » du 20è siècle a eu pour enjeu la rivalité américanobritannique
(entre vieil impérialisme dominant et impérialisme prétendant à la relève) – enjeu
au moins aussi décisif voire davantage que le conflit américano-soviétique, notamment
Richard Gardner, Sterling-Dollar Diplomacy : Anglo-American Cooperation in the
Reconstruction of Multilateral Trade, Oxford, 1è éd. 1956, rééd. 1969;
Sterling-Dollar Diplomacy in current Perspective : the Origins and Prospects of our
international economic Order, Columbia University Press, New York, 1980;
Donald Cameron Watt, Succeeding John Bull, America in Britain’s place, Cambridge
University Press, Cambridge, 1985;
Randall B. Woods, A changing of the Guard, Anglo-American Relations 1941-1946,
University of North Carolina Press, Chapel Hill, 1990.
« F. Les États d’Europe méridionale. La Grèce », p. 181
La bibliographie ne dépaysera pas les candidats spectateurs de l’émission « Welcome
in Greece, Mr Marshall », produite par Madeleine Avramoussis, diffusée sur Arte le 5 juin
2007, qui battait des records de complaisance et d’omission (elle ne permettait notamment pas
de comprendre les enjeux pétroliers de l’insertion américaine de la Grèce dans l’Europe
unifiée). On devrait au minimum y joindre :
Thomas G. Paterson, On every front: the making of the Cold War, New York, 1979
(ouvrage valable pour l’Europe entière);
Ronald Radosh, American Labor and United States Foreign Policy, New York,
Random House, 1969 (sur le remodelage américain du syndicalisme grec);
Georges Stathakis, beaucoup plus « critique » au colloque international sur le Plan
Marshall de 1991 que comme conseiller de l’émission citée, non explicitement mentionné au
n° 968 (ouvrage collectif), « The Marshall Plan in Greece », René Girault et Maurice Lévy-
Leboyer, dir., Le Plan Marshall et le relèvement économique de l’Europe, p. 577-589;
Lawrence S. Wittner, American Intervention in Greece, New York, Columbia University
Press, 1982.
« X. L’Europe en construction et les autres », p. 181-183.
Sur un plan général, il est absurde de considérer comme « les autres » l’un des artisans
essentiels, depuis l’entre-deux-guerres, de la construction d’un marché européen unifié, les
États-Unis. Le choix idéologique unilatéral opéré ici en fait une question secondaire, placée
sur le même plan que l’URSS, loup-garou idéologique, mais ectoplasme de fait concernant la
question (cf. infra).
Gérard Bossuat est cité ici notamment pour son ouvrage L’Europe occidentale à
l’heure américaine. Le Plan Marshall et l’unité européenne 1945-1952, Complexe, Bruxelles,
1992 (n° 961) – soit à cette occasion, pour la vingtième fois en nom propre (il l’est également,
quinze autres fois, pour direction d’un ouvrage collectif ou participation).
J’ai consacré à ce travail une longue critique, absente de la bibliographie de concours,
critique qui s’appuie notamment sur une importante bibliographie anglo-saxonne (également
absente d’Historiens et Géographes) : « Réflexion sur un ouvrage récent (1992) », Cahiers
d’histoire de l’institut de recherches marxistes, 1994 (critique de Gérard Bossuat, L’Europe
13
occidentale à l’heure américaine. Le Plan Marshall et l’unité européenne 1945-1952,
Complexe, Bruxelles, 1992) : « Avant le Plan Marshall: Prêt-Bail et consensus américain »,
n° 54, 1994, p. 115-140;« Le Plan Marshall, ses clauses et ses conséquences », n° 55, 1994, p.
115-153. Mentionner cette critique aurait permis de montrer aux candidats qu’il existe en
France deux conceptions historiographiques opposées du rôle des États-Unis dans la
« construction européenne » des « Pays Marshall » (expression courante des archives
américaines du temps).
