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savoirs et pouvoirs autonomes dans
une société sans affects

SAVOIRS AUTONOMES ET POTENTIALITÉS
En marchant dans les villes connectées aux réseaux de distributions mondiaux, nous passons d’un imaginaire à l’autre, de Monoprix™ à la Fnac™, d’UGC™ à Friskie’s™, de la Fondation Pinault™ ou Guggenheim™ à Mac Do™, activant à chaque fois des champs de possibilité relationnelles, communicationnelles ou sensationnelles, équivalentes et interchangeables. Ces possibilités-marchandises© proposées par la culture mondiale du supermarché naissent de désirs et de besoins suscités par la publicité et par les médias. Elles ne peuvent être actualisées qu’à travers l’argent dont nous disposons par notre travail et nos crédits bancaires. Le plus riche a le plus de chance d’avoir raison parce qu’il dispose des moyens pour cela. Il peut créer ses propres possibilités-marchandises© et les imposer à d’autres. Une équation associant vérité, argent, technique et pouvoir se dessine. Foucault parle de “régime de vérité” entendant par ce terme la dynamique circulatoire par laquelle l’assujettissement des individus et la production des vérités assujettissantes se renforcent l’un l’autre.
L’expression de savoirs/pouvoirs autonomes met en crise le monopole d’accès sur les possibles détenus par les organisations productives de la société de consommation. Rompant le monopole des fondations privées et des centres de recherches, à financement mixtes (État-groupes industriels), les savoirs/pouvoirs autonomes se développent à la fois par l’exode des chercheurs hors du système et par la montée en puissance d’une intellectualité, d’une créativité et d’une résistance diffuse, d’individus et de collectifs créant des formes de vie (expressives, alimentaires, passionnelles, urbaines), mettant en oeuvre des formes de désobéissance sociale ou de désobéissance civile, développant leurs compétences et sécrétant du sens de façon autonome et critique.
À la différence d’un régime de vérité assujettissant, un savoir autonome agit par résonnance intensifiant les potentiels de l’être et déconstruisant les pouvoirs/savoirs, les totalités unipolaires constituant notre environnement : pouvoir technologique et pouvoir économique, pouvoir bureaucratique, pouvoir culturel, pouvoir sexuel. L’être mettant en oeuvre des savoirs/pouvoirs autonomes est un être potentiel. Il n’est pas là, figé dans un rôle ou dressé à vouloir ou à désirer telle ou telle possibilité normalisée ou à choisir parmi elles. Ses possibilités ne sont pas des possibilités-marchandises contrôlées et rationalisées par le système capitaliste, mais bien des chances, des destins possibles mis en œuvre par l’activité de l’être.

Déconstruire les machines complexes afin de les reconstruire de façon non conventionnelle
Un savoir autonome décolonise les possibilités de l’être et ouvre l’existence et le potentiel de l’être par des partages horizontaux de savoirs et d’expérience : hacklabs italiens dans le domaine de l’informatique ; réseaux d’échange réciproque de savoir ; pratiques amateures en biotechnologies (Critical art ensemble) ; lutte pour une mise en accès de l’espace extra-atmosphérique (Association of autonomous astronauts) ; vidéo de proximité (par exemple à Bruxelles par PTTL) ; luttes pour une organisation et une gestion partagées du monde environnant (de l’eau dans le cas de la SEMAPA à Cochabamba (Bolivie), des réseaux dans le cas de Seattle wireless à Seattle (États-Unis) de la terre dans le cas du Mouvement des Sans Terre au Brésil, de l’espace urbain dans le cas du mouvement squat en France, de la circulation dans le cas de Kein Mensch ist Illegal, etc.).
Un savoir autonome peut se constituer dans l’analyse du fonctionnement de machines complexes. Déconstruire un logiciel ou un système d’exploitation afin de les reconstruire de manière non conventionnelle, c’est ce que font les hackers ou le mouvement du Libre. Les hacklabs italiens créent de l’autonomie en mettant à la disposition de toute personne interessée des savoirs en informatique ou en électronique. Ce ne sont pas des prestataires de services. Ce sont des organisations, plus ou moins informelles de compétences. Ils fournissent des expertises, transmettent gratuitement leur savoir et savoir-faire.
