La vidéo intox de Gaza qui a circulé sur le net et qui été diffusée par erreur au 13 h de France 2 le lundi 5 janvier, est, comme Bakchich l’a déjà souligné, évidemment une manipulation, mais aussi un signe de désespoir face au black out de l’armée israélienne.
Hormis une poignée de journalistes d’Al Jazeera, de l’Associated Press et d’autres organes de presse qui ont quelques correspondants palestiniens installés sur place, les journalistes ne sont, en effet, pas autorisés à entrer dans la bande de Gaza.
Huit journalistes, qui avaient pourtant obtenu l’autorisation de la Cour suprême israélienne, ont été interdits, par l’armée israélienne (Tsahal), de pénétrer la mince zone côtière [Monde.fr, Esther Benbasssa, chercheur et directrice d’études à l’Ecole pratique des hautes études (EPHE), explique ainsi que la population israélienne est « bombardée par des médias dont beaucoup ne marquent pas toujours la distance entre l’information proprement dite et la communication issue de l’armée. Tout le monde parle de la guerre. Beaucoup croient ou font mine de croire en sa nécessité. »
Pas de terrain. Les analyses, cependant, vont bon train. Et dans les trois journaux les plus lus en Israël, le Haaretz, de gauche, le Jerusalem Post, de centre droit, et le Yediot Aharonot, de droite dure, journalistes et éditorialistes s’interrogent sur les origines, les acteurs, et les prochaines étapes du conflit.
Des « news » orientées
Les points de vue, divers, de ces trois journaux sont largement visibles dans le choix des titres et l’orientation des articles. Le Jerusalem Post choisit, ce mercredi 7 janvier, de mettre l’accent sur la nouvelle offensive prévue, dans le sud de Gaza, de l’armée israélienne : « Nouvelle phase terrestre ? ». Et prend le parti d’entamer l’article par l’annonce détaillée de la mort, mardi, de 5 soldats israéliens. N’évoquant les 58 morts palestiniens le même jour que brièvement à la fin de l’article, avant de préciser que 30 d’entre eux « ont trouvé la mort après une frappe israélienne sur une école de Jabalya, depuis laquelle le Hamas tirait des obus de mortier ». Etrange déclaration, alors que Chris Gunness, le porte-parole de l’agence de l’ONU pour l’aide aux réfugiés palestiniens (Unrwa) affirmait à l’AFP ce matin que « suite à une enquête préliminaire, nous sommes sûrs à 99,9% qu’il n’y avait ni activistes ni d’activités militaires dans l’école ».
Le Jerusalem Post titre également sur ce qu’il appelle « Le consensus humanitaire », c’est-à-dire trois heures par jour d’arrêt des bombardements dans la bande de Gaza. C’est également le choix du Haaretz, qui ne parle par contre pas de « consensus » et précise ensuite que la source de l’information est militaire.
Le Yediot Aharonot met, quant à lui, surtout l’accent sur les provocations de « l’ennemi » Hassan Nasrallah, le leader du Hezbollah libanais : « Nasrallah a déclaré que le Hezbollah était prêt à combattre Israël » ; et sur les tirs de roquette de Gaza sur le sud d’Israël, et ses conséquences psychologiques sur la population. Le message du Yediot Aharonot est clair : Israël est menacé, il faut répliquer.
Obama ne vaut pas Bush
L’absence de position claire d’Obama intrigue la presse israélienne.
Le Haaretz indique, sans plus de commentaires, les déclarations floues d’Obama sur le conflit. Le journal rappelle que le futur président des Etats-Unis déclarait, mardi 6 janvier, être grandement préoccupé par la mort de civils dans la bande de Gaza et en Israël, et qu’il s’occuperait du processus de paix « dès sa prise de fonction », le 20 janvier. Les positions pro-israéliennes du principal conseiller de Barack Obama sur l’Iran et « Fellow distingué » de l’AIPAC, Dennis Ross, en feront douter quelques-uns.
Le Jerusalem Post du 5 janvier relaie, quant à lui, l’opinion néo-conservatrice d’un membre du parti républicain à San Diego, Michael M. Rosen. Auteur d’un article intitulé « Obama devrait soutenir ouvertement Israël », Rosen appelle Barack Obama à prendre modèle sur Georges W.Bush.
« Pourquoi (…) ne tient-il pas à apaiser le tumulte international en soutenant tout simplement Israël ? Quelque chose qui ressemblerait à la déclaration suivante : “Je veux réitérer le soutien des Etats-Unis au droit d’Israël à se défendre et encourage fermement le Hamas à cesser ses tirs de roquettes”. Une telle déclaration soutiendrait les derniers efforts de Bush pour obtenir un cessez-le-feu durable dans la région. »
Accusant Obama d’être un des futurs responsables de la précipitation plausible et risquée des attaques de l’armée israélienne : « Obama, en restant silencieux, cultive l’ambiguïté, forçant éventuellement Israël à agir dans la hâte pour s’assurer le succès de l’opération avant que Bush ne quitte le bureau ovale. »
Comme Bush l’a fait lors du 60ème anniversaire de la création de l’Etat d’Israël, Obama devrait, selon l’auteur, non seulement réitérer son soutien à Israël, mais aussi le proclamer haut et fort. « Lors du 60e anniversaire de l’Etat d’Israël, le président Bush a délivré un message fort à la Knesset : “La population d’Israël ne dépasse peut-être pas 7 millions d’individus. Mais quand vous vous confrontez au terrorisme et au mal, vous êtes plus de 307 millions, parce que les Etats-Unis d’Amérique sont avec vous” ».
Le diable iranien !
La presse israélienne s’interroge sur la stratégie diplomatique et militaire d’Israël.
Selon le journaliste du Haaretz, Aluf Benn, Israël s’apprêterait, comme le souhaite le premier ministre sortant Ehoud Olmert, à étendre son opération (peut-être même à occuper toute la bande de Gaza) si aucun accord diplomatique n’est trouvé dans les deux prochains jours. Une hypothèse confirmée ce matin par le Jerusalem Post : « Tsahal a annoncé son intention de se déployer à travers toute la bande de Gaza ». Pour Aluf Benn, du Haaretz, Israël est en train de manœuvrer sévère pour essayer de stopper l’acheminement d’armes à Gaza – et rompre toute la filière de contrebande, de l’Iran à Gaza en passant par Rafah. L’auteur souligne également que, dans le cadre de ces manœuvres, Israël tenterait actuellement de séduire la communauté internationale.
Avec un argument clef : si ces trafics d’armes ne cessent pas, c’est tout le Proche-Orient qui risque de s’embraser. « Israël va essayer de persuader la communauté internationale que poursuivre l’armement du Hamas va saper ce qu’il reste de stable au Proche-Orient ».
Le Yediot Aharonot se fait le porte-voix du gouvernement israélien tel que décrit par le Haaretz, via un article d’Ashley Perry. Pour l’auteur, cette « guerre contre le Hamas » a été fomentée par l’Iran pour détourner l’attention de l’Organisation des Nations Unies. C’est d’ailleurs certainement pour cette raison, explique Ashley Perry, si le Hamas a refusé la proposition française d’une trêve. Préoccupés par le sort des victimes palestiniennes, l’ONU, l’Union européenne et la Ligue arabe ne regardent plus du côté du nucléaire iranien… Et l’auteur de l’article d’appeler la communauté internationale à se tourner enfin vers le noeud du problème, la menace du nucléaire iranien.
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