Sur le Plan Marshall, aucun des auteurs étrangers cités n’appartient au groupe nonconformiste,
marxiste ou marxisant (dit « révisionniste »), qui a apporté une contribution
décisive depuis les années soixante à la connaissance de cette phase décisive de la
« construction européenne ». On relèvera notamment l’absence des ouvrages fondateurs de :
William Appleman Williams, The Tragedy of American Diplomacy, Dell Publishing
C°, New York, 1972 (1è éd., 1959);
Gabriel Kolko, The Politics of War. The World and the United States Foreign Policy,
1943-1945, New York, Random House, 1969, rééd. 1990 (qui pourrait aussi bien figurer dans
« IV. La Seconde Guerre mondiale et l’idée européenne (1939-1945). A. Généralités », p.
158;
Gabriel et Joyce Kolko, The Limits of Power. The World and the United States
Foreign Policy 1945-1954, New York, Harper and Row, 1972.
L’article de Frank Costigliola sur de Gaulle et Kennedy, est cité (n° 963), mais pas sa
contribution à l’important ouvrage collectif d’un des principaux spécialistes américains
d’histoire des relations internationales (cité plus haut, à propos de la Grèce) :
Thomas G. Paterson, dir., Kennedy’s quest for victory, American Foreign Policy,
1961-1963, Oxford University Press, 1989.
On en retiendra :
Frank Costigliola, « The Pursuit of Atlantic Community : nuclear arms, dollars, and
Berlin », Paterson, dir., Kennedy’s, p. 24-56 (qui pourrait aussi bien figurer dans VI. D. 3.
L’OTAN, p. 164);
William S. Borden, « Defending hegemony : American Foreign economic policy »,
Paterson, dir., Kennedy’s, p. 57-85, essentiel.
Aurait dû figurer sur l’environnement bancaire de la reconstruction américaine de
l’Europe occidentale :
Gian Trepp, Bankgeschäfte mit dem Feind. Die Bank für Internationalen
Zahlungsausgleich im Zweiten Weltkrieg. Von Hitlers Europabank zum Instrument des
Marshallsplans, Zurich, Rotpunktverlag, 1996.
Dans « E. L’Europe et l’URSS »,
Alors que figurent dans la bibliographie de concours nombre d’ouvrages, parfois
étoilés, non parus à cette date, celui de Roberts Geoffrey, publié en octobre 2006, Stalin’s
Wars: From World War to Cold War, 1939-1953. New Haven & London: Yale University
Press, 2006, n’est pas cité. Il étudie la conception soviétique de l’Europe occidentale, future
zone d’influence américaine, d’après mai 1945 (il aborde également à ce sujet la fin de la
guerre, et pourrait avec donc bonheur figurer, auprès de Vojtech Mastny, dans « IV. La
Seconde Guerre mondiale », « Soviet plans for postwar Europe »).
J’avais fourni aux rédacteurs une liste d’articles sur la question, d’une tonalité très
différente de celle des treize travaux qui ont été retenus ici, décrivant l’URSS comme un
facteur nul de la « construction européenne » germano-américaine. Aucun n’a été cité (les
titres de la liste que je joins à nouveau, en annexe, sont explicites, notamment « 1947-1948.
Du Kominform au “coup de Prague”, l’Occident eut-il peur des Soviets et du communisme? »,
n° 324, août-septembre 1989, historiens et géographes, p. 219-243).
14
ANNEXES
Annexe 1
Le contenu de la bibliographie ne respecte pas les engagements de pluralisme de fait
qui avaient été pris par le professeur spécialiste, au concours, de la question d’histoire
contemporaine, comme il ressort de la correspondance qui suit.