La déconstruction des machines complexes, leur reconstruction “décolonisée” peuvent êtres effectués sur d’autres machines complexes que les machines logiques. De la même façon que l’on peut déconstruire un logiciel on peut déconstruire le fonctionnement interne d’un État ou d’une administration ou encore d’une firme ou d’un groupe industriel ou bancaire. À partir d’une telle déconstruction, d’une identification fine des rouages d’une administration donnée, des liens ou des réseaux entre administrations, lobbies, entreprises, etc. on peut définir des modalités d’action ou d’intervention sur ces entreprises ou administrations. Mais pour déconstruire une machine, il faut préalablement y avoir accès et en comprendre le fonctionnement, autrement dit accéder aux informations qui la constituent : or, les informations scientifiques et techniques, mais également organisationnelles ne sont pas forcément publiées. La volonté de déconstruire les machines complexes se double donc d’une revendication au libre accès et à la libre circulation des savoirs. Les rencontres ou meeting, les partages de savoirs permettent de passer les restrictions d’accès instaurées pour des savoirs dont les coûts de production et d’accessibilité sont élevés ou qui n’existent que par la rareté, les monopoles et les prébendes que des pouvoirs bureaucratiques ou marchands détiennent.
On sait l’importance des médias (téléphones cellulaires, ordinateurs, Internet, radios, télévisions, cb, photocopieurs, …) dans la constitution et la pérennité des mouvements sociaux et des formes de vie autonomes. L’usage de ces médias – et notamment d’Internet et de l’informatique qui lui est associé – requiert des savoirs autonomes spécifiques qui sont produits et diffusés par des collectifs, des réseaux de coopération, des individus : réseaux de production d’information alternative et de webzines (indymédia, nettime), infoshops (malocka,INFOSHOP La Torre à Rome ou plus généralement voir http://www.infoshop.org), fanzinat, télévisions autonomes (free speech television, direct action media network), maisons d’édition (encyclopédie des nuisances), radios (KPFA à Berkeley, radio popolare à Milan), hackering (Electrohippies ou l’Electronic Disturbance Theater (EDT) aux USA), logiciels permettant de conserver l’anonymat (Freedom créé par Zero Knowledge), système d’exploitation en code source ouvert (réseau Linux), fournisseurs gratuits de musique enregistrée (Napster avant son achat par le groupe allemand Bertelsmann, réseau MACOS-Musicians Against Copyrighting Of Samples), cryptographie (cryptography.org), hébergeurs de site internet autonomes (www.enc.org, http://www.sindominio.net), hackmeeting (par exemple à Barcelone en octobre 2000) et plus généralement réseaux articulant de multiples savoirs et incluant généralement des formes de vie (Earth First !, EZLN Zapatistas, squatnet) [NOTE 1], squats (mouvement « okupa » et centres sociaux occupés (cso) en Espagne représentant des projets de société dans un pays sans allocation logement et sans rmi. Modes d’action similaires à ceux qui sont mis en oeuvre en Italie ou en France : transports Gratuits ; opérations « caddies » (appropriation gratuite de biens de consommations fondamentaux dans les grandes surfaces).

DE L’ACTION TEMPORAIRE À L’ACTION PERMANENTE
L’inventivité des savoir/pouvoir autonomes militants peuvent être discursifs [NOTE 2]. Mais ils sont surtout pratiques, “tactiles” : savoirs expressifs (mises en oeuvre de soi et du rapport à autrui), savoirs urbains (connaissance des lieux et des temporalités de la ville), savoirs organisationnels (groupes d’affinités à Seattle), savoirs tactiques (connaissances des seuils de violence symbolique, par exemple chez les Tute Bianche, lors du sommet de Prague), savoirs humains.
Ces formes d’actions temporaires peuvent prendre progressivement un tour plus durable : ainsi, nombre d’espaces vides dans la Journée du 17 novembre en Italie [NOTE 3] ont été occupés, ouvrant l’opportunité de les transformer en Centres sociaux ou en squatts pour une période plus ou moins longue. À l’occasion de ces rencontres – dans ces moments de coopération, les actions peuvent s’organiser en des formes plus durables comme des Campagnes ou des occupations : il en a été ainsi du Mouvement des infirmières en France qui, démarré de manifestations temporaires, s’est établie durablement dans l’espace public. Il en a été de même des Africains ayant installé un village de tentes de survie sur une place de la ville de Vincennes en France ou encore du Mouvement des Sans papiers dans la tournure qu’il a prise (après des décennies d’”oubli” par l’opinion publique) suite à l’occupation de l’Église de Saint Bernard puis de Saint Ambroise. De telles occupations durables, sortant du caractère temporaire de la manifestation ou de l’action, exige des savoirs et des savoir-faires spécifiques illustrés par la récente occupation de quartier de Madrid par des salariés de Telefonica™ en grève (installation d’une vie possible dans l’espace urbain, par branchement sauvage sur les réseaux électriques, les réseaux d’eau et d’égout).
Tant que le problème soulevé par le mouvement social initial n’a pas été résolu, l’action temporaire, tend potentiellement (suivant l’énergie, la volonté et la ténacité des acteurs, suivant la passivité des pouvoirs publics) à devenir permanente.
Mais la permanence a une autre origine : certains mouvements sociaux sont en effet directement reliés à des formes de vie contraintes (être un sans papier) ou choisies (via campesina, Confédération paysanne, Mouvement des sans Terre, Mouvement squat ou Centres sociaux). Ces mouvements ne sont pas simplement conjoncturels ou liés à une campagne d’opinion engendrant des formes d’action symbolique temporaire ou régulière, mais à une philosophie de l’existence, à une lecture des rapports de domination culturelle, politique ou économique majoritaire voire à la contestation générale du capitalisme ou de l’État.
À ces formes d’actions constituées symboliquement et occupant l’espace public ou médiatique s’oppose une autre forme d’action choisissant comme modalité d’apparition et d’organisation l’invisibilité, choisissant de ne pas apparaître, d’agir en secret ou de se déconnecter entièrement du système. L’exode, la déconnection, la désafiliation, le désenregistrement, l’invisibilité, la disparition, sont mises en oeuvre par des personnes sans maître, individus quelconques échappés au magnétisme du supermarché planétaire, développant des savoirs singuliers, des savoirs propres, des modes d’appréhension et de représentation du réel, des capacités relationnelles, communicationnelles ou des savoir-faire « anormaux ». Ces personnes sans maître – désertant intentionnellement – ne répondent plus aux injonctions à participer, à produire du sens (voire à produire de la critique) lancées par les pouvoirs économiques, médiatiques ou bureaucratiques. Elle exercent leur puissance d’auteur sous la modalité d’un “qu’importe qui parle”, de l’auteur anonyme ou de la singularité quelconque, de la puissance de la multitude. En ce sens, l’auteur – même désindividualisé et renvoyé au fond collectif dont il est la voix et l’expérience -rompt avec l’informalité et l’indétermination d’un trace qui s’en va : il se manifeste comme puissance. Il est ce site ou l’on s’invente soi-même, en rupture de toute tradition, de toute souveraineté, de tout territoire, de toutes ascendance, processus d’insurrection sans fin ne s’appropriant lui-même que sur le mode du devenir, de la transformation.