1° Message adressé par moi-même le 8 mai 2007 aux deux rédacteurs de la
bibliographie de concours, avec demande de communication à M. Frank. Le message que je
cite supprime des passages relatifs à l’identité de certains collègues nommément cités, au rôle
neutre :
« Chers collègues,
J’ai été avisée le week-end dernier par [un] collègue […] que la question de
Contemporaine porterait sur “la construction européenne”. Ce dernier m’ayant parlé d’une
“question très “institutionnelle”” et commençant en 1957, je lui ai fait les remarques qui
suivent, et dont vous excuserez la franchise, légitimée par la conjoncture historiographique:
“J’ose présumer que les “inventeurs” de la question ne pourront pas faire l’économie de la
construction européenne d’avant 1957, puisqu’elle est au coeur de la réorganisation par les
États-Unis de leur sphère d’influence en Europe après 1945 – sans parler des projets de l’entredeux-
guerres.” Je souhaitais aussi qu’il fût suggéré aux responsables du jury de “1° ne pas
confier la bibliographie aux seuls historiens “europtimistes” […] qui se prennent en France
pour les dieux du stade parce qu’ils ont réduit les autres au silence, mais qui émerveillent
nettement moins l’historiographie internationale “critique” (non réduite au silence en dehors
de nos frontières); 2° ne pas borner la liste bibliographique à leurs oeuvres, colloques
“européens” financés par l’argent de l’UE en tête (je te renvoie sur ce point aux remarques de
Pinto-Duschinsky que j’ai commentées dans mon opuscule L’histoire contemporaine sous
influence)”.
Bref, je faisais observer à notre collègue qu’il serait bon que le jury respectât les droits
et coutumes de la “disputatio” qui avaient été négligés en Contemporaine ces dernières
années. Ils avaient même été mis à mal dans la bibliographie officieuse ou officielle de 2003
sur les peuples, la paix et la guerre de 1911 à 1946, comme je l’ai observé dans un article
critique paru, après le refus de la revue Historiens et Géographes de publier un complément
bibliographique, dans La Pensée – la bibliographie ayant à peu près banni l’historiographie
marxiste ou marxisante, mais décerné des “étoiles” à des manuels qui n’avaient pas encore
paru (« Complément à la bibliographie de CAPES-agrégation 2003-2005 parue dans
Historiens et Géographes n°383 », La pensée, n° 336, octobre-décembre 2003, p. 137-157).
Ayant demandé à [X] s’il avait quelque information sur le sujet et ses responsables, j’ai
appris de lui que mes craintes étaient infondées, puisque “l’un des membres du jury d’agreg
sera[it] Robert Frank” et que, vous-mêmes, chargés de la bibliographie, manifestiez le souci
“d’avoir des points de vue qui ne soient pas purement franco-français”. Cette dernière
remarque signifie sans doute que vous avez aussi de l’historiographie française une image
pluraliste, non limitée, pour ne donner que deux exemples, à la saga des grands hommes des
“Marches” avides de paix ou à la thèse du rôle direct ou indirect déterminant du loup-garou
soviétique sur la construction européenne d’après 1945 (ou d’après 1918).
Ayant passé une grande partie de mes décennies de recherche sur la question, je me
permets de vous joindre:
1° un travail qui mentionne une importante bibliographie anglo-saxonne 9 (la
publication en allemand de cet article inclut une grosse bibliographie allemande, qu’a assurée
9 Aucun titre n’en a été retenu.
15
le collègue responsable du n° spécial de la revue Beiträge zur Geschichte des
Nationalsozialismus, Thomas Sandkühler): si vous me communiquez votre adresse postale, je
vous adresserai l’article “Frankreich und die europäische Integration. Das Gewicht der
Beziehungen mit den Vereinigten Staaten und Deutschland, 1920-1955”).
2° le CV de la partie totalement ou partiellement “européenne” de mes travaux qui
vous permettra de juger du caractère central qu’y occupe la question pour les premières
décennies du programme: 1918-1955.
A votre entière disposition pour discuter de la question sur une base pluraliste, je vous
prie, chers collègues, d’agréer mes meilleures pensées, et de les transmettre à Robert Frank,
dont je n’ai pas les coordonnées électroniques (et auquel, naturellement, vous pouvez
transférer mon courrier). »
2° Réponse reçue de Robert Frank, 8 mai 2007
« 1) La question, n’est pas purement institutionnelle (non, quelle horreur !). Il s’agira
de croiser toutes les sous-disciplines de notre discipline historique. Une histoire globale : une
histoire politique, économique, sociale, culturelle. Bref, les mouvements européens, les
milieux favorables à l’Europe, les oppositions et opposants à la construction européenne, les
réalités de cette dernière, avec ses dynamiques, ses blocages, ses contradictions, les débats
qu’elle suscite, sa dimension idéologique, géopolitique, le rôle des acteurs, des réseaux, des
États, des sociétés, des opinions et des imaginaires, des acteurs et facteurs extérieurs
(superpuissances comprises), etc., tout cela fait partie de la question. L’idée est précisément de
refuser toute histoire hagiographique, théologique, téléologique de la construction
européenne (souligné par moi, ALR) 10.