économie et politique des savoirs et pouvoirs autonomes

En Europe de l’Ouest, nombre d’organisations informelles ou militantes (et notamment les squatts en France), nombre de collectifs de production de savoirs/pouvoirs autonomes ont passé des conventions avec les collectivités locales, vendent des prestations sans objectif de profit ou reçoivent des subventions publiques. Mais certaines organisations militantes, de même que certains squats ou centres sociaux, certains ateliers sociaux de production de vérité ou collectifs de production de savoirs autonomes refusent à la fois convention et subvention et ne vendent pas de biens ou de services. Ces savoirs/pouvoirs autonomes désafiliés n’ont pas de statuts juridiques : ils ne sont pas insérés dans des formats associatifs ou coopératifs. Ils émanent généralement d’individus isolés ou de collectifs informels dont les moyens matériels, humains ou financiers échappent aux principes du marché ou de la redistribution.
On distinguera donc entre une économie solidaire des savoirs/pouvoir autonomes, toujours plus ou moins intégrés (tiers secteur) à la dynamique générale du capitalisme (Jean-Louis Laville du CRIDA caractérise l’économie solidaire comme une articulation entre économies marchande, non marchande et non monétaire) d’une économie “invisible” des savoirs/pouvoirs autonomes.
L’économie solidaire caractérise souvent l’économie informelle telle qu’elle a été décrite dans les études sur le Vietnam, l’Indonésie ou différents pays africains qui, bien que réciprocitaires sont à la confluence de l’économie domestique, de l’économie marchande, non monétaire et coopérative (people credit fund, réseau vietnamien formé de 971 coopératives, rassemblant plus de 700 000 membres ; réseau Nyèsigiso au Mali rassemblant 46 caisses villageoises, des coopératives d’épargne et de crédit et près de 70 000 membres, favorisant le développement de la petite entreprise ; Kuapa Kokoo au Sénégal rassemble à la fois des greniers villageois et banques de céréales, des systèmes collectifs de mise en marché, des groupements d’artisans, des syndicats multi-activités de paysans, des associations rotatives d’epargne et de crédit ou tontines, des coopératives d’épargne-crédit et caisses villageoises d’épargne-crédit, des mutuelles de santé, des associations de quartier ; le réseau COFAC (Cooperativa financiera de ahorro y crédito) en Uruguay, rassemble 200 000 membres dans 35 coopératives; l’organisation d’économie populaire (oep) au Chili regroupent des coopératives de santé, des cuisines collectives et jardins communautaires, des associations et coopératives d’auto-construction, des systèmes de crédit solidaire de type Grameen Bank).
L’économie “invisible” des savoirs/pouvoirs autonomes peut être caractérisé de la façon suivante :
1 Économie de réciprocité, n’ayant l’intention ni de développer des activités marchandes ni d’être dépendant et labellisé par les critères de la redistribution publique, ni de rester cantonné à la sphère domestique ;
2 économie de la gratuité autrement dit absence de critère d’appartenance et de toute forme d’assujettissement ou de catalogage des participants par un statut d’adhérent, de bénévole ou de salarié, no copyright (réseaux MACOS, Negativland)… Cette économie, développée de façon complexe, pourrait prendre la forme suivante (Cf. http://www.slip.net/~knabb) : certains biens et services de base seraient librement disponibles à tout le monde sans aucune comptabilité. D’autres seraient également gratuits, mais seulement à des quantités limitées, rationnées. D’autres encore, classés de  » luxe « , seraient disponibles contre des  » crédits fondants « , autrement dit des crédits ayant des dates d’expiration pour en limiter l’accumulation excessive [NOTE 4].

La ligne de fracture entre savoir/pouvoir autonomes visibles et invisibles trouve une autre expression dans ce qui distingue une politique à représentation (négociée ou constituée coopérativement) d’une politique tout à la fois iconoclaste et sans représentation et plus essentiellement dans ce qui sépare une analyse juridique (légitimation, légalisation) du pouvoir, d’une analyse technologique du pouvoir [NOTE 5].
Les savoir-pouvoir autonomes “visibles” procèdent par luttes de légitimation, de légalisation ou de coopération avec les pouvoirs publics s’appuient sur une définition constituante, transcendantale et anthropologique du sens : leur expressivité et leur émotionnalité sont les pendants fonctionnels d’une société procédurale, désexpressivisée et désaffectivisée, dans laquelle la production de sens n’est qu’une stratégie (parmi d’autres) de réduction de complexité. La définition juridique du pouvoir est aujourd’hui très forte et conditionne les formes de notre quotidienneté, y compris techniques. « Que dirait-on d’un système où il serait difficile de brancher une prise, de ne pas trouver d’écrou qui s’adapte à une vis, de composer un orchestre dont les instruments ne seraient pas réglés sur une vibration déterminée et universelle du la, où les tuyaux ne s’embouteraient pas, où chaque type de voiture aurait ses types de bougies, etc.Cela exige une procédure législative, celle des mesures, une réglementation, celle des normes. (…) La fixation des mesures est d’ordre législatif: poids et mesures mais aussi définition du la, qui est du ressort de la loi. (…) Le second élément est la norme, venue plus tardivement et qui touche tout autant aux quantités(dimensions) qu’aux qualités (définition des produits employés) » (Histoire des techniques, sous la direction de Bertand Gille, Pleiade, Gallimard, 1978, p.1332). Une telle société-système est assurée par l’interchangeabilité statistique des individus complémentée d’un pilotage de l’imaginaire, d’une normalisation technique du champ de subjectivation. « Des sujets successifs se limitent à entrer par les portes latérales dans l’intériorité d’un système, lequel se trouve être non seulement quelque chose qui se conserve avec sa propre systématicité, indépendante dans un certain sens, de la conscience des hommes, mais s’avère avoir également une existence propre, indépendamment d’un sujet ou d’un autre » (Michel Foucault, Dits et écrits, II, Gallimard, p. 424). [NOTE 6]
Les mouvements, des savoirs, des organisations autonomes s’appuyant sur une analyse technologique du pouvoir émergent de la perte de centralité de l’homme (subjectivité ou intersubjectivité transcendantale), de la fin de toute transcendance, de la perte de sens de l’anthropologie politique, de l’interchangeabilité systémique (et statistique) des individus dans la société de contrôle, de la prédominance de l’efficience sur la légitimité. Ils visent l’ouverture du possible par la multiplication des conflits : ils créent de la contingence et de la complexité, augmentent les “problèmes”(les possibles) au lieu de chercher à les résoudre ou à les intégrer.
Dans l’approche technologique du savoir/pouvoir, les outils ne sont pas des objets, les personnes ne sont pas des sujets. Les savoir/pouvoir autonomes ouvrent le monde dans sa multiplicité et sa potentialité. Ils s’extraient du système en le décodant, c’est-à-dire en en l’excédant et en le débordant de toute part, refusant d’être institutionnalisé, préférant exister dans le mouvement, rester provisoire et disparaître lorsque l’énergie sur laquelle ils reposent reflue. Les savoir/pouvoir autonomes sont des savoir/pouvoir sans modèle et situationnels, c’est-à-dire sans direction politique et sans “Terre promise”, sans discours spéculatif décrétant comment le monde doit être, sans organisation générale. «À la logique traditionnelle de l’engagement qui faisait du militant ou du citoyen [du franc-maçon ou du croyant] un appendice du « Grand Oeuvre », tend à se substituer une nouvelle figure du militant, comme individualité insérée dans des réseaux divers, mouvants, à temporalité réduite et souvent informelle. Cette figure culmine [en France] dans le mouvement contre la Loi Debré dans lequel on a pu assister à une prolifération d’initiatives individuelles s’articulant à des réseaux fondés sur la proximité. Rejetant toute forme de délégation de pouvoir et de centralisme, voire de récupération, il a la volonté de garder « de bout en bout » la maîtrise de ses paroles et de ses actes. Si l’espace public n’est pas rejeté a priori (voir l’utilisation très spectaculaire des médias par les mouvements sociaux), il est de moins en moins considéré comme un espace de discussion rationnel» (Olivier Blondeau, L’intelligence collective au service des mouvements sociaux). Refus de la logique qui veut qu’une élite élabore une pensée et une stratégie politique visant ensuite à entraîner une mobilisation dans et autour de l’organisation.