2) La question commence à 1919. On aurait pu évidemment remonter à la fin XIXe,
mais cela aurait fait trop. L’entre-deux-guerres (ce qui comprend évidemment les
traumatismes de 1914-1918) et la seconde guerre mondiale sont en effet des périodes
cruciales, et, en plus, elles ont fait l’objet de nombreux travaux.
3) La question est donc large et énorme. D’où la parenthèse dans le libellé qui écarte
les expériences de construction européenne propres aux pays communistes, à savoir la
CAEM, le Pacte de Varsovie en tant qu’objets d’étude. C’est peut-être dommage, mais cela
aurait fait trop. Il valait mieux garder une longue période. »
3° Réponse de moi-même à la réponse de Robert Frank, 8 mai 2007
« Cher Robert,
Merci de ta réponse extrêmement rapide: la période traitée et la façon large et ouverte
dont vous envisagez le traitement du sujet me rassurent. J’avais par ailleurs bien pensé qu’il
s’agissait de l’unification européenne capitaliste, et pas imaginé une seconde que le monde
socialiste y fût inclus.
Tu n’ignores sans doute pas que le débat a grandement manqué dans la présentation
bibliographique de l’avant-dernière question. Historiens et Géographes, qui vient de s’illustrer
aux côtés du ministère de l’éducation nationale dans l’invraisemblable promotion du “tyran
rouge” de la chaîne Bertelsmann, me semble n’avoir pas alors rempli sa mission, incompatible
avec une sorte d’histoire officielle.
Tu sais également que notre histoire dominante, à tendance très “europtimiste”, ne
représente pas la totalité de la production internationale (je reconnais que les “europtimistes”
sont ici nombreux, mais, même ici, ils ne sont pas seuls) et ailleurs (où ils sont parfois
nettement moins nombreux, notamment dans les pays anglophones). D’où mon inquiétude, et
mon intervention auprès de tes (anciens) étudiants, qui devraient, compte tenu de ce que tu
10 Je considère que la bibliographie est antagonique avec cette conception fort engageante.
16
m’as exposé, avoir le souci du pluralisme scientifique qui a si cruellement fait défaut à propos
de bibliographie “officielle” de la question peuples, guerre et paix 1911-1946. »
Annexe 2
Conforme au texte adressé à Jean-Michel Guieu et Jenny Raflik le 8 mai 2007 – à
l’exception de l’ouvrage 7 (voir précision) et de mes coordonnées personnelles. J’ai numéroté
les travaux (ce que j’avais omis de faire).
_________________________________________
Annie LACROIX-RIZ, ancienne élève de l’école normale supérieure (Sèvres), agrégée
d’histoire, docteur-ès-Lettres, professeur d’Histoire contemporaine à l’université Paris VIIDenis
Diderot
Adresse postale : 2 place Jussieu, 75005 PARIS; lieu d’enseignement : 103, rue de
Tolbiac, dalle des Olympiades, 75013 PARIS
[…]
LISTE DE TRAVAUX TOTALEMENT OU PARTIELLEMENT EN RELATIONS AVEC LA
« CONSTRUCTION EUROPÉENNE »
1°. THÈSE DE DOCTORAT D’ÉTAT
1. « CGT et revendications ouvrières face à l’État, de la Libération aux débuts du Plan
Marshall (septembre 1944-décembre 1947). Deux stratégies de la Reconstruction », 4 vol. (2
de texte: 1215 p., 2 de notes: 978 p. + table des matières, index et errata). Thèse d’État
soutenue à l’Université de Paris I, le 7 novembre 1981. Jury: J. BOUVIER, J.-M. MAYEUR,
A. PROST, R. TREMPE, C. WILLARD.
2°. LIVRES
1. Le choix de Marianne: les relations franco-américaines de 1944 à 1948, Paris,
Editions Sociales, 1986, 222 p.