À travers nombre de ces savoir/pouvoir, l’activiste se transforme en média. Les luttes de classes deviennent dans ce contexte des luttes de langage. L’activiste est « un pourvoyeur d’information et un initiateur d’action, tout à la fois noeud et commutateur de réseaux  » (Olivier Blondeau). C’est un militant-chercheur pour lequel le savoir est un élément fondateur de la lutte.

politique potentielle
Le pouvoir et l’enrichissement dans une société de communication et d’information, dépendent du contrôle des circuits de production et de diffusion des données, et de l’accès aux stocks et aux flux informationnels (scientifiques, techniques, culturels, médiatiques). Il est détenu par ceux qui savent départager la vérité des leurres, qui connaissent ce qui est possible et comment et qui savent dissimuler aux autres qu’ils savent. Le pouvoir est pouvoir du secret mais aussi capacité de manipuler l’esprit humain, ses affects, ses croyances, ses perceptions, ses espérances, capacité de dresser le potentiel du vivant humain et non humain. À cela s’emploient les industries du leurre (services secrets, sociétés de communication), les sociétés de spectacle et d’entertainment, les sociétés biotech, les firmes pharmaceutiques et les dispositifs biopolitiques.
Dans cet état de guerre généralisé ou se mettent en place des processus d’extermination physique à grande échelle des êtres superflus, alors que dépérissent les processus démocratiques, les savoir/pouvoir autonomes ont-ils encore la possibilité de reconstituer le tissu pourrissant de la vie publique par des luttes de légitimation ou de légalisation, ou ne doivent-ils pas eux-même opposer l’invisible à l’invisible, autrement dit, faire défection, se désafilier, déserter, et ainsi creuser de part en part, des galeries dans le capitalisme ?

NOTES
[NOTE 1]
Il y a un internet d’avant l’EZLN et un d’après. La pratique de la cyberpropagande de l’EZLN a été si efficace que des sites se sont créés spontanément, diffusant les textes des zapatistes. Selon Henri Favre, l’EZLN représenterait « la première insurrection post-communiste du XXIème siècle » (Mexique : le révélateur chiapanèque, Problèmes d’Amérique latine, La documentation française, n°25, 1997, p. 4 et 5). Mais, au-delà de la cyberpropagande permettant de diffuser auprès des médias des informations en temps réels en se passant des médias inféodés aux pouvoirs, internet a permis l’organisation de manifestations dans le monde (et pas seulement de cybermanifestation) en soutien aux zapatistes. Internet a permis en effet la mise en place au début de 1997 de protestations auprès de 29 consulats mexicains aux États-Unis. “Dans les villes où nous n’avions pas de représentants pour aller aux consulats, des organisations locales nous contactaient via Internet, pour nous offrir leur aide” (Guillermo Glenn cité dans Gregory Destouche, Menace sur Internet, Des groupes subversifs et terroristes sur le net, Michalon, 1999, p. 32)

[NOTE 2]
Les formes discursives de savoir/pouvoir autonomes se manifestent notamment dans les discours politiques et la rhétorique traversant les tracts, allocutions, publications de militants ou de représentants sociaux, syndicaux ou politiques. Dans son sens commun, le discours est d’ailleurs fondateur de politique. Chaque mouvement politique en ce sens, invente au cours de son histoire, son propre langage, des propres champs de référence et sa propre rhétorique, sa propre lecture de l’histoire des idéologies : il faudra d’abord constituer une identité du mouvement, et cette identité pourra provoquer parfois (et de façon récurrente chez les anarchistes ou encore chez les situationnistes) une logique partitive, augmentant les divergences, et provoquant une dépense d’énergie importante à se combattre ou à se neutraliser mutuellement plutôt qu’à se grouper pour agir. Il s’agira de départager les mouvements, les attitudes, les discours retourant (ou ne retournant pas) de l’anarchisme. On fera pour cela référence à l’histoire du mouvement. Cette histoire servira également à ancrer des stratégies : ainsi, l’organisation révolutionnaire libertaire développera, contrairement à la Fédération anarchiste et à son organisation dite “synthétiste”(ayant vocation à rassembler tous les courants de l’anarchisme au risque de devenir un fourre-tout), une organisation dite “plate-formiste, en référence à la plate-forme organisationnelle des anarchistes russes(cf. Archinov) en exil après la Révolution russe de 1917. L’organisation révolutionnaire libertaire est une des branches de l’organisation révolutionnaire anarchiste qui s’est scindée en deux tendances suite au Congrès d’Orléans en 1976. La seconde branche deviendra l’Alternative libertaire, visant au contraire des précédents le développement d’un parti politique.