2. L’économie suédoise entre l’Est et l’Ouest 1944-1949: neutralité et embargo, de la
guerre au Pacte Atlantique, L’Harmattan, 1991, 311 p.
3. Le Vatican, l’Europe et le Reich de la Première Guerre mondiale à la Guerre froide
(1914-1955), Paris, Armand Colin, coll. « Références » Histoire, 1996, 540 p., réédité en
janvier 2007
4. Industrialisation et sociétés (1880-1970). L’Allemagne, Paris, Ellipses, 1997, 128 p.
Industriels et banquiers français sous l’Occupation : la collaboration économique
avec le Reich et Vichy, Paris, Armand Colin, coll. « Références » Histoire, 1999, 661 p.
5. L’histoire contemporaine sous influence, Pantin, Le temps des cerises, 2004, 145 p.,
2e édition (1e, 120 p.)
6. Le Choix de la défaite : les élites françaises dans les années 1930, Paris, Armand
Colin, 2006, 671 p. ., réédité en janvier 2007
7. L’intégration européenne de la France. La tutelle de l’Allemagne et des États-Unis,
Pantin, Le temps des cerises, 2007, 107 p. (annoncé aux rédacteurs le 27 juillet et ajouté ici en
septembre 2007)
3°. CONTRIBUTIONS À DES OUVRAGES ET COMMUNICATIONS
1. « Crédits américains et coopération européenne (1949-1954) », contribution à
l’ouvrage de Patrick Fridenson et André Strauss, Le Capitalisme français 19e-20e siècle.
Blocages et dynamismes d’une croissance, Paris, Fayard, 1987, chapitre XVIII, p. 327-349.
2. « Paris et Washington au début du Plan Schuman », communication au colloque
d’Aix-la-Chapelle de mai 1986 sur les débuts du Plan Schuman 1950-1951, Die Anfänge des
17
Schuman-Planes 1950-1951, éd. Klaus SCHWABE, Nomos Verlagsgesellschaft, Baden-
Baden, 1988, p. 241-268.
3. « Puissance ou dépendance française? La vision des « décideurs » des Affaires
étrangères en 1948-1949 », communication au colloque d’Augsburg d’avril 1984 sur La
perception de la puissance en Europe en 1948-1949, René Girault et Robert Frank, dir., La
puissance française en question! 1948-1949, Paris, Publications de la Sorbonne, 1988, p. 53-
76.
4. « Plan Marshall et commerce Est-Ouest: continuités et ruptures (cas français et
perspective comparative) 1945-1952 », communication au colloque du comité pour l’histoire
économique et financière de la France et du Comité d’histoire industrielle, Paris, 21-23 mars
1991, Le Plan Marshall et le relèvement économique de l’Europe, en trois parties :
« I. Une indispensable étude préalable: le commerce Est-Ouest de la guerre au Plan
Marshall (1945-printemps 1947) »; « II. Les débuts du Plan Marshall et la codification de
l’embargo (automne 1947-fin 1948) », Etudes et Documents, t. 4, 1992, p. 415-448 et 448-
480.
« III. L’embargo marshallien de l’ère atlantique: de la signature du Pacte au miracle
coréen (1949-1952) », Actes du Colloque, Imprimerie nationale, Paris, 1993, p. 650-683.
5. « La Scandinavie et l’Europe d’après-guerre: projets et prises de positions de la
guerre à 1947 », communication au colloque Plans des temps de guerre pour l’Europe
d’après-guerre 1940-1947, Bruxelles, 12-14 mai 1993, Actes du colloque, Bruylant,
Bruxelles, 1995, p. 527-562.