Certaines appelations politiques retournent de tactiques politiques situationnelles, se chargeant ensuite et progressivement d’un sens distinct de celui d’origine. Il en va ainsi du mot “libertaire”, inventé pour contourner les lois françaises interdisant de vendre ou de diffuser des revues nommées “anarchie”, ou “l’anarchie” ou “anarchiste”. Les termes de communisme et de socialisme sont de la même façon chargés d’une histoire.

[NOTE 3]
La Journée du 17 novembre 2001 (Première Journée de la Désobéissance Sociale à la Guerre) en Italie, illustre l’étendue de cette créativité : à Venise, le cortège a décidé de se rendre devant le consulat britannique lequel a essuyé une pluie d’œufs remplis de peinture rouge. À Turin, les statues en mémoire à la guerre ont été couvertes de papier et carton. À Gênes, les désobéissants ont occupé le chantier d’un futur méga centre commercial a été occupé pour protester contre la privatisation du patrimoine public. À Gorizia (ville coupée en deux par la frontière avec la Slonévie) un cortège a sillonné les deux parties de la ville s’insérant ainsi dans l’initiative lancée par le  » No Border social forum « . À Milan, plusieurs centaines de manifestants ont bloqué l’accès à une agence pour dénoncer sa participation au financement de la guerre contre l’Afghanistan. À Rome, des centaines de personnes ont imposé l’accès gratuit au Palais des Expositions. À l’extérieur, une immense banderole déclarait :  » le savoir, un bien public global. Libre accès. Revenu pour tous ! « . À Cosenza, des objectifs militaires ont été symboliquement attaqués. À Reggio Emilia, plus de trois cents personnes ont mis à jour, munis de pelles et de pioches, le pipeline qui fournit gaz et énergie à plusieurs bases militaires de l’Otan © dans la Région. Plusieurs casernes milanaises ont reçu des drapeaux italiens plein de sang. À Padoue, la caserne a subi l’attaque de nombreux fumigènes et pétards. À Marghera (Venise), plusieurs kilos de boues toxiques ont été déposés devant l’entrée du siège du patronat. À Gênes, une gigantesque table avec de nombreux aliments biologiques a été dressée devant l’un des Mc Donald’s de la ville permettant ainsi une large information contre la multinationale. etc.
Autres formes d’actions légales ou illégales : le droit pénal français distingue implicitement deux formes d’actions politiques légales (le droit d’expression, sous la forme verbale orale ou écrite, ou sous la forme physique et symbolique de la manifestation publique) et trois formes d’actions politiques illégales (l’attroupement, l’insurrection et le terrorisme). Concernant l’action politique, le droit pénal français laisse ouverte une dérive d’interprétation menant de la manifestation (légale si elle est déclaré – loi-décret du 23 octobre 1935 et reconnue implicitement par l’article 431-1 du nouveau Code pénal) à l’attroupement (illégal suivant les articles 104 à 108) voire à l’insurrection (condamné de réclusion criminelle et d’amende allant de 1, 5 M à 5 M de francs). La manifestation – bien qu’elle soit légalisée par le décret-loi du 23 octobre 1935 peut rapidement dériver juridiquement vers l’attroupement ou l’insurrection illégale assorties chacune de lourdes peines, du moment qu’il y a édification d’une barricade ou occupation d’un édifice par ruse ou par force… L’action extra-parlementaire de la manifestation légale de masse est donc soumise à une police spontanée de ceux qui la pratiquent, contraints qu’ils sont de se voir sanctionner par les dispositifs pénaux.