6. « Le Vatican, la France et l’Allemagne après les deux guerres mondiales »,
communication au colloque du Comité franco-allemand de recherches sur l’histoire de la
France et de l’Allemagne aux XIXè et XXè siècles, Les tiers dans les relations francoallemandes,
Paray-le-Monial, 6-8 octobre 1994, Oldenburg Verlag, 1996, p. 183-193
(communication si rétrécie – réduite à 6 notes de référence – que j’ai dû la transformer en
article, du même titre, cahiers d’histoire de l’institut de recherches marxistes, n° 63, 1996, p.
33-58).
7. « La transformation d’un ami en ennemi: l’URSS, le Quai d’Orsay, Washington et la
presse entre l’alliance de guerre et la guerre froide, 1941-1948 », Pratiques et cultures
politiques dans la France contemporaine. Hommage à Raymond Huard, Centre d’histoire
contemporaine du Languedoc-Roussillon, Université Paul Valéry, Montpellier III, 1995, p.
111-149.
8. « La BRI et la Banque de France de l’apaisement à la guerre : de la collaboration
des Banques centrales à l’“or allemand” », communication au colloque La construction
historique d’une identité monétaire en Europe (fin XVIIIème-XXème siècles), Mission
historique de la Banque de France, 19-21 janvier 2000, Olivier Feiertag et Michel Margairaz,
dir., Politiques et pratiques des banques d’émission en Europe (XVIIe-XXe siècles), Paris,
Albin Michel, 2003, p. 387-412.
9. « Frankreich und die europäische Integration. Das Gewicht der Beziehungen mit
den Vereinigten Staaten und Deutschland, 1920-1955 » (« La France et l’intégration
européenne des années vingt aux années cinquante : le poids des relations avec les États-Unis
et l’Allemagne »), contribution au vol. 18 de Beiträge zur Geschichte des
Nationalsozialismus, Thomas Sandkuehler et al., éd., Göttingen, Wallstein-Verlagen, 2002, p.
145-194.
10. « Les comités d’organisation et l’Allemagne : tentative d’évaluation »,
communication au colloque « Des comités d’organisation, pour quoi faire? L’organisation de
l’économie dirigée sous Vichy », Caen, 3-4 avril 2003, dir. Hervé Joly, Les comités
d’organisation et l’économie dirigée du régime de Vichy, Centre de recherche d’histoire
quantitative, Seconde Guerre mondiale, Caen, 2004, p. 47-62.
18
11. « Paris face aux relations germano-américaines, 1945-1955 », colloque de Bonn,
28-29 septembre 2004, « Allemagne, France, États-Unis : transferts, imaginations, relations »,
Chantal Metzger-Hartmuth Kaelble, éd., Actes, Munich, Franz Steiner Verlag, 2006, p. 21-34.
12. « Les relations patronales franco-allemandes dans l’empire au cours des années
trente : quelques jalons », colloque « L’esprit économique impérial ? Groupes de pression &
réseaux du patronat colonial en France & dans l’empire (1830-1970) », IEP Bordeaux, sous la
direction d’Hubert Bonin, 23-25 novembre 2006, Actes à paraître
4°. ARTICLES
1. «La perception française de la politique américaine en Europe de 1945 à 1948»,
chirm, n° 25, 1986, p. 119-154.
2. « Du bon usage de la “politique de la gauche non communiste” », chirm, n° 30,
1987, p. 75-104.
3. «L’entrée en guerre froide», participation au débat avec Yves Durand, André Kaspi
et Pierre Barral, chirm, n° 30, 1987, p. 7-53.
4. «Sécurité française et menace militaire allemande avant la conclusion des alliances
occidentales: les déchirements du choix entre Moscou et Washington (1945-1947)»,
communication au colloque de Strasbourg-Klingenthal de mai 1987 sur le problème allemand
vu par les voisins occidentaux de l’Allemagne 1944-1963, relations internationales, n° 51,
automne 1987, p. 289-312.
5. «Vers le Plan Schuman: les jalons décisifs de l’acceptation française du réarmement
allemand (1947-1950)», guerres mondiales et conflits contemporains, 1989:
«I. De la reconstruction prioritaire au réarmement», n° 155, juillet 1989, p. 25-41.
«II. Paris et le projet américain de réarmement de l’État allemand», n° 156, octobre
1989, p. 73-87.
6. «L’entrée de la Scandinavie dans le Pacte atlantique (1943-1949): une indispensable
« révision déchirante »», guerres mondiales et conflits contemporains, cinq articles:
«I. La préhistoire de l’adhésion scandinave au Pacte atlantique: 1943-1947», n° 149,
janvier 1988, p. 57-92.
«II. La phase finale de l’atlantisation scandinave (1947-48-1949)» (quatre articles,
échelonnés sur six ans par le rédacteur en chef de la revue, J.-C. Allain successeur de G.
Pedroncini, alors que la suite de l’article de 1988 était annoncée comme devant « paraîtr[e]
prochainement »).
«A. Les étapes de la capitulation scandinave», n° spécial sur la Scandinavie, n° 160,
1990, p. 39-86.
«B. Les motivations de l’engagement atlantique scandinave: mythes et réalités»
«L’URSS et les Scandinaves du Kominform à l’adhésion atlantique», n° 170, avril
1993, p. 147-159
«Les autres Scandinaves et l’URSS en 1948-1949», n° 172, octobre 1993, p. 137-152
«Les seules frayeurs scandinaves: les stipulations du Pacte atlantique», n° 173, janvier
1994, p. 149-168.
« La France face à la menace militaire allemande au début de l’ère atlantique: une
alliance militaire redoutée, fondée sur le réarmement allemand (1947-1950) », Francia, vol.
16, cahier n° 3, mai 1990, p. 49-71.
7. « Une “politique douce” précoce: Paris face à la politique allemande de Washington
1944-1945 », revue d’histoire moderne et contemporaine, n° 3, t. 38-3, juillet-septembre
1991, p. 428-461.
8. « “Bonne Allemagne” ou reconstruction prioritaire: Paris et Washington du départ
du Général de Gaulle à la Conférence de Moscou (janvier 1946-printemps 1947) », guerres
mondiales et conflits contemporains, n° 169, janvier 1993, p. 137-177.
19
9. « 1947-1948. Du Kominform au “coup de Prague”, l’Occident eut-il peur des
Soviets et du communisme? », n° 324, août-septembre 1989, historiens et géographes, p. 219-
243.
10. « La dénazification économique de la zone d’occupation américaine: la perception
française du phénomène », revue historique, n° 574, janvier 1991, p. 303-347.
11. « La France face à la puissance militaire ouest-allemande à l’époque du Plan
Pleven (1950-1954) », n° 45, Cahiers d’histoire de l’institut de recherches marxistes, 1991, p.
95-143.
12. « La perception militaire de l’URSS par l’Occident au début des années cinquante:
peur de l’Armée rouge ou « ogre soviétique »? », chirm, n° 46, 1991, p. 19-61.
13. «Réflexion sur un ouvrage récent (1992)», 2 articles chirm, 1994 (critique du livre
de Gérard Bossuat, L’Europe occidentale à l’heure américaine. Le Plan Marshall et l’unité
européenne 1945-1952, Complexe, Bruxelles, 1992) :
«Avant le Plan Marshall: Prêt-Bail et consensus américain», n° 54, 1994, p. 115-140.
«Le Plan Marshall, ses clauses et ses conséquences», n° 55, 1994, p. 115-153.
14. «Le Vatican et les buts de guerre germaniques de 1914 à 1918 : le rêve d’une
Europe allemande», revue d’histoire moderne et contemporaine, n° 42-44, octobre-décembre
1995, p. 517-555.
15. «Les relations commerciales et financières germano-suisses et leurs implications
politiques pendant la Deuxième Guerre mondiale, 1940-1945», chirm, n° 68, 4è trimestre
1997, p. 99-119.

3 Réponses to “historienne Annie Lacroix-Riz sociologie”

  1. reinhardt franck Says:

    vive la vrai liberter!!!

  2. el ruia Says:

    si c’est vlé!

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