Le picketting (s’enchaîner ensemble aux grilles d’un bâtiment ou d’une table d’opération) ou de la grève de la faim sont des formes spécifiques de manifestation. Il en va aussi des techniques inventées par Act up New York telles que le “zap” ou encore le “die-in” (les militants s’allongent à terre immobile, signifiant une hécatombe). Le zap est la mise à l’épreuve de la capacité des adversaires à maintenir par leurs pratiques corporelles, une définition de la situation qui leur permettra de garder la face : être montré du doigt, invectivé personnellement.
La grève de la faim comme mode d’action politique ou de contestation, a des origines anciennes si on se réfère à Duby qui voit dans le jeûne des femmes mariées de force au Moyen âge, une de ses premières occurences. Au XXème siècle, les grèves de la faim ont souvent été appariée à l’activisme féminin voire à un activisme “hystérique” s’opposant au monde de la vraie violence et de la vraie politique : la grève de la faim était dénoncée comme  » un moyen petit-bourgeois dans les milieux communistes et dans certains milieux d’extrème gauche léninistes du début des années 70  » (Johanna Siméant, Grèves de la faim en France, Sociétés contemporaines, L’harmattan, n°31, juillet 1998, p. 76). La grève de la faim cherche à émouvoir un certain nombre de spectateurs à travers l’exposition de corps souffrants: elle se produit souvent après l’épuisement des autres moyens (contacts avec les médias, grève classique, prise de contact avec les autorités…). Cette forme a été largement utilisée par les sans papiers dans les années 70, 80 et 90 en France et actuellement par des prisonniers en Turquie.

[NOTE 4]
Sans doute, la mise à disposition gratuite de nourriture et de logement, la résolution de la contrainte vitale est le premier pas dans la libération de tout assujettissement. Mais si cette libération s’effectue au prix d’une dépendance ou d’une subordination à un tiers dominant, le coût (le lien de subordination) se déplace du monétaire au psychologique.
La libération des assujettissements est donc un préalable à la gratuité. Seuls des êtres libérés des assujettissements à un tiers (mais aussi à soi-même) sont susceptibles de faire usage gratuitement des choses. Pour échapper au dressage et aux assujettissements (déplaçant la facture du monétaire au psychologique ou au comportemental), une société de gratuité doit se délier de la souveraineté et se concevoir potentiellement. Une société potentielle requiert comme condition d’apparition, la disparition de l’auteur souverain, prescripteur, propriétaire ou donateur.
Il faut en fait distinguer le don de la gratuité. Le donateur adresse son don de façon souveraine et crée éventuellement une dette, une dépendance, un assujettissement de celui qui reçoit. La gratuité est une mise à disposition anonyme ou quelconque, sans contrat : elle est sans intention et sans attente. Elle peut malgré cela être assujettissante et créer différentes formes de dépendance (la distribution gratuite et anonyme, en prise sur le tas, d’extasy permet la prise de connaissance avec le produit, l’apprentissage de son usage et éventuellement sa consommation régulière). Les entreprises cherchant à faire commerce d’un nouvel usage et d’un nouveau bien – provoquent le désir et le besoin de faire usage de ce nouveau bien ou service : dans ce dessein, elles recourent à des investissements dont la gratuité éducative ou de fidélisation sont des modalités. Le marketing utilise la diffusion « gratuite » de biens de façon à créer une dépendance ou à instaurer une nouvelle habitude, un nouveau besoin, de nouveaux usages…
Il faut distinguer une gratuité avec auteur d’une gratuité sans auteur, le marketing ou la volonté commerciale retournant de la première. La gratuité sans auteur peut être nommée anonyme ou quelconque. (a) Dans une gratuité anonyme, les individus sont intercha